L'ODJ Média

Nizar Baraka élève le débat et replace l’Istiqlal au cœur des discussions nationales sur Ceuta et Melilla


Rédigé par La rédaction le Dimanche 30 Août 2026

À trois semaines des législatives du 23 septembre, alors que la politique marocaine commence sérieusement à sentir la bataille des investitures, Nizar Baraka choisit un registre autrement plus lourd : souveraineté, relation avec l’Espagne et place du Maroc dans son environnement régional. Sa déclaration sur Ceuta et Melilla réveille un marqueur historique de l’Istiqlal. Elle impose aussi une exigence : tenir ensemble fermeté nationale et responsabilité diplomatique.



Ceuta et Melilla : Nizar Baraka replace la souveraineté au-dessus des querelles électorales

Nizar Baraka élève le débat et replace l’Istiqlal au cœur des discussions nationales sur Ceuta et Melilla
Il y a des moments où la politique gagnerait à regarder un peu plus loin que la prochaine tête de liste.

Depuis plusieurs semaines, les Marocains assistent au ballet désormais familier des investitures, des départs, des ralliements de dernière minute et de cette transhumance politique dont chaque épisode nourrit son petit feuilleton. Tout cela appartient à une campagne électorale. Mais tout cela finit aussi par rapetisser le débat.

Nizar Baraka a choisi un autre terrain.

Samedi à Rabat, le secrétaire général de l’Istiqlal a remis Ceuta et Melilla dans la conversation nationale, avec des mots volontairement fermes. L’Espagne reste un partenaire majeur du Royaume, mais le Maroc, a-t-il affirmé, « ne cédera aucun pouce » de son territoire. Il a également relié cette position à la montée en puissance géopolitique du Royaume et aux résistances qu’elle peut susciter.

Le propos porte parce qu’il rappelle une évidence parfois perdue dans le bruit électoral : les élections passent, les intérêts stratégiques d’un État restent.

Pour l’Istiqlal, ce langage n’a rien d’un costume emprunté pour la campagne. La souveraineté territoriale appartient à la vieille charpente doctrinale du parti. En la réactivant aujourd’hui, Nizar Baraka parle donc à la mémoire politique de sa formation autant qu’au Maroc de 2026.

Et le moment n’est évidemment pas neutre.

La crise migratoire exceptionnelle de Ceuta, à la fin juillet, a replacé brutalement cette frontière sous les projecteurs. Les premières estimations ont beaucoup varié avant que le ministère espagnol de l’Intérieur n’avance le chiffre de quelque 72 000 entrées irrégulières. La violence de l’épisode, son coût humain et ses répercussions en Espagne ont transformé Ceuta en sujet européen autant qu’hispano-marocain.

Maroc-Espagne : la fermeté n’interdit pas le partenariat. C’est ici que la déclaration de Baraka devient intéressante.

Le dirigeant istiqlalien ne propose pas de casser la relation avec Madrid. Ce serait d’ailleurs difficilement compatible avec la réalité des intérêts des deux pays. Le Maroc et l’Espagne ont construit ces dernières années une coopération dense, économique, sécuritaire et politique. Cette relation compte pour Rabat comme pour Madrid.

Dire cela ne conduit pas mécaniquement à mettre Ceuta et Melilla entre parenthèses.

La diplomatie marocaine sait depuis longtemps travailler avec cette apparente contradiction : approfondir une relation stratégique sans effacer les dossiers de souveraineté. C’est une politique de temps long. Elle réclame davantage de maîtrise que de coups de menton.

On pourra toujours considérer que remettre Ceuta et Melilla au premier plan en pleine campagne électorale expose toujours au soupçon de surenchère patriotique. Et lorsqu’un secrétaire général de parti est également ministre, ses paroles voyagent au-delà des réunions militantes. Elles sont entendues à Madrid, à Bruxelles et ailleurs.

Mais, rien dans les propos rapportés de Nizar Baraka ne relève d’un appel à la rupture ou d’une escalade. Il désigne explicitement l’Espagne comme partenaire. La fermeté territoriale est donc accompagnée d’une reconnaissance du lien stratégique. Cette nuance compte beaucoup.

L’Istiqlal retrouve un terrain politique qui lui appartient et sur le plan intérieur, la séquence est plutôt réussie.

Nizar Baraka oblige son parti à sortir, au moins momentanément, de l’arithmétique électorale. Il replace l’Istiqlal sur un espace politique où son histoire lui donne une légitimité particulière : l’État, la souveraineté et les intérêts de long terme du Royaume.

Cela ne dispense évidemment personne de parler de pouvoir d’achat, d’école, de santé, d’emploi ou de rendre des comptes sur l’action gouvernementale. Une campagne législative se gagne aussi sur la vie quotidienne des Marocains.

Mais une formation qui ambitionne de gouverner doit également montrer sa lecture du monde.

C’est probablement là le principal bénéfice politique de cette sortie. Dans une campagne qui risque encore de nous offrir beaucoup de transferts de candidats et quelques querelles mémorables, Nizar Baraka rappelle que la politique peut retrouver de la hauteur.

Sur Ceuta et Melilla, le Maroc défend une position ancienne. Avec l’Espagne, il défend une relation stratégique moderne. La difficulté n’est pas de choisir entre les deux. Elle consiste précisément à savoir porter les deux sans faiblesse, sans agitation inutile et sans perdre de vue l’intérêt supérieur du Royaume.

C’est à cette hauteur-là que le débat mérite désormais de se poursuivre.
 




Dimanche 30 Août 2026