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Orientation scolaire : la première politique économique que le Maroc sous-estime (1/17)

Dossier GEN Z du Manifeste du 11 Janvier 2026 :1-Assurer une éducation publique gratuite, de qualité équivalente sur l’ensemble du territoire, tenant compte des spécificités du monde rural et des zones enclavées, et renforçant l’orientation scolaire


Rédigé par La rédaction le Mercredi 14 Janvier 2026

On parle souvent du chômage des diplômés comme d’une fatalité. Trop de jeunes, pas assez d’emplois. Trop d’universités, pas assez d’usines. Le débat est connu, presque usé. Mais il commence rarement au bon endroit.

Car le chômage des diplômés ne naît pas à la sortie de l’université. Il s’installe bien plus tôt, parfois dès le collège, au moment silencieux où l’orientation scolaire cesse d’être un choix éclairé pour devenir un hasard social.



Dans la Charte du 11 Janvier pour la Jeunesse, la question de l’éducation publique équitable et de l’orientation précoce n’est pas anodine.

Orientation scolaire : la première politique économique que le Maroc sous-estime (1/17)
Elle touche au cœur du modèle économique marocain.

Car orienter, ce n’est pas seulement informer un élève. C’est organiser, à long terme, la manière dont un pays forme sa main-d’œuvre, répartit ses compétences et transforme son capital humain en richesse productive.
 
Aujourd’hui, l’orientation scolaire au Maroc reste largement théorique, tardive et inégalitaire. Dans les grandes villes, certains élèves bénéficient d’un accompagnement informel via la famille, les réseaux ou le secteur privé.

Ailleurs, notamment dans le monde rural et les zones enclavées, l’orientation est souvent réduite à une suite de décisions par défaut. On continue “jusqu’à ce que ça bloque”. Puis on improvise.
 
Ce système a un coût économique massif, mais rarement chiffré.

Chaque étudiant engagé dans un parcours sans débouché réel représente un double gaspillage : des dépenses publiques engagées (enseignants, infrastructures, bourses) et un potentiel productif immobilisé pendant plusieurs années.

À l’échelle nationale, cela se traduit par une accumulation de diplômés sous-employés, frustrés, ou contraints de rejoindre l’informel.

L’orientation scolaire devrait pourtant être pensée comme une politique d’allocation optimale des talents.

Un pays qui investit dans l’éducation sans piloter les parcours ressemble à une entreprise qui recrute sans stratégie. Il produit des compétences, mais pas forcément celles dont l’économie a besoin, ni là où elle en a besoin.
 
L’enjeu est aussi territorial. Les besoins économiques d’une région agricole, industrielle ou touristique ne sont pas les mêmes. Pourtant, les parcours scolaires restent largement uniformes.

Résultat : des régions qui importent leurs compétences, pendant que leurs propres jeunes migrent vers les grandes villes ou quittent le pays.

Une orientation mieux articulée aux réalités locales permettrait de fixer la valeur ajoutée sur place, de renforcer les économies régionales et de réduire les déséquilibres territoriaux.
 
Il y a également une dimension sociale profonde. L’absence d’orientation précoce renforce les inégalités dès le départ. Les élèves issus de milieux favorisés savent contourner les impasses.

Les autres les découvrent trop tard. Le déclassement n’est alors pas seulement économique, il est psychologique. Il alimente un sentiment d’injustice qui fragilise la confiance dans l’école, puis dans les institutions.

Sur le plan macroéconomique, une orientation efficace agit comme un amortisseur.

Elle réduit le décrochage scolaire, fluidifie la transition entre formation et emploi, et améliore la productivité globale.

Les pays qui ont investi sérieusement dans des systèmes d’orientation intégrés – associant école, formation professionnelle, entreprises et territoires – affichent des taux de chômage des jeunes plus faibles et des trajectoires professionnelles plus stables.
 
Au Maroc, repenser l’orientation scolaire suppose de rompre avec une vision purement académique du parcours éducatif.

Il ne s’agit pas de hiérarchiser les filières, mais de les rendre lisibles, réversibles et connectées au monde réel. Valoriser les parcours techniques et professionnels n’est pas un discours de communication, c’est une nécessité économique.
 
La Charte du 11 Janvier ouvre une brèche importante en posant l’orientation comme un droit, et non comme un luxe. Elle rappelle implicitement que l’égalité des chances commence bien avant l’accès à l’emploi.

Elle commence par l’accès à l’information, à l’accompagnement et à des choix réalistes.
 
Dans un pays jeune comme le Maroc, à l’horizon 2040, ignorer cette dimension revient à hypothéquer le dividende démographique.

À l’inverse, investir dans une orientation scolaire intelligente, territorialisée et anticipée, c’est agir sur l’un des leviers économiques les plus puissants et les moins visibles.

La première politique de l’emploi, ce n’est pas un programme de subventions ou un dispositif d’insertion tardif. C’est une boussole donnée à temps. Et pour l’instant, trop de jeunes avancent sans carte, dans une économie qui, elle, n’attend pas.




Mercredi 14 Janvier 2026