Vendredi dernier, Rafael Louzán avait profité de son déplacement à Sebta pour remettre la finale du Mondial 2030 au centre des débats. Le président de la Fédération espagnole de football (RFEF), accompagné du sélectionneur Luis de la Fuente, avait une nouvelle fois défendu l’idée d’organiser le dernier match de la compétition en Espagne.
Jusque-là, rien de surprenant. Louzán défend ouvertement les intérêts espagnols et ne cache plus son ambition de voir son pays accueillir la finale. Mais à Sebta, le dirigeant avait élargi son propos en faisant directement référence aux événements survenus dans la ville en juillet dernier.
« Ce qui s’est passé à Sebta n’aurait jamais dû se produire », avait-il déclaré, en rappelant les engagements pris par les différents partenaires de la candidature commune. Une sortie qui avait ainsi introduit les relations entre Rabat et Madrid dans un dossier relevant avant tout de l’organisation sportive du Mondial.
Tolón : « Le sport est le sport »
Trois jours plus tard, Milagros Tolón a choisi de tracer une ligne différente. La ministre espagnole de l’Éducation, de la Formation professionnelle et des Sports estime que la crise migratoire à Sebta ne doit avoir aucune incidence sur le Mondial 2030, organisé conjointement par l’Espagne, le Maroc et le Portugal.
« Ce qui s’est passé à Sebta ne devrait pas influencer les choses, car le sport est le sport », a-t-elle déclaré.
Sans citer Rafael Louzán, Tolón prend ainsi ses distances avec la tonalité de son intervention quelques jours plus tôt. La ministre partage pourtant avec le président de la RFEF le même objectif : obtenir la finale pour l’Espagne.
Pour défendre cette ambition, elle préfère toutefois s’appuyer sur des arguments strictement sportifs et organisationnels : infrastructures, installations, sécurité et capacité d’accueil.
Surtout, elle rappelle que rien n’est encore décidé. « La décision revient à la FIFA. Au ministère des Sports, nous travaillons avec tous les acteurs de la Coupe du monde 2030 et nous souhaitons qu’elle soit la meilleure de l’histoire », a-t-elle souligné.
Une précision loin d’être anodine, alors que les responsables politiques et sportifs espagnols multiplient depuis plusieurs mois les déclarations en faveur d’une finale organisée sur leur territoire.
Convaincue de la finale, mais pas du stade
Sur le fond, Milagros Tolón reste néanmoins pleinement engagée en faveur d’une finale en Espagne. La ministre se dit même « convaincue » que son pays finira par obtenir le dernier match de la compétition.
Elle estime qu’au regard de ses infrastructures, de ses installations et de sa capacité d’organisation, il serait « normal » que l’Espagne accueille cette rencontre.
Mais lorsqu’il s’agit de savoir où précisément, la prudence reprend le dessus. Madrid ou Barcelone ? « En Espagne », s’est-elle contentée de répondre, refusant de trancher entre les deux principales options espagnoles.
Une situation qui illustre les contours encore flous de cette bataille. Le gouvernement espagnol veut la finale. La RFEF la revendique également. Rafael Louzán le répète régulièrement. Mais lorsqu’il faut déterminer la ville qui l’accueillera, les certitudes deviennent plus relatives.
Le Maroc avance avec Benslimane
Cette hésitation contraste avec la stratégie marocaine. Le Royaume a clairement placé le Grand Stade Hassan II de Benslimane au cœur de ses ambitions pour le Mondial 2030. Avec une capacité annoncée de 115.000 places, l’enceinte doit devenir l’un des projets phares de la candidature marocaine.
Cela ne garantit évidemment pas au Maroc l’organisation de la finale. Pas davantage que les déclarations répétées de Rafael Louzán ou des responsables espagnols ne suffisent à assurer sa tenue en Espagne.
La décision reviendra à la FIFA, tandis que chaque partie continuera de mettre en avant ses arguments : stades, infrastructures, capacités d’accueil et garanties organisationnelles.
Trois jours après la sortie très politique de Rafael Louzán à Sebta, Milagros Tolón a surtout rappelé deux principes : les événements survenus dans la ville ne doivent pas interférer avec le Mondial 2030 et le choix de la finale appartient à la FIFA.
Elle ne cite pas le président de la RFEF et ne le contredit pas frontalement. Mais dans le contexte, sa formule — « le sport est le sport » — prend forcément une résonance particulière. Un rappel à l’ordre à peine voilé.