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Naufrage au large de Djibouti : 139 morts, 84 disparus


Rédigé par le Mardi 13 Octobre 2026

L’Organisation internationale pour les migrations a rapporté le chavirement d’un bateau au large de Djibouti, faisant 139 morts et 84 disparus. À bord, une très grande majorité d’Éthiopiens. Le drame s’ajoute à une route migratoire meurtrière entre la Corne de l’Afrique et la péninsule Arabique. Il interroge aussi, plus loin, le regard marocain sur les traversées et sur la valeur d’une vie en mer.



La route du Golfe, moins visible que la Méditerranée

Naufrage au large de Djibouti : 139 morts, 84 disparus
Dimanche, l’Organisation internationale pour les migrations a rapporté qu’un bateau a chaviré au large de Djibouti, faisant 139 morts et 84 disparus. À bord, une très grande majorité de ressortissants éthiopiens. Ces chiffres placent déjà ce naufrage parmi les plus meurtriers de l’année sur cette route. Derrière chaque nombre, il y a des familles à Addis-Abeba, dans l’Oromia, le Tigré ou les campagnes éthiopiennes, qui attendront parfois des semaines une nouvelle qui ne viendra pas.

La route de Djibouti vers le Yémen, puis vers l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, est moins médiatisée en Europe et au Maghreb que la Méditerranée. Elle n’est pas moins cruelle. Des milliers de personnes, souvent jeunes, fuient la guerre, la sécheresse, le chômage ou la répression. Elles paient des passeurs, s’entassent sur des embarcations inadaptées, affrontent la mer Rouge. Ceux qui survivent peuvent ensuite connaître la détention, le travail forcé, les racketts. L’OIM documente ces flux depuis des années. Les drames se répètent. Les politiques, elles, changent trop peu.

Pour un lecteur marocain, le parallèle n’est pas mécanique, mais il est humain. Le Royaume est à la fois terre de départ, de transit et d’arrivée. Les côtes atlantiques et méditerranéennes ont vu trop de corps, trop de « non identifiés », trop de silences. Les jeunes qui tentent l’Europe par Tanger, Dakhla ou Nador ne sont pas les jeunes qui tentent le Golfe depuis Obock. La structure du désespoir, elle, se ressemble : un avenir bouché, un passeur, une mer. Djibouti n’est pas le Maroc. La leçon, si, est universelle. Tant que les voies légales resteront étroites et les économies d’origine violentes ou sèches, la mer continuera d’être un cimetière.

Il ne s’agit pas de comparer les souffrances. Il s’agit de refuser l’habitude. 139 morts et 84 disparus ne doivent pas glisser dans le fil d’actualité comme une météo. Au Maroc comme à Djibouti, une société se juge à la façon dont elle nomme ces vies, avant qu’elles ne disparaissent sous l’eau.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 13 Octobre 2026