Selon les cours actualisés ce matin, l’once d’or s’échange autour de ~4 545 $, après être tombée à des niveaux proches de 4 100 $ la semaine passée une chute marquée par une série de pertes historiques sur plusieurs jours. Pour sa part, l’argent oscille autour de ~73 $ l’once, loin de ses sommets récents.
Ce reflux miraculeux pourrait sembler paradoxal : après tout, lorsqu’un conflit majeur éclate, surtout autour de zones aussi stratégiques que le Golfe persique et le détroit d’Ormuz, on s’attend classiquement à voir l’or s’envoler. Mais cette fois, le marché joue un scénario différent et instructif.
Ce revirement commence, paradoxalement, par une forte hausse des métaux précieux en février et au début mars, portée par des données record. Au plus fort de la vague acheteuse, l’or avait flirté avec 5 434 $ l’once, et l’argent avait dépassé les 97 $ sur certains marchés Comex, signant des niveaux rarement vus.
Mais ce n’était qu’un sommet technique et ce qui a suivi montre combien les comportements des investisseurs peuvent être contraints par des réalités économiques plus terre à terre. Face à l’incertitude exacerbée par la guerre et la volatilité du pétrole, nombreux sont ceux qui ont préféré liquider leurs positions pour renforcer leur trésorerie, au lieu de poursuivre une stratégie de « refuge » pure.
Ce mouvement de « vente pour cash » s’explique par plusieurs facteurs imbriqués :
- La force persistante du dollar américain, qui rend l’or et l’argent plus coûteux pour les détenteurs de devises étrangères.
- Des anticipations de politiques monétaires plus strictes, avec des marchés qui n’écartent plus la possibilité de hausses de taux par la Réserve fédérale américaine et d’autres grandes banques centrales ce qui valorise les actifs à rendement, comme les obligations, au détriment des métaux précieux non productifs.
- La nécessité pour certains acteurs d’augmenter leur liquidité, notamment dans un contexte où les marchés des matières premières et de l’énergie restent incertains.
L’industrie elle‑même n’est pas épargnée : l’argent, qui sert aussi à fabriquer des composants pour les panneaux solaires, les batteries de véhicules électriques ou encore les data centers liés à l’intelligence artificielle, est particulièrement sensible à un ralentissement industriel global. Si la croissance se tasse, la demande réelle pour ces usages industriels pourrait se refléter dans une pression baissière sur les prix.
Par ailleurs, les perturbations logistiques notamment la mise en pause ou la réduction des transports aériens de métaux précieux via Dubaï, un nœud crucial du commerce mondial ont complexifié le marché physique, restreint certaines chaînes d’approvisionnement et modifié la dynamique du prix.
Cette correction des cours d’or et d’argent n’est pas un effondrement, mais un rappel brutal des lois du marché : même les valeurs refuges sont soumises aux flux de liquidité, aux décisions des banques centrales et aux tensions géopolitiques. Pour les investisseurs marocains, la leçon est claire : l’or et l’argent protègent sur le long terme, mais leurs prix peuvent tanguer fortement à court terme. Comprendre ces cycles, rester informé et diversifier ses placements reste la meilleure stratégie pour traverser l’incertitude sans perdre le cap.