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NEET : la génération invisible qui coûte déjà des milliards (3/17)

Dossier GEN Z du Manifeste du 11 Janvier 2026 : 3-Mettre en place des dispositifs territoriaux d’accompagnement des jeunes en difficulté, notamment les NEET, et renforcer les structures de la « deuxième chance ».


Rédigé par La rédaction le Mercredi 14 Janvier 2026

Ils ne sont ni à l’école, ni en formation, ni en emploi.

Les NEET – Not in Education, Employment or Training – forment l’un des angles morts les plus préoccupants de l’économie marocaine. Invisibles dans les statistiques classiques, absents des radars institutionnels, ils incarnent pourtant un coût social et économique considérable.

En les mentionnant explicitement, la Charte du 11 Janvier pour la Jeunesse met le doigt sur une réalité que le pays ne peut plus se permettre d’ignorer.



Car derrière l’acronyme technique se cache une réalité brute :

NEET : la génération invisible qui coûte déjà des milliards (3/17)
Des centaines de milliers de jeunes en âge de produire, d’innover, de contribuer, laissés en suspens. Ni inactifs par choix, ni totalement intégrés, ils évoluent dans une zone grise où le temps passe sans accumulation de compétences ni perspectives claires.
 
Du point de vue économique, cette situation est une aberration. Chaque jeune durablement hors du système représente une perte de capital humain.

L’investissement éducatif initial n’est pas valorisé, l’expérience professionnelle ne s’acquiert pas, et la probabilité de retour vers l’emploi formel diminue avec le temps. Plus l’inactivité se prolonge, plus le coût de la réintégration augmente.
 
À l’échelle macroéconomique, l’impact est massif.

Les NEET ne produisent pas de richesse, ne contribuent que marginalement aux recettes fiscales, mais génèrent des coûts indirects : soutien familial prolongé, pressions sur les services sociaux, informalité, parfois dérives plus graves. Ce déséquilibre fragilise à la fois les finances publiques et la cohésion sociale.

Le phénomène touche de manière disproportionnée certains territoires et certaines catégories.

Le monde rural, les périphéries urbaines, les jeunes femmes peu diplômées sont particulièrement exposés. Là encore, l’absence de dispositifs territorialisés aggrave les inégalités.

Un jeune NEET à Casablanca n’a pas les mêmes chances de “rebond” qu’un jeune NEET dans une zone enclavée.
 
La Charte insiste sur la nécessité de dispositifs d’accompagnement de proximité et sur le renforcement des structures de la “deuxième chance”. Ce point est central. Les NEET ne constituent pas un bloc homogène.

Certains ont décroché tôt du système scolaire, d’autres sont des diplômés désabusés, d’autres encore alternent petits boulots informels et périodes d’inactivité.

Les réponses doivent être différenciées, flexibles, et surtout rapides.
 
Sur le plan économique, les politiques de deuxième chance sont souvent perçues comme coûteuses. C’est une erreur de lecture. Il faut les analyser comme des investissements à rendement différé.

Réinsérer un jeune dans un parcours de formation ou d’activité productive réduit à long terme les dépenses sociales et augmente les recettes futures.

Les études internationales montrent que chaque dirham investi dans des programmes de réinsertion bien conçus génère des retours multiples sur plusieurs années.

Il y a aussi un enjeu de dignité et de confiance.

Beaucoup de NEET développent un sentiment de déclassement profond, parfois une rupture symbolique avec l’État et les institutions. Sans accompagnement humain, les dispositifs techniques échouent.

C’est pourquoi les initiatives territoriales, associatives et hybrides jouent un rôle clé. Elles recréent du lien là où le système formel a décroché.
 
Du point de vue du marché du travail, intégrer les NEET n’est pas seulement une question sociale. C’est une réponse à des pénuries réelles de main-d’œuvre dans certains secteurs.

Agriculture modernisée, services à la personne, artisanat structuré, économie verte : de nombreuses filières pourraient absorber une partie de ces jeunes, à condition de proposer des parcours progressifs, sécurisés et reconnus.
 
La question centrale est celle du timing. Plus un jeune reste longtemps NEET, plus il devient difficile de le réintégrer. La prévention est donc tout aussi importante que la réparation.

L’orientation précoce, la lutte contre le décrochage scolaire et les passerelles entre systèmes sont des leviers décisifs pour éviter que l’inactivité ne devienne une trappe permanente.
 
En intégrant les NEET dans ses priorités, la Charte du 11 Janvier envoie un signal fort : aucun jeune n’est inutile à l’économie nationale. Mais cette affirmation doit être traduite en mécanismes concrets, lisibles, évaluables.

Sans quoi elle restera une déclaration d’intention de plus.
 
À l’horizon du dividende démographique, le Maroc n’a pas le luxe de laisser une génération en jachère. Les NEET ne sont pas un problème à gérer. Ils sont une réserve économique à activer. Et plus l’activation tarde, plus la facture collective s’alourdit.




Mercredi 14 Janvier 2026