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NEET : quand l’Istiqlal veut remettre les jeunes sur les rails


Ils sont là, mais souvent hors des radars. Ni sur les bancs de l’école, ni dans une salle de formation, ni sur le marché du travail : les jeunes dits « NEET » constituent l’une des catégories les plus difficiles à atteindre par les politiques publiques. À l’approche des élections législatives du 23 septembre 2026, la question du décrochage des jeunes revient au cœur des programmes politiques. Mais derrière les chiffres et les promesses d’emploi, une question demeure : comment retrouver ces jeunes qui ont progressivement décroché du système, et surtout comment leur offrir un véritable chemin de retour ?



NEET : quand l’Istiqlal veut remettre les jeunes sur les rails

C’est précisément sur cette logique de parcours que le Parti de l’Istiqlal construit une partie de sa réponse dans sa Charte de la jeunesse. Plutôt que de réduire la problématique des NEET à la seule création d’emplois, le parti propose plusieurs dispositifs qui cherchent à intervenir à différents moments du parcours du jeune : prévenir le décrochage, faciliter l’accès à une première expérience professionnelle, accompagner la mobilité, développer les compétences et créer des passerelles vers l’emploi ou l’activité économique.


Le programme « Afaq » constitue à cet égard l’un des dispositifs les plus directement liés à la problématique des NEET. Son principe est simple : aucun jeune ne devrait rester plus de six mois en dehors des études, de la formation, de l’emploi ou d’un accompagnement. Derrière cette échéance se trouve une volonté de ne pas laisser s’installer durablement le décrochage. Car plus le temps passe après une sortie de l’école ou de la formation, plus le retour vers l’emploi peut devenir difficile. « Afaq » propose donc un accompagnement individualisé pouvant prendre plusieurs formes : emploi, stage, formation, soutien à la création d’un projet ou encore service civique rémunéré.


L’une des dimensions intéressantes de cette approche réside dans le repérage précoce. Le problème des NEET n’est pas uniquement de savoir combien ils sont, mais de savoir où ils se trouvent, pourquoi ils ont quitté le système et de quelle solution ils ont besoin. Le programme prévoit ainsi de mobiliser les acteurs territoriaux, les institutions publiques et les associations afin d’identifier et d’orienter les jeunes concernés. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’attendre qu’un jeune franchisse lui-même la porte d’un dispositif public : il faudrait aussi aller vers lui.


Cette logique du « aller vers » est essentielle lorsqu’on parle de décrochage. Un jeune qui ne fréquente plus l’école, qui n’est inscrit dans aucune formation et qui ne travaille pas n’est pas nécessairement un jeune qui refuse toute insertion. Il peut être confronté à une accumulation d'obstacles : manque d’information, éloignement géographique, absence de moyens pour se déplacer, inadéquation entre sa formation et les besoins du marché, découragement après plusieurs recherches d’emploi infructueuses ou encore contraintes familiales. Répondre au phénomène NEET suppose donc de dépasser une lecture uniquement statistique du problème.


Le dispositif « Tajribati » intervient justement sur une autre étape : celle de la transition entre la formation et la première expérience professionnelle. Le programme prévoit un mécanisme national permettant aux diplômés de l’enseignement supérieur ou de la formation professionnelle d’accéder à une première expérience encadrée de six à dix-huit mois, au sein d’entreprises, d’administrations ou de collectivités territoriales, avec une compensation financière et une couverture sociale. L’objectif est de s’attaquer à l’un des paradoxes les plus persistants du marché du travail : comment demander une première expérience à quelqu’un qui n’a encore jamais eu l’occasion de l’acquérir ?


Mais « Tajribati » ne se limite pas à multiplier les stages. C’est probablement l’un des éléments les plus intéressants du dispositif : le programme propose de revoir le mécanisme d’incitation aux entreprises en le liant davantage aux résultats d’insertion. L’aide ne serait donc plus pensée uniquement autour du fait d’accueillir un stagiaire, mais également autour de ce que devient ce jeune après son passage dans l’entreprise. L’entreprise serait davantage encouragée lorsqu’elle contribue réellement à l’insertion durable du bénéficiaire.


Cette distinction est importante. Car la multiplication des stages ne constitue pas nécessairement une politique d’emploi si elle ne débouche pas sur une véritable expérience valorisable ou sur une insertion professionnelle. En conditionnant davantage l’incitation aux résultats, « Tajribati » cherche à déplacer le curseur : du simple accueil vers l’insertion.


La réponse de l’Istiqlal ne s’arrête toutefois pas à ces deux dispositifs. Le programme prévoit également une refonte de la formation professionnelle autour de parcours plus courts et flexibles, d’une durée de six à douze mois, davantage adaptés aux besoins régionaux du marché du travail. « Bidaya » vise, de son côté, à prendre en charge une partie des frais de transport et de logement temporaire pour les jeunes qui doivent quitter leur région afin de se former, chercher un emploi, passer un concours ou créer une entreprise. Là encore, le programme part d’un constat concret : une opportunité peut exister sans être réellement accessible lorsque les moyens de mobilité font défaut.


Cette question territoriale mérite d’ailleurs d’être soulignée. Le décrochage n’a pas nécessairement le même visage à Rabat, Casablanca, dans une petite ville ou dans une zone rurale. Une politique uniforme peut difficilement répondre à des obstacles aussi différents. En intégrant la mobilité, les besoins régionaux de formation et des dispositifs spécifiques pour les zones rurales et périurbaines, la Charte de la jeunesse entend davantage rapprocher les solutions des réalités territoriales.


Le programme « 100.000 talents numériques » s’inscrit dans une autre logique : celle de la transformation du marché du travail et des opportunités offertes par le numérique. La formation aux métiers du travail indépendant et à distance, notamment dans des secteurs à potentiel d’exportation de services, ouvre une piste différente de l’insertion classique. Elle permet aussi de poser une question devenue incontournable : faut-il nécessairement attendre que l’emploi se crée à proximité du jeune, ou peut-on donner à celui-ci les compétences qui lui permettent d’accéder à un marché plus large ?


À ces dispositifs s’ajoutent « Rouwad Attanmia », consacré au service civil volontaire dans des projets de développement en zones rurales et périurbaines, ainsi que le « passeport qualité de vie des jeunes », destiné à valoriser l’engagement associatif, sportif et culturel. Cette dernière dimension est loin d’être anodine. Car l’insertion d’un jeune ne se résume pas toujours à la signature d’un contrat de travail. L’engagement citoyen, l’expérience associative, le sport ou la culture peuvent également contribuer à reconstruire un parcours, à développer des compétences et à maintenir un lien avec la collectivité.


Les propositions du PAM et du PPS montrent que cette problématique dépasse largement les frontières d’un seul parti. Le PAM avance notamment un « parcours d’insertion » individualisé et le principe d’un « zéro abandon scolaire sans solution alternative ». Le PPS va plus loin dans la formalisation d’un dispositif spécifiquement baptisé « Plan d’urgence NEET », avec l’objectif annoncé de réduire de moitié le nombre de jeunes concernés d’ici 2031. Les trois formations partagent donc un même constat : le décrochage ne peut plus être traité par des mesures dispersées.


Mais c’est justement ici que le débat devient intéressant. Faut-il simplement créer
davantage d’emplois ou faut-il construire un véritable parcours de raccrochage ?
Car entre la sortie de l’école et l’entrée dans la vie professionnelle, il existe toute une période pendant laquelle un jeune peut se retrouver sans interlocuteur, sans orientation et parfois sans perspective claire.


L’ambition affichée à travers « Afaq » est précisément de réduire cette zone de vide. « Tajribati », lui, intervient au moment où le jeune cherche à franchir le seuil du marché du travail. « Bidaya » s’attaque à certains obstacles matériels, tandis que la réforme de la formation professionnelle cherche à rapprocher les compétences des besoins économiques. Pris ensemble, ces dispositifs dessinent une logique qui dépasse la seule promesse d’un emploi : celle d’un parcours d’insertion construit autour du jeune plutôt qu’autour de la juxtaposition des dispositifs.


Reste évidemment l’épreuve de la mise en œuvre. Identifier les jeunes concernés, assurer leur suivi, coordonner les acteurs publics et territoriaux, mobiliser les entreprises et mesurer les résultats nécessitera une gouvernance solide. La réussite d’un dispositif comme « Afaq » dépendra notamment de sa capacité à ne pas devenir une nouvelle plateforme parmi d’autres, mais à constituer réellement une porte d’entrée identifiable pour les jeunes qui ont décroché.


Car derrière le terme technique de « NEET », il y a une réalité beaucoup plus humaine. Il y a le jeune qui quitte l’école et ne sait plus vers qui se tourner. Celui qui accumule les candidatures sans réponse. Celui qui voudrait se former mais ne peut pas financer son déplacement. Celui qui possède un diplôme mais pas l’expérience que les employeurs exigent. Celui qui, après plusieurs échecs, finit par ne plus chercher.


Le véritable enjeu des politiques de jeunesse est donc peut-être moins de demander « que faire pour les jeunes ? » que de garantir qu’aucun jeune ne soit durablement laissé sans réponse. C’est dans cette logique que la Charte de la jeunesse de l’Istiqlal tente de placer ses différents dispositifs. Avec « Afaq » et « Tajribati » en particulier, le parti propose de travailler à la fois sur le risque de décrochage et sur la difficile transition vers le premier emploi.

À quelques jours du scrutin, les promesses seront nombreuses. Leur véritable valeur se mesurera toutefois à leur capacité à transformer un parcours interrompu en nouveau départ. Parce qu’un jeune qui décroche n’est pas nécessairement un jeune perdu. Encore faut-il que la politique publique sache où le retrouver et, surtout, lui proposer une véritable « Afaq » : un horizon.



Vendredi 11 Septembre 2026