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Oui pour un contrat social… mais commençons par déployer le Nouveau Modèle de Développement !




Oui pour un contrat social… mais commençons par déployer le Nouveau Modèle de Développement !
Les événements de Ceuta ont rouvert un débat essentiel. Celui du lien entre l'État, l'économie et les citoyens. Dans une tribune publiée par Le Monde, l'économiste Jamal Bouoiyour estime que le Maroc n'a plus besoin d'un nouveau plan de développement, mais d'un nouveau contrat social. Son analyse est stimulante. Elle pose les bonnes questions sur la jeunesse, les institutions, la mobilité sociale et la capacité de notre modèle économique à produire de l'espoir autant que de la richesse.

Je partage une partie de son diagnostic avec certaines réserves évidement.

Mais je m'interroge surtout sur sa conclusion.

Car avant d'ouvrir un nouveau chapitre, ne faudrait-il pas déjà lire jusqu'au bout le précédent ?

En 2021, après deux années d'un travail exceptionnel mené par une commission pluraliste, le Royaume s'est doté du Nouveau Modèle de Développement (NMD). Ce document n'était pas un simple rapport administratif destiné à enrichir les bibliothèques institutionnelles. Il avait vocation à devenir une véritable boussole nationale jusqu'en 2035. Il proposait une vision, des priorités, une méthode et surtout une nouvelle manière de concevoir le développement.

Or, cinq ans plus tard, une question demeure : où en sommes-nous réellement de son déploiement ? Cette interrogation est rarement posée. Pourtant, elle devrait précéder toutes les autres.

Le paradoxe est frappant. Depuis plusieurs semaines, chacun appelle à de nouvelles réformes. Certains réclament un nouveau pacte économique, d'autres un nouveau contrat social, d'autres encore une nouvelle stratégie pour l'emploi des jeunes. Mais avons-nous réellement mis en œuvre celle que nous avons collectivement adoptée en 2021 ?

Le NMD contenait déjà bien davantage qu'un programme économique. Il portait une ambition profondément sociale. Il parlait de confiance, de mérite, d'égalité des chances, de qualité des services publics, de réduction des inégalités territoriales, de transformation de l'école, de modernisation de l'administration, de compétitivité, de gouvernance et d'inclusion.

Autrement dit, le contrat social était déjà présent entre les lignes.

Encore fallait-il lui donner une traduction concrète.

La succession des crises a évidemment bouleversé les priorités. La sortie de la pandémie, l'inflation mondiale, la sécheresse, les tensions géopolitiques, puis l'accélération des investissements stratégiques ont mobilisé l'action publique. Ces circonstances expliquent en partie les retards. Elles ne suffisent toutefois pas à expliquer l'absence d'un véritable pilotage public du NMD.

Car ce qui manque aujourd'hui n'est pas tant une nouvelle vision qu'une gouvernance de l'exécution.

Depuis vingt ans, le Maroc produit d'excellents diagnostics. Rapport du Cinquantenaire, rapports du CESE, études du HCP, analyses de Bank Al-Maghrib, recommandations de la Banque mondiale, du FMI, puis Nouveau Modèle de Développement… Les convergences sont nombreuses. Les blocages sont identifiés. Les réformes prioritaires sont connues.

Le défi n'est plus intellectuel. Il est opérationnel.

C'est pourquoi je crois que le moment est venu de franchir une nouvelle étape : transformer le NMD en véritable feuille de route publique, suivie, mesurée et évaluée.

Le Haut-Commissariat au Plan dans le cadre de sa nouvelle mission pourrait jouer ici un rôle majeur.

Pourquoi ne pas lui confier la publication annuelle d'un Rapport national de suivi du Nouveau Modèle de Développement ?

Pas un document politique. Un document statistique, indépendant et transparent.

Pour chacun des grands objectifs du NMD, les citoyens pourraient connaître les indicateurs de départ, les objectifs fixés, les résultats obtenus, les retards constatés et les explications disponibles.

Nous suivons chaque trimestre la croissance, l'inflation, le chômage, les finances publiques ou le commerce extérieur. Pourquoi ne suivrions-nous pas avec la même rigueur l'avancement de la stratégie nationale censée guider le Maroc jusqu'en 2035 ?

Un tel exercice présenterait un double avantage. Il renforcerait la redevabilité des pouvoirs publics. Et il restaurerait progressivement la confiance des citoyens.

Car la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par la transparence, la cohérence et la continuité.

Oui, le Maroc aura probablement besoin d'un contrat social renouvelé. Les transformations démographiques, technologiques et économiques l'imposent. L'intelligence artificielle, les mutations du travail, les attentes de la jeunesse et les nouvelles exigences territoriales obligeront sans doute à repenser certains équilibres.

Mais un contrat social ne peut être crédible que s'il repose sur une capacité collective à mettre en œuvre ce qui est décidé.

Sinon, nous risquons d'empiler les concepts sans jamais changer la réalité.

Le Nouveau Modèle de Développement n'est pas dépassé.

Il est inachevé.

Avant d'écrire un nouveau texte fondateur, démontrons que nous savons appliquer celui que nous avons adopté. Évaluons-le avec honnêteté, corrigeons ce qui doit l'être, accélérons ce qui fonctionne et assumons ce qui a pris du retard.

Le Maroc n'a jamais manqué d'idées.

Il lui reste désormais à réussir l'étape la plus difficile : transformer une vision en résultats mesurables.

Oui à un nouveau contrat social.

Mais commençons, enfin, par déployer pleinement le Nouveau Modèle de Développement de 2021.

L'Eco Business du 06 juillet 2026 HCP : cinq ans après, la réforme arrive enfin… mais avec quelles garanties ?

Ce numéro de l'Eco Business du 06-07-2026, propose un bilan critique du Nouveau Modèle de Développement (NMD) au Maroc cinq ans après son initiation. Le document met particulièrement en lumière la réforme du Haut-Commissariat au Plan (HCP), visant à transformer cet organisme en une institution autonome pour mieux coordonner et évaluer les politiques publiques. À travers une analyse rigoureuse, les auteurs examinent les succès et les lacunes dans des secteurs clés tels que la protection sociale, l'éducation, la santé et la lutte contre la corruption. L'objectif est de mesurer concrètement l'impact des chantiers étatiques sur le quotidien des citoyens avant les prochaines échéances électorales. En soulignant le besoin de transparence et d'indépendance statistique, le texte appelle à passer du simple diagnostic à une exécution efficace des réformes. Ce panorama souligne enfin que la crédibilité du modèle marocain de 2035 dépendra de sa capacité à produire des résultats vérifiables pour la classe moyenne et les entreprises.



Mercredi 5 Août 2026