L’annonce est passée presque discrètement, mais elle dit beaucoup. En choisissant Tanger Tech pour sa première implantation industrielle hors de Chine, Shanghai Ingin Auto Technology envoie un signal clair aux marchés : le Maroc n’est plus seulement un site d’assemblage, mais un territoire capable d’accueillir des activités à forte intensité technologique. L’investissement, porté par la filiale Ingin Intelligent Morocco, dépasse les 200 millions de dirhams et vise la production de coffres électriques et de systèmes de fermeture intelligents destinés aux véhicules de nouvelle génération.
Fondée en 2017 à Shanghai, Ingin Auto s’est spécialisée dans les solutions d’ouverture automatisées coffres motorisés, portes latérales électriques, hayons intelligents devenues incontournables avec la montée en puissance des véhicules électriques et connectés. En quelques années, l’entreprise s’est imposée comme un fournisseur technologique reconnu, misant fortement sur la recherche et le développement. Son arrivée au Maroc marque une étape stratégique dans sa trajectoire d’internationalisation.
Le choix de Tanger Tech ne doit rien au hasard. Cette plateforme industrielle intégrée, située à proximité immédiate du complexe portuaire de Tanger Med, s’est progressivement imposée comme un pôle d’attraction pour les industries automobiles et électroniques. Logistique performante, accès rapide aux marchés européen et africain, cadre incitatif clair : les arguments sont connus, mais continuent de faire mouche auprès des investisseurs asiatiques.
Surtout, l’implantation d’Ingin s’inscrit dans un écosystème déjà structuré. Le Maroc accueille des constructeurs et équipementiers de premier plan, à commencer par Stellantis, installé à Kénitra dans l’Atlantic Free Zone. Le groupe y produit chaque année plusieurs centaines de milliers de véhicules sous les marques Peugeot, Citroën et Fiat. Pour Ingin Auto, cette proximité industrielle facilite l’intégration dans la chaîne d’approvisionnement et renforce la logique de production en flux tendu, devenue centrale dans l’automobile moderne.
Depuis deux ans, les annonces d’investissements chinois dans la mobilité électrique se succèdent. Après Shanghai Jinxiu Shanhe Automotive Technology dans les véhicules utilitaires électriques, ou encore Gotion High-Tech avec son projet de gigafactory de batteries à Kénitra, l’arrivée d’Ingin Auto confirme une tendance lourde : le Maroc capte une part croissante des relocalisations industrielles liées à la transition énergétique mondiale.
Cette attractivité repose sur des fondamentaux solides. Infrastructures industrielles de qualité, stabilité macroéconomique, accords de libre-échange, mais aussi orientation assumée des politiques publiques vers la mobilité durable et la décarbonation de l’industrie. Le Royaume a fait le choix d’anticiper les mutations du secteur automobile, plutôt que de les subir.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi social et générationnel. Ces projets créent des emplois qualifiés, favorisent le transfert de compétences et offrent des perspectives concrètes à une jeunesse marocaine formée aux métiers de l’ingénierie et de l’industrie. Ils participent à l’émergence d’un modèle industriel plus inclusif, tourné vers l’innovation et la durabilité.
Avec l’implantation de Shanghai Ingin Auto à Tanger Tech, le Maroc consolide un peu plus sa place dans la géographie mondiale de la mobilité électrique. Une dynamique silencieuse, parfois technique, mais stratégique : celle d’un pays qui avance, pièce par pièce, vers l’automobile de demain.