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Nizar Baraka : des racines de Larache à la bataille nationale


Par Said Temsamani.

En choisissant Beni Arous, dans la province de Larache, pour lancer sa campagne électorale, Nizar Baraka ne s’est pas contenté de choisir un lieu. Il a choisi un symbole. Entre mémoire familiale, enracinement territorial et ambition politique nationale, le secrétaire général de l’Istiqlal transforme sa première étape électorale en message politique.

La politique commence parfois là où l’histoire familiale rencontre l’histoire collective. Pour Nizar Baraka, le coup d’envoi de la campagne électorale de l’Istiqlal n’a donc rien d’anodin. Le choix de Beni Arous, terre associée à ses origines familiales et au sanctuaire de Moulay Abdessalam Ben Mchich, constitue une mise en scène politique particulièrement significative : avant de parler d’avenir, le dirigeant istiqlalien choisit de rappeler ses racines.

Ce retour au « pays des ancêtres » donne à la campagne une dimension qui dépasse le simple calcul électoral. Dans un paysage politique où les campagnes tendent à être dominées par les programmes, les chiffres et la communication, Baraka mise ici sur une autre ressource : l’ancrage.

Devant les militants et les habitants de la région, son évocation de Beni Arous et du douar Tardane traduit une volonté claire : inscrire son parcours politique dans une continuité familiale et territoriale. Le message est d’autant plus important que le secrétaire général de l’Istiqlal conduit lui-même la liste de son parti dans la circonscription de Larache.



Le symbole avant le scrutin

Le choix de Larache peut ainsi être lu comme une double opération politique. Il s’agit, d’une part, de consolider une implantation électorale personnelle ; mais, d’autre part, de rappeler que la légitimité politique ne se construit pas uniquement à Rabat ou dans les institutions nationales.

Elle se nourrit également d’un rapport au territoire, à la mémoire et aux populations. Cette dimension revêt une importance particulière pour un responsable qui occupe simultanément la direction d’un des principaux partis historiques du Royaume et un portefeuille gouvernemental stratégique.

Le lancement à Beni Arous permet ainsi à Baraka de projeter une image de proximité, au moment même où il s’apprête à solliciter une nouvelle fois la confiance des électeurs.

L’enjeu dépasse donc la seule conservation d’un siège parlementaire. Il concerne aussi la capacité de l’Istiqlal à traduire son héritage historique en une dynamique électorale adaptée aux nouvelles attentes de la société marocaine.

« Notre avenir » : un slogan qui porte une ambition

Le choix du slogan « Ma patrie, mon avenir » — « Watani Mustaqbali » — s’inscrit précisément dans cette logique. Le parti cherche à articuler deux temporalités : celle de l’héritage et celle de la projection.

L’Istiqlal entend ainsi faire de son identité historique non pas un patrimoine figé, mais un point d’appui pour se présenter comme une force capable d’accompagner les transformations du Maroc.

Cette équation est déterminante pour un parti ancien : comment préserver une identité politique fortement enracinée dans l’histoire nationale tout en répondant aux préoccupations d’un électorat dont les attentes ont profondément changé ?

La campagne de Baraka apporte une première réponse : relier la mémoire au futur, le territoire à l’action nationale et l’identité politique à une promesse de modernité.

Larache, test personnel et enjeu national

Sur le plan électoral, la bataille de Larache constitue également un test important pour le secrétaire général de l’Istiqlal. En 2021, Baraka avait remporté son siège dans la circonscription en se classant deuxième, avec plus de 24 000 voix, derrière Mohamed Simo, alors candidat du Rassemblement national des indépendants.

=La nouvelle échéance représente donc à la fois une volonté de confirmation et un défi politique personnel. Mais l’enjeu est également national.

L’Istiqlal figure parmi les formations ayant réussi à présenter des candidatures dans l’ensemble des circonscriptions locales et régionales.

Selon les données annoncées par le ministère de l’Intérieur, le parti présente 305 candidats dans 92 circonscriptions locales, ainsi que 90 candidates dans 12 circonscriptions régionales.

Cette couverture nationale traduit une ambition qui dépasse largement la défense de quelques bastions électoraux : celle de renforcer le poids institutionnel du parti et de le replacer au cœur de la compétition politique nationale.

Un vieux parti face à une nouvelle séquence politique

C’est probablement là que se situe le véritable enjeu de cette campagne. L’Istiqlal possède un avantage dont peu de formations peuvent se prévaloir : une profondeur historique exceptionnelle dans le paysage politique marocain. Mais cet héritage constitue aussi une responsabilité.

Pour rester influent, le parti doit transformer son capital historique en capacité politique contemporaine. Le parcours de Nizar Baraka s’inscrit dans cette tentative de renouvellement.

Son discours associe désormais trois dimensions : l’enracinement, la responsabilité gouvernementale et la projection vers l’avenir. Le lancement à Beni Arous apparaît dès lors comme une image particulièrement efficace de cette stratégie.

La campagne commence dans un espace chargé de mémoire, mais le message porte sur l’avenir du Maroc. C’est peut-être toute la philosophie politique que Baraka cherche à installer en une seule séquence : on ne construit pas l’avenir contre ses racines ; on le construit à partir d’elles.

À Larache, la campagne électorale devient ainsi plus qu’une bataille pour un siège. Elle constitue pour Nizar Baraka et pour l’Istiqlal un test de capacité à transformer l’histoire en projet, la proximité en confiance et l’héritage en nouvelle légitimité politique.


Vendredi 11 Septembre 2026

La rédaction