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Nizar Baraka veut faire de l'innovation un levier stratégique de l'État


Rédigé par le Jeudi 23 Juillet 2026

Le ministère de l'Équipement et de l'Eau franchit une nouvelle étape dans son projet de Pôle Technologique (PÔLE TEC). Un an après son lancement, cette plateforme dédiée à la recherche, à l'innovation et à l'ingénierie publique dévoile sa feuille de route et ses premières réalisations. Au-delà d'un simple projet scientifique, l'initiative traduit une ambition plus large : renforcer la souveraineté technologique du Maroc face aux défis climatiques, numériques et industriels.



La souveraineté passe désormais par la connaissance

Nizar Baraka veut faire de l'innovation un levier stratégique de l'État
Le ministère de l'Équipement et de l'Eau ne veut plus seulement construire des routes, des barrages ou des ports. Il entend désormais produire des connaissances, développer des technologies et transformer la recherche scientifique en solutions opérationnelles au service de l'État. C'est le message porté ce jeudi 23 juillet à Casablanca par le ministre Nizar Baraka, lors de la présentation de l'état d'avancement et de la feuille de route du PÔLE TEC, un an après son lancement officiel.

Présenté à l'École Hassania des Travaux Publics (EHTP), ce projet s'inscrit dans une vision qui dépasse largement le cadre du ministère. Face aux effets du changement climatique, à l'accélération de la révolution numérique et au durcissement de la compétition technologique mondiale, Rabat cherche à renforcer ses capacités nationales dans des secteurs devenus stratégiques. L'eau, les infrastructures, l'intelligence artificielle, les données ou encore les technologies de simulation ne sont plus uniquement des domaines techniques : ils sont désormais considérés comme des instruments de souveraineté.

Dans son intervention, Nizar Baraka a insisté sur la nécessité de maîtriser les données et les référentiels techniques afin de consolider l'autonomie stratégique du Royaume. Ce positionnement traduit une évolution de la doctrine publique : l'État ne souhaite plus dépendre exclusivement des expertises étrangères pour concevoir, gérer et moderniser ses infrastructures. Il ambitionne de produire lui-même les connaissances scientifiques nécessaires à son développement.

Le projet repose sur une logique de convergence entre plusieurs institutions publiques. Il fédère le ministère de l'Équipement et de l'Eau, l'EHTP, le Laboratoire Public d'Essais et d'Études (LPEE) ainsi que le bureau d'études Conseil Ingénierie et Développement (CID). L'objectif est de créer un écosystème capable de rapprocher la recherche scientifique, la formation des ingénieurs, l'ingénierie publique et les besoins des politiques publiques.

Cette ambition se traduit déjà par des réalisations concrètes. Neuf projets de recherche ont été présentés lors de cette rencontre, portant notamment sur l'intelligence artificielle, les jumeaux numériques, la gestion des ressources hydriques et les infrastructures intelligentes. Le lancement des travaux de la future Tour Scientifique marque également une étape symbolique. Cette infrastructure accueillera des laboratoires de nouvelle génération, un data center, des plateformes de cloud computing, des équipements de cybersécurité, des espaces consacrés aux technologies quantiques ainsi que des installations dédiées à la recherche appliquée.

Au-delà des équipements, le projet prépare une transformation plus profonde du capital humain. Le ministère prévoit la création de cinq instituts spécialisés, destinés à accompagner les métiers émergents liés à la transition numérique, à la sécurité hydrique, aux technologies de rupture et à l'ingénierie avancée. L'EHTP et les Instituts spécialisés des travaux publics seront également renforcés afin de former une nouvelle génération d'ingénieurs capables d'accompagner les grands chantiers du Royaume.

Par ailleur, PÔLE TEC s'inscrit dans une stratégie nationale qui fait de la souveraineté technologique un pilier du développement. Dans un contexte où les États cherchent à sécuriser leurs données, leurs infrastructures critiques et leurs capacités d'innovation, le Maroc affiche sa volonté de bâtir un modèle reposant davantage sur ses propres compétences scientifiques. Le Groupement d'Intérêt Public (GIP) créé pour piloter le projet doit justement garantir une gouvernance durable et favoriser les partenariats entre administration, universités, centres de recherche et entreprises.

À l'horizon 2040, le gouvernement espère faire de cette plateforme un véritable catalyseur d'innovation capable d'alimenter les politiques publiques, de soutenir la compétitivité économique et de renforcer la résilience des infrastructures nationales. Plus qu'un projet académique, PÔLE TEC apparaît comme l'un des instruments de la stratégie marocaine visant à préparer les transformations technologiques des prochaines décennies.

Dans un monde où la puissance ne se mesure plus uniquement aux infrastructures construites, mais aussi à la capacité d'innover, de produire des connaissances et de maîtriser les technologies stratégiques, le Maroc cherche à prendre une longueur d'avance. Avec PÔLE TEC, le Royaume envoie un signal clair : la souveraineté de demain se construira autant dans les laboratoires que sur les chantiers.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 23 Juillet 2026