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Nizar Baraka et la souveraineté sanitaire… L'hôpital public, miroir de l'État


Rédigé par le Mercredi 1 Juillet 2026

Il est des moments où un débat sectoriel devient une interrogation sur la nature même de l'État… La santé appartient à cette catégorie… Derrière les hôpitaux, les urgences, les ressources humaines ou les équipements médicaux se dessine une question plus profonde… celle de la capacité d'une nation à protéger ses citoyens, à garantir l'égalité devant la maladie et à faire de la dignité un principe concret de l'action publique…



Par Mohammed Yassir Mouline

Nizar Baraka et la souveraineté sanitaire… L'hôpital public, miroir de l'État
C'est cette lecture qu'a défendue Nizar Baraka en présidant à Rabat la conférence scientifique nationale consacrée à « L'hôpital public et l'offre de soins au Maroc… Ambitions et leviers de la réforme », organisée par l'alliance des médecins istiqlaliens… Plus qu'une réflexion sur l'organisation du système de santé, son intervention a esquissé une vision où l'hôpital public cesse d'être un simple service administratif pour devenir un instrument de souveraineté, de cohésion sociale et de confiance entre l'État et le citoyen… À travers cette approche, le Secrétaire général du Parti de l'Istiqlal inscrit la réforme sanitaire parmi les grands chantiers stratégiques appelés à accompagner le Maroc de la période 2026-2031… La santé comme projet d'État…
 
Son message est sans ambiguïté… la réforme de la santé n'est pas un chantier parmi d'autres… elle engage l'avenir des générations futures... À ce titre, elle ne peut réussir qu'à travers une véritable démarche participative associant les pouvoirs publics, les professionnels de santé, le secteur privé, les universitaires, les collectivités territoriales et la société civile, afin de bâtir une feuille de route commune au service de l'intérêt général…
 
Cette vision s'inscrit dans les orientations politiques du Parti de l'Istiqlal pour la période 2026-2031... La réforme du secteur de la santé y figure parmi les priorités stratégiques, aux côtés de la protection de la famille marocaine et du système de valeurs, de la préservation du pouvoir d'achat, de la lutte contre les rentes, la corruption et les conflits d'intérêts, de la défense du service public ainsi que du renforcement de la souveraineté nationale et de l'indépendance stratégique du Royaume… Ce choix traduit une conviction… les politiques sociales ne relèvent plus uniquement de la solidarité… elles sont devenues des instruments de stabilité nationale et de souveraineté…
 
Au cœur de cette réflexion figure une idée forte… la puissance d'un État ne se mesure pas seulement à la croissance de son économie ou à la modernité de ses infrastructures, mais aussi à sa capacité à protéger ses citoyens dans les moments de maladie, de vulnérabilité et d'urgence... L'hôpital public devient ainsi bien davantage qu'un établissement de soins… il constitue l'un des principaux piliers du pacte de confiance entre l'État et le citoyen, garantissant l'égalité des chances, la cohésion territoriale et l'effectivité du droit à la santé…
 
Cette lecture rejoint une évolution observée à l'échelle internationale depuis la pandémie de Covid-19… Les systèmes de santé sont désormais considérés comme des infrastructures stratégiques, au même titre que l'énergie, la sécurité alimentaire ou la défense... La souveraineté ne se limite plus aux frontières… elle englobe désormais la capacité d'un pays à soigner efficacement sa population, en toutes circonstances…
 
Le Maroc a incontestablement franchi des étapes importantes grâce aux Hautes Orientations Royales, notamment avec la généralisation de la couverture médicale et le vaste chantier de la protection sociale… Mais, dans la vision défendue par Nizar Baraka, cette première étape doit désormais être prolongée par une secondetransformer un droit juridique en un accès réel, rapide, équitable et de qualité aux soins… Une couverture médicale ne prend tout son sens que si elle s'accompagne d'hôpitaux accessibles, de ressources humaines qualifiées, d'équipements performants et d'une prise en charge digne sur l'ensemble du territoire…
 
C'est précisément dans cette logique que s'inscrit sa proposition de créer une Agence nationale des urgences... L'idée dépasse la création d'un nouvel organisme administratif... Elle vise à mettre en place une gouvernance unifiée des secours, fondée sur un numéro national unique, une coordination permanente entre les secteurs public et privé, le renforcement des services médicalisés d'urgence et le recours aux hélicoptères sanitaires lorsque la situation l'exige… Derrière cette proposition se trouve une philosophie simple… la vie d'un citoyen ne devrait jamais dépendre de la distance qui le sépare d'un hôpital… c'est au système de santé de rapprocher le soin du patient…
 
Cette réflexion s'appuie également sur une réalité territoriale... Aujourd'hui, près de 80 % du territoire national demeure essentiellement couvert par le secteur public, tandis que l'offre privée reste concentrée sur environ 20 % du territoire… Dès lors, défendre l'hôpital public ne revient pas à opposer les deux secteurs... Au contraire, Nizar Baraka plaide pour un système équilibré où un secteur privé dynamique complète un service public fort, seul capable de garantir l'équité territoriale et la souveraineté sanitaire du Royaume…
 
Le diagnostic demeure cependant exigeant… Le déficit estimé à près de 35 000 médecins, la poursuite de l'émigration des compétences, les difficultés de maintenance des équipements, les délais de prise en charge, les disparités régionales et les contraintes de financement montrent que la réforme ne pourra réussir sans une profonde modernisation de la gouvernance hospitalière et une politique ambitieuse de valorisation des ressources humaines…
 
À cet égard, Nizar Baraka appelle à sortir d'une logique de gestion permanente des crises pour construire un hôpital public durable, fondé sur une qualité objectivement mesurable, une responsabilité clairement identifiée, une gouvernance modernisée et une meilleure attractivité des carrières médicales… L'enjeu n'est pas seulement de réformer les structures, mais de restaurer la confiance des citoyens dans leur système de santé… Au fond, la véritable portée de cette réflexion dépasse largement la seule réforme hospitalière... Elle interroge le modèle d'État que le Maroc entend consolider dans les prochaines années… un État dont la force ne se mesure plus uniquement à la croissance économique, aux infrastructures ou aux grands équilibres financiers, mais aussi à sa capacité à protéger chaque citoyen lorsqu'il est le plus vulnérable
 
La souveraineté sanitaire, telle que la conçoit Nizar Baraka, ne se résume ni à une succession de mesures techniques ni à un catalogue de promesses... Elle renvoie à une ambition plus vaste… faire de l'hôpital public le miroir d'un État efficace, équitable et solidaire, où le droit à la santé cesse d'être un principe proclamé pour devenir une réalité vécue… Car, en définitive, la crédibilité d'un État ne se lit jamais aussi clairement que dans la confiance qu'un citoyen accorde à son hôpital lorsqu'il en franchit la porte… Wa Salam Aleykoum wa Rahmatou Allah.




Mohammed Yassir Mouline
Mohammed Yassir Mouline: Journaliste caricaturiste professionnel... 34 ans d'expérience à... En savoir plus sur cet auteur
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