La situation n'a pas tellement changé, explique Antonio Guterres.
Il faut rappeler en effet qu'il a été pratiquement décrédibilisé - et même délégitimé - avec sa proposition faite voici un an, au Conseil de sécurité, avec sa proposition incongrue d'une partition des provinces sahariennes récupérés entre le Royaume et le "Polisario". Un recyclage plus de deux décennies après, de la proposition du président Bouteflika faite à James Baker, alors Envoyé personnel du Secrétaire général de l'ONU, à Houston, en novembre 2001, d'un plan de partage...
Si bien que De Mistura n'est pas plus un médiateur, ni un facilitateur audible, cette fonction lui échappant au profit de l'administration Trump. Réélu pour un nouveau mandat, le locataire de la Maison Blanche avait décidé, à la fin de sa première présidence, le 10 décembre 2020, de reconnaître la marocanité des provinces méridionales du Royaume en consacrant l'initiative de ce dernier, en date du 11 avril 2007, comme la seule solution de règlement négocié entre les parties.
Une dynamique accélérée
Si la Chine observe toujours une neutralité bienveillante, la Russie qui traditionnellement avait la même position - celle de l'abstention au vote des résolutions de la haute instance onusienne- a évolué ces derniers jours.
A l'occasion de la 8ème session de la commission mixte intergouvernementale, à Moscou, le ministre des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, a eu des entretiens avec son homologue marocain, Nasser Bourita, les 15-16 octobre courant. Lors d'une conférence de presse, il a ainsi déclaré que "toute solution acceptable pour toutes les parties serait satisfaisante". Et d'ajouter que la proposition de Rabat d'autonomie " pourrait faire partie de la solution". Nous notons le rôle joué par la proposition marocaine d'autonomie comme cadre de règlement".
Voilà bien, il faut le relever, un changement diplomatique significatif alors que Moscou avait jusque-là gardé une posture pratiquement distanciée sous couvert de neutralité et partant d'abstention au Conseil de sécurité.
Les lignes bougent
Cette formulation fait justice, si besoin était, de manière implicite à la référence au référendum d'autodétermination abandonnée d'ailleurs dans les résolutions du Conseil de sécurité depuis... 2003 ! Alger et le "Polisario" sont désormais au pied du mur, l'impasse est totale. Ces parties doivent opérer une révision déchirante de leurs positions communes sur ce dossier.
Elles n'ont pas d'autre choix que de se réinsérer dans le processus onusien. L'Algérie a récusé en 2020 le format des tables rondes qui avaient été tenues en décembre 2018 et mars 2019 en Suisse. Quant aux séparatistes, ils avaient également épousé cette position en ajoutant qu'ils dénonçaient le cessez-le feu le 20 novembre 2020, au lendemain de l'opération de normalisation de la circulation par les FAR du poste frontière de Gueguerat avec la Mauritanie.
Un agenda contraignant
Elle n'a pas à prendre en charge un référendum comme c'était prévu voici plus de trois décennies. Elle est appelée à être reformatée pour connaître désormais du monitoring de l'assistance à l'application du plan marocain d'autonomie sur le terrain. Plus encore, il n'est plus question d'un renouvellement de sa mission pour une année mais pour un mandat limité à trois mois, soit jusqu'à la fin janvier 2026.
Pourquoi un renouvellement seulement trimestriel ? Pour accélérer le calendrier diplomatique, faire pression sur Alger et le "Polisario" et pousser à des négociations devant être engagées dans les prochaines semaines, conformément au canevas qui va être précisé dans la nouvelle résolution du Conseil de sécurité à la fin de ce mois d'octobre 2025.
En somme, un délai de soixante jours. Une évaluation des avancées de ce processus de règlement sera faite au terme des six premières semaines qui suivront, soit le 15 décembre prochain. Le deadline des négociations donc dans 3 mois. Tout sera sur la table pour une évaluation conséquente : réévaluation de la Minurso, plan de règlement et de paix. Cinquante ans après 1a Marche Verte, justice sera rendue au Maroc sur la base de ses titres historiques et juridiques par la communauté internationale. Une nouvelle séquence...
PAR MUSTAPHA SEHIMI/QUID.MA -
