Trois semaines après la CAN 2025, le Complexe Mohammed VI de football a servi de cadre à une séquence stratégique. Ministres, présidents d’organisations patronales et chefs d’entreprise des trois pays co-organisateurs s’y sont retrouvés à l’initiative de la CGEM, de la CEOE espagnole et de la CIP portugaise. Le lieu n’est pas neutre. Il symbolise l’ancrage du Royaume dans la gouvernance mondiale du football. Mais cette fois, il était moins question de tactique sportive que de feuille de route économique.
Fouzi Lekjaâ, ministre délégué chargé du Budget et président de la FRMF, l’a rappelé : cette Coupe du monde sera « exceptionnelle ». Elle coïncide avec le centenaire de l’édition inaugurale de 1930. Surtout, elle associe deux continents dans une organisation partagée. Cent un matchs sont programmés, avec une mobilité totale entre Madrid, Marrakech et Lisbonne. Une logistique exigeante qui impose une coordination sans faille en matière de transport, d’infrastructures et de services.
La récente CAN 2025 a servi de test grandeur nature. Selon les chiffres avancés lors du Forum d’affaires, la compétition aurait généré plus de 2 milliards d’euros de retombées économiques directes, près d’un milliard d’euros d’investissements dans les infrastructures sportives, environ 60.000 emplois et la mobilisation de plus de 3.000 entreprises marocaines. Chakib Alj, président de la CGEM, a insisté sur l’effet d’accélération : « En deux ans, nous avons réalisé ce qui aurait pris une décennie ». Au-delà des montants, des milliers de jeunes ont été formés aux métiers de l’événementiel, de l’ingénierie et des technologies, renforçant leur employabilité.
Le message est limpide : si la CAN a produit cet impact, la Coupe du monde 2030 peut en démultiplier les effets. Antonio Garamendi, président de la CEOE, a replacé le débat sur le terrain de l’investissement. Les estimations évoquées font état de retombées directes supérieures à 5 milliards d’euros pour chaque pays. Mais l’enjeu dépasse le chiffre. Il s’agit d’orienter ces flux vers des secteurs structurants : investissements infrastructures, mobilité, tourisme, innovation, culture et emploi.
Le Maroc a déjà engagé plusieurs projets majeurs : doublement de la capacité de six aéroports, extension du réseau autoroutier d’environ 30 %, ligne à grande vitesse reliant Kénitra à Marrakech, déploiement de réseaux express régionaux, sans oublier les ports stratégiques de Nador West Med et Dakhla Atlantique. Le futur Grand Stade Hassan II de Casablanca, appelé à devenir l’un des plus vastes au monde, incarne cette ambition. Mais les intervenants ont insisté : ces équipements devront fonctionner toute l’année, au-delà du seul football.
Le Forum d’affaires a également mis l’accent sur l’intégration des TPME. De la grande entreprise chargée d’ériger les stades aux structures actives dans la billetterie ou la sécurité, l’ensemble de l’écosystème entrepreneurial est concerné. L’objectif est d’ancrer les retombées économiques dans le tissu productif national et de consolider une coopération économique durable entre le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
Les partenaires ibériques apportent leur expérience des grands événements. L’Espagne évoque l’héritage du Mondial 1982 et des Jeux olympiques de 1992. Le Portugal rappelle l’impact de l’Euro 2004. Les exportations portugaises vers le Maroc progressent en moyenne de 10 % par an et dépassent désormais le milliard d’euros, signe d’une relation bilatérale consolidée.
Au-delà des stades et des chiffres, le Mondial 2030 se dessine comme un projet économique structurant entre l’Afrique et l’Europe. Pour Rabat, Madrid et Lisbonne, le défi est clair : faire de cette Coupe du monde 2030 un pont durable, créateur de valeur, d’emplois et d’opportunités pour une nouvelle génération marocaine tournée vers l’ouverture, l’initiative et la responsabilité.