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Nous ne sommes pas faits pour la CAN. Et, réciproquement, la CAN n’est peut-être pas faite pour nous !


Rédigé par le Lundi 19 Janvier 2026

Il faut parfois avoir le courage de regarder la vérité en face, même quand elle fait mal. Surtout quand elle fait mal. Après cette CAN 2025, après cette finale avortée, étouffée par la tension, la confusion et les débordements, une conclusion s’impose avec une brutalité presque cruelle : nous ne sommes pas faits pour la CAN. Et, réciproquement, la CAN n’est peut-être pas faite pour nous.



Ce n’est pas une phrase de colère. C’est un constat de lassitude.

Nous ne sommes pas faits pour la CAN. Et, réciproquement, la CAN n’est peut-être pas faite pour nous !
Car le Maroc n’a pas perdu une finale, il a perdu une illusion. Celle qu’il suffisait d’avoir de bons joueurs, des infrastructures modernes, une organisation saluée, pour que la Coupe d’Afrique finisse naturellement par tomber dans nos bras. Or la CAN ne se gagne pas seulement au talent ou à la logique. Elle se gagne dans un chaos que nous continuons de refuser, de subir ou de mal comprendre.

Une compétition qui ne ressemble jamais à ce qu’elle promet

À chaque édition, le discours est le même. Cette fois, c’est la bonne. Cette fois, l’Afrique progresse. Cette fois, le football parlera plus fort que le reste. Et à chaque fois, la réalité rattrape le mythe. Arbitrage sous pression, matchs hachés, décisions contestées, climat délétère, interruptions surréalistes. La finale 2025 n’a été que l’aboutissement d’un long malaise.

Quand un match s’arrête dix, quinze, vingt minutes sous la pression d’un banc, de joueurs ou de tribunes, ce n’est plus du football. C’est autre chose. Et ce “quelque chose”, le Maroc ne sait pas – ou ne veut pas – le jouer.

Le Maroc, éternel étranger à la logique de la CAN

Soyons honnêtes. Le Maroc aborde la CAN avec une grille de lecture européenne. Rythme, maîtrise, plan de jeu, rationalité. La CAN, elle, obéit à d’autres codes. Elle est émotionnelle, imprévisible, parfois injuste, souvent irrationnelle. Celui qui ne l’accepte pas est condamné à souffrir.

Nous voulons que le match se joue sur le terrain, uniquement sur le terrain. La CAN nous répond que non. Nous voulons de la continuité, de l’équité, de la clarté. La CAN nous oppose la confusion et l’instinct. Ce choc des cultures footballistiques est permanent. Et il tourne presque toujours à notre désavantage.

Regragui, symbole d’un malaise plus large

Walid Regragui n’est ni le problème, ni la solution miracle. Il est le symbole. Celui d’un sélectionneur moderne, structuré, lucide, qui parle d’image, de responsabilité, de dignité. Son discours est juste. Mais à la CAN, être juste ne suffit pas. Parfois, cela ne sert même à rien.

Quand il dénonce une image “malsaine”, il ne cherche pas d’excuse. Il décrit un environnement. Et cet environnement finit toujours par rattraper le Maroc, quelle que soit la génération, quelle que soit la promesse.

Une compétition qui use plus qu’elle n’élève

La CAN devait être une célébration. Elle est devenue une épreuve. Une épreuve nerveuse, mentale, presque morale. Elle ne révèle pas seulement les forces, elle exacerbe les failles. Et elle laisse derrière elle un goût amer, comme si le football africain se battait contre lui-même.

Le plus douloureux, ce n’est pas de perdre. C’est de sortir d’une CAN avec le sentiment que le football n’a pas gagné. Que personne n’a vraiment gagné.

Alors oui, il faut oser le dire

Peut-être que le Maroc n’est pas fait pour la CAN, dans ce qu’elle est aujourd’hui. Et peut-être que la CAN, dans sa forme actuelle, n’est pas faite pour un football qui aspire à autre chose, à plus de rigueur, plus de sérénité, plus de cohérence.

Ce n’est ni un renoncement, ni un mépris. C’est une fatigue. Une lassitude profonde. Celle d’un pays qui aime le football, qui investit, qui progresse, mais qui se heurte sans cesse à une compétition qui refuse d’évoluer au même rythme.

La CAN continuera. Le Maroc aussi. Mais tant que cette fracture existera, tant que le terrain ne sera pas le seul juge, cette histoire restera une relation compliquée, douloureuse, presque toxique.

Et parfois, dans le football comme ailleurs, il faut accepter cette vérité simple et cruelle : certaines histoires ne sont pas faites pour durer




Mohamed Ait Bellahcen
Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls l'auto... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 19 Janvier 2026