Au cours de ces échanges, il m’a même été rapporté que certains étudiants, déjà inscrits dans des spécialités liées à l’IA, auraient changé de parcours après cette déclaration.
Je ne dispose pas d’éléments permettant de vérifier ces situations ni d’établir leur lien direct avec ces propos. Mais cette inquiétude exprimée par des enseignants mérite d’être entendue : les paroles publiques peuvent peser sur la confiance des jeunes et sur leurs choix de formation.
Pour passer d’un pays consommateur de solutions d’IA à un pays capable d’en produire, nous devons précisément former les Marocaines et les Marocains.
C’est l’un des enjeux que je développe dans mon ouvrage récent Industrialiser l’IA au Maroc : montrer concrètement comment mobiliser ce domaine pour produire de la valeur industrielle, économique et sociale.
Cette ambition exige des compétences, des entreprises qui investissent et des perspectives professionnelles qui donnent aux jeunes l’envie de s’engager.
Le 17 octobre 2026, dans un entretien accordé à Médias24 à l’occasion du forum de la CGEM « Entrepreneurs en mouvement », Moulay Hafid Elalamy déclarait : « l’intelligence artificielle est un véritable tsunami ».
Il évoquait les risques pour l’emploi, notamment celui des débutants, tout en reconnaissant des bénéfices et la nécessité de préparer les pays du Sud. Son propos mérite donc d’être discuté dans son ensemble.
Pour passer d’un pays consommateur de solutions d’IA à un pays capable d’en produire, nous devons précisément former les Marocaines et les Marocains.
C’est l’un des enjeux que je développe dans mon ouvrage récent Industrialiser l’IA au Maroc : montrer concrètement comment mobiliser ce domaine pour produire de la valeur industrielle, économique et sociale.
Cette ambition exige des compétences, des entreprises qui investissent et des perspectives professionnelles qui donnent aux jeunes l’envie de s’engager.
Le 17 octobre 2026, dans un entretien accordé à Médias24 à l’occasion du forum de la CGEM « Entrepreneurs en mouvement », Moulay Hafid Elalamy déclarait : « l’intelligence artificielle est un véritable tsunami ».
Il évoquait les risques pour l’emploi, notamment celui des débutants, tout en reconnaissant des bénéfices et la nécessité de préparer les pays du Sud. Son propos mérite donc d’être discuté dans son ensemble.
Cette intervention précède la parution annoncée, le 7 janvier 2027 au Cherche Midi, de son ouvrage Riches de tout, maîtres de rien — Comment l’IA déséquilibre le monde.
J’attends avec impatience de le lire pour découvrir les analyses et les propositions qu’il y développe. Sans préjuger du contenu d’un livre qui n’est pas encore paru, je souhaite discuter le choix de cette image du tsunami et la représentation de l’avenir qu’elle peut installer.
Je suis étonné d’entendre cette métaphore de la part d’un homme formé à l’informatique. L’Université de Sherbrooke confirme qu’il y a obtenu son diplôme en 1985 et qu’il a commencé sa carrière comme programmeur, puis analyste, avant d’exercer des responsabilités informatiques.
Cette expérience devrait précisément permettre d’expliquer ce que ces systèmes savent faire, leurs limites et les conditions de leur contribution au développement.
Un tsunami est une catastrophe naturelle que l’on subit.
Le déploiement de logiciels relève de décisions humaines : investir, organiser, former, recruter, accompagner ou supprimer des postes.
Employer une image de catastrophe risque de présenter comme inéluctable ce qui dépend aussi de choix économiques, sociaux et politiques. L’alerte est utile lorsqu’elle prépare l’action. Elle devient contreproductive lorsqu’elle installe l’idée que les populations africaines seraient condamnées à subir.
Je suis étonné d’entendre cette métaphore de la part d’un homme formé à l’informatique. L’Université de Sherbrooke confirme qu’il y a obtenu son diplôme en 1985 et qu’il a commencé sa carrière comme programmeur, puis analyste, avant d’exercer des responsabilités informatiques.
Cette expérience devrait précisément permettre d’expliquer ce que ces systèmes savent faire, leurs limites et les conditions de leur contribution au développement.
Un tsunami est une catastrophe naturelle que l’on subit.
Le déploiement de logiciels relève de décisions humaines : investir, organiser, former, recruter, accompagner ou supprimer des postes.
Employer une image de catastrophe risque de présenter comme inéluctable ce qui dépend aussi de choix économiques, sociaux et politiques. L’alerte est utile lorsqu’elle prépare l’action. Elle devient contreproductive lorsqu’elle installe l’idée que les populations africaines seraient condamnées à subir.
Ma position s’inscrit dans une recherche et une pratique de longue durée.
Dès ma thèse de doctorat soutenue en 1998 à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, consacrée au paradoxe de la productivité de Solow et à la complexité du système « solution informatique », j’étudiais les conditions dans lesquelles l’informatique produit effectivement de la valeur.
Cette réflexion a nourri mes travaux sur le paradigme numérique, puis mon ouvrage Le Phénomène numérique — Du concept à la pratique. Elle s’est construite aussi dans l’industrie, notamment chez Hewlett-Packard, dans le conseil, l’enseignement et la recherche.
L’IA contemporaine constitue, à mes yeux, une concrétisation avancée de ce paradigme numérique. Elle apporte des capacités considérables par rapport aux solutions informatiques que je qualifie de traditionnelles : traitement de documents, reconnaissance, traduction, génération de contenus, assistance à l’analyse et interaction en langage courant.
Ces capacités élargissent les possibilités d’usage. Elles restent mises en œuvre par des logiciels, des données, des infrastructures et des organisations dont les humains déterminent les finalités.
Dans ma tribune publiée par L’ODJ le 3 novembre 2025, Du savoir automatisé à l’intelligence d’apprendre, je rappelais déjà que l’accès à des réponses ne suffit pas à construire une compétence. Celle-ci se développe par l’expérience, la pratique, la critique et la compréhension du contexte. La formation doit permettre de transformer les possibilités techniques en actions utiles.
Cette réflexion a nourri mes travaux sur le paradigme numérique, puis mon ouvrage Le Phénomène numérique — Du concept à la pratique. Elle s’est construite aussi dans l’industrie, notamment chez Hewlett-Packard, dans le conseil, l’enseignement et la recherche.
L’IA contemporaine constitue, à mes yeux, une concrétisation avancée de ce paradigme numérique. Elle apporte des capacités considérables par rapport aux solutions informatiques que je qualifie de traditionnelles : traitement de documents, reconnaissance, traduction, génération de contenus, assistance à l’analyse et interaction en langage courant.
Ces capacités élargissent les possibilités d’usage. Elles restent mises en œuvre par des logiciels, des données, des infrastructures et des organisations dont les humains déterminent les finalités.
Dans ma tribune publiée par L’ODJ le 3 novembre 2025, Du savoir automatisé à l’intelligence d’apprendre, je rappelais déjà que l’accès à des réponses ne suffit pas à construire une compétence. Celle-ci se développe par l’expérience, la pratique, la critique et la compréhension du contexte. La formation doit permettre de transformer les possibilités techniques en actions utiles.
L’analyse publiée par Gartner le 27 juillet 2026, Lay the Talent Groundwork for AI Success, apporte un éclairage précieux.
Elle identifie notamment l’érosion des compétences, la réduction du recrutement de débutants, la fragilisation de la relève et les licenciements excessifs parmi les risques à gérer.
Elle souligne aussi les problèmes de qualité du travail et de démobilisation des salariés. Sa conclusion porte sur la préparation des personnes et la responsabilité des organisations : acheter la technologie ne suffit pas.
Cette analyse ne démontre pas que l’IA créera automatiquement davantage d’emplois qu’elle n’en supprimera.
Elle conforte cependant un argument essentiel : les résultats dépendent de la manière dont les entreprises conduisent la transformation. Réduire le recrutement des jeunes parce qu’un logiciel réalise certaines tâches élémentaires peut affaiblir le renouvellement des compétences.
Les professionnels expérimentés de demain doivent pouvoir apprendre aujourd’hui.
Oui, certaines tâches seront automatisées et certains emplois disparaîtront. Il faut les identifier et accompagner les personnes concernées. Mais supprimer une tâche, transformer un métier et supprimer un emploi sont trois réalités différentes.
Le temps libéré peut aussi servir à améliorer un service, développer une clientèle, répondre à des besoins jusqu’alors insatisfaits ou créer une activité.
L’histoire des technologies de l’information montre cette double dynamique de transformation et de création. Les réseaux, les logiciels, Internet et les services numériques ont ouvert des métiers et des marchés.
Cette histoire autorise l’ambition ; elle ne dispense jamais d’investir dans les compétences. Je défends donc une conviction : l’IA peut créer beaucoup d’emplois au Maroc et en Afrique, à condition d’organiser cette création et d’en conserver une part significative de la valeur sur nos territoires.
Elle souligne aussi les problèmes de qualité du travail et de démobilisation des salariés. Sa conclusion porte sur la préparation des personnes et la responsabilité des organisations : acheter la technologie ne suffit pas.
Cette analyse ne démontre pas que l’IA créera automatiquement davantage d’emplois qu’elle n’en supprimera.
Elle conforte cependant un argument essentiel : les résultats dépendent de la manière dont les entreprises conduisent la transformation. Réduire le recrutement des jeunes parce qu’un logiciel réalise certaines tâches élémentaires peut affaiblir le renouvellement des compétences.
Les professionnels expérimentés de demain doivent pouvoir apprendre aujourd’hui.
Oui, certaines tâches seront automatisées et certains emplois disparaîtront. Il faut les identifier et accompagner les personnes concernées. Mais supprimer une tâche, transformer un métier et supprimer un emploi sont trois réalités différentes.
Le temps libéré peut aussi servir à améliorer un service, développer une clientèle, répondre à des besoins jusqu’alors insatisfaits ou créer une activité.
L’histoire des technologies de l’information montre cette double dynamique de transformation et de création. Les réseaux, les logiciels, Internet et les services numériques ont ouvert des métiers et des marchés.
Cette histoire autorise l’ambition ; elle ne dispense jamais d’investir dans les compétences. Je défends donc une conviction : l’IA peut créer beaucoup d’emplois au Maroc et en Afrique, à condition d’organiser cette création et d’en conserver une part significative de la valeur sur nos territoires.
Les besoins existent.
Dans l’agriculture, la santé, l’éducation, l’artisanat, l’industrie ou les services publics, des solutions adaptées pourraient améliorer l’accès à l’information, réduire des délais et soutenir les professionnels.
Leur mise en œuvre demande des personnes capables de comprendre les métiers, préparer les données, intégrer les logiciels, vérifier leurs résultats, former les utilisateurs et assurer leur maintenance. Ce sont des activités économiques à construire, avec des compétences locales.
Produire dans le domaine de l’IA peut prendre plusieurs formes : développer des applications adaptées aux métiers, constituer des ressources documentaires fiables, intégrer des modèles dans des services, assurer leur évaluation et leur exploitation. Une entreprise marocaine peut ainsi créer de la valeur en répondant à un besoin précis, puis développer son offre au Maroc et dans d’autres pays africains.
La formation doit préparer toute cette chaîne de compétences.
C’est le sens de l’IA sociale et frugale que je défends dans le tome II de Wald Maâlam et dans mes écrits sur la souveraineté et la transformation systémique.
Partir des besoins réels, choisir des moyens proportionnés, valoriser les savoirs professionnels et rendre les outils accessibles : cette démarche permet d’envisager un développement ancré dans les régions, auprès des petites entreprises comme des grandes organisations.
Les Maâlams, les artisans et les professionnels expérimentés disposent de savoirs que les logiciels ne rendent pas inutiles. Leur connaissance du geste, de la matière, du client et des situations concrètes constitue une ressource pour concevoir des services pertinents. Associer cette expérience aux compétences numériques des jeunes peut ouvrir des activités et renforcer la transmission entre générations.
Leur mise en œuvre demande des personnes capables de comprendre les métiers, préparer les données, intégrer les logiciels, vérifier leurs résultats, former les utilisateurs et assurer leur maintenance. Ce sont des activités économiques à construire, avec des compétences locales.
Produire dans le domaine de l’IA peut prendre plusieurs formes : développer des applications adaptées aux métiers, constituer des ressources documentaires fiables, intégrer des modèles dans des services, assurer leur évaluation et leur exploitation. Une entreprise marocaine peut ainsi créer de la valeur en répondant à un besoin précis, puis développer son offre au Maroc et dans d’autres pays africains.
La formation doit préparer toute cette chaîne de compétences.
C’est le sens de l’IA sociale et frugale que je défends dans le tome II de Wald Maâlam et dans mes écrits sur la souveraineté et la transformation systémique.
Partir des besoins réels, choisir des moyens proportionnés, valoriser les savoirs professionnels et rendre les outils accessibles : cette démarche permet d’envisager un développement ancré dans les régions, auprès des petites entreprises comme des grandes organisations.
Les Maâlams, les artisans et les professionnels expérimentés disposent de savoirs que les logiciels ne rendent pas inutiles. Leur connaissance du geste, de la matière, du client et des situations concrètes constitue une ressource pour concevoir des services pertinents. Associer cette expérience aux compétences numériques des jeunes peut ouvrir des activités et renforcer la transmission entre générations.
Le patronat marocain et africain a ici une responsabilité directe.
Les entreprises doivent investir dans la formation de leur personnel et contribuer à l’effort collectif de préparation des jeunes et des moins jeunes.
Cela suppose des budgets durables, du temps d’apprentissage pendant le travail, des parcours de reconversion et des partenariats avec les universités, les établissements de formation professionnelle et les acteurs des territoires.
Je propose que les entreprises prennent des engagements mesurables : une part explicite de leurs ressources consacrée à la formation, des places réservées aux débutants dans les projets d’IA, un accompagnement des salariés dont les tâches évoluent et un soutien aux prestataires locaux.
La CGEM pourrait mobiliser ses fédérations et ses représentations régionales autour de ces engagements, puis en publier les résultats.
Évaluons alors les transformations par les compétences acquises, les emplois créés ou préservés, la qualité des services et la valeur produite localement. Le nombre de logiciels achetés ne peut tenir lieu de bilan économique et social.
Monsieur Elalamy, je vous propose un débat public, au sein de la CGEM ou dans tout autre cadre permettant un échange sérieux et contradictoire.
Je souhaite y démontrer, à partir de mon expérience, de mes travaux et de cas concrets soumis à la discussion, pourquoi je conteste une lecture fataliste de l’avenir de l’emploi face à l’IA. Examinons ensemble les activités menacées, les possibilités nouvelles et les investissements nécessaires pour préparer les personnes.
Cela suppose des budgets durables, du temps d’apprentissage pendant le travail, des parcours de reconversion et des partenariats avec les universités, les établissements de formation professionnelle et les acteurs des territoires.
Je propose que les entreprises prennent des engagements mesurables : une part explicite de leurs ressources consacrée à la formation, des places réservées aux débutants dans les projets d’IA, un accompagnement des salariés dont les tâches évoluent et un soutien aux prestataires locaux.
La CGEM pourrait mobiliser ses fédérations et ses représentations régionales autour de ces engagements, puis en publier les résultats.
Évaluons alors les transformations par les compétences acquises, les emplois créés ou préservés, la qualité des services et la valeur produite localement. Le nombre de logiciels achetés ne peut tenir lieu de bilan économique et social.
Monsieur Elalamy, je vous propose un débat public, au sein de la CGEM ou dans tout autre cadre permettant un échange sérieux et contradictoire.
Je souhaite y démontrer, à partir de mon expérience, de mes travaux et de cas concrets soumis à la discussion, pourquoi je conteste une lecture fataliste de l’avenir de l’emploi face à l’IA. Examinons ensemble les activités menacées, les possibilités nouvelles et les investissements nécessaires pour préparer les personnes.
Au-delà de cet échange, je propose l’organisation d’une rencontre consacrée aux livres sur l’IA au Maroc et en Afrique, ouverte à tous leurs auteurs.
Chacun pourrait présenter ses ouvrages, expliquer sa démarche et débattre des solutions proposées.
J’y contribuerais avec mes propres livres et mon expérience, dans un esprit de dialogue exigeant et constructif. Cette rencontre réunirait auteurs, chercheurs, entrepreneurs, formateurs et responsables publics pour confronter les idées et dégager des actions concrètes en faveur de la formation, de l’emploi et du développement.
L’Afrique dispose de besoins à satisfaire, de savoirs à valoriser et de talents à former. Aux entrepreneurs de contribuer à transformer ce potentiel en activités, en compétences et en emplois.
Notre responsabilité est de donner aux jeunes et aux moins jeunes les moyens de participer au paradigme numérique qui se concrétise aujourd’hui avec l’IA.
J’y contribuerais avec mes propres livres et mon expérience, dans un esprit de dialogue exigeant et constructif. Cette rencontre réunirait auteurs, chercheurs, entrepreneurs, formateurs et responsables publics pour confronter les idées et dégager des actions concrètes en faveur de la formation, de l’emploi et du développement.
L’Afrique dispose de besoins à satisfaire, de savoirs à valoriser et de talents à former. Aux entrepreneurs de contribuer à transformer ce potentiel en activités, en compétences et en emplois.
Notre responsabilité est de donner aux jeunes et aux moins jeunes les moyens de participer au paradigme numérique qui se concrétise aujourd’hui avec l’IA.
