Une inflexion sociale financée par la fiscalité
Le projet assume un changement de cap. Environ 62 milliards de dirhams sont mobilisés pour la première année du programme gouvernemental .
Le soutien social direct, qui bénéficie à plus de quatre millions de ménages, passe de 500 à 600 dirhams par mois, première marche d'une trajectoire vers 1 000 dirhams .
Le minimum de pension est relevé à 1 700 dirhams.
Surtout, la réforme de l'impôt sur le revenu, étalée jusqu'en 2031, porte le seuil d'exonération de 40 000 à 60 000 dirhams, ramène cinq tranches à trois et plafonne le taux marginal à 30 %. Allégeant le coût du travail déclaré, elle est autant une réforme d'offre qu'une mesure de pouvoir d'achat.
Cette générosité a un prix, et c'est la structure du budget qui le révèle.
Les recettes fiscales, qui représentent environ 90 % des recettes courantes, progressent de 15,6 % par rapport à la loi de finances initiale de 2026.
La comparaison flatte pourtant la réalité : rapportées aux quelque 386 milliards attendus en exécution en 2026, selon les chiffres avancés par le ministre devant les députés , les 423 milliards de 2027 représentent une hausse plus proche de 10 %.
L'objectif demeure ambitieux. Il pose une question d'incidence : qui supportera cet effort ?
Le soutien social direct, qui bénéficie à plus de quatre millions de ménages, passe de 500 à 600 dirhams par mois, première marche d'une trajectoire vers 1 000 dirhams .
Le minimum de pension est relevé à 1 700 dirhams.
Surtout, la réforme de l'impôt sur le revenu, étalée jusqu'en 2031, porte le seuil d'exonération de 40 000 à 60 000 dirhams, ramène cinq tranches à trois et plafonne le taux marginal à 30 %. Allégeant le coût du travail déclaré, elle est autant une réforme d'offre qu'une mesure de pouvoir d'achat.
Cette générosité a un prix, et c'est la structure du budget qui le révèle.
Les recettes fiscales, qui représentent environ 90 % des recettes courantes, progressent de 15,6 % par rapport à la loi de finances initiale de 2026.
La comparaison flatte pourtant la réalité : rapportées aux quelque 386 milliards attendus en exécution en 2026, selon les chiffres avancés par le ministre devant les députés , les 423 milliards de 2027 représentent une hausse plus proche de 10 %.
L'objectif demeure ambitieux. Il pose une question d'incidence : qui supportera cet effort ?
Ce que dit la structure de la dépense
Trois lignes méritent davantage qu'une lecture rapide.
La première est la dépense de biens et services, en hausse de 22,8 %. Elle explique à elle seule près de 78 % de l'augmentation des dépenses courantes, alors que la masse salariale est stable en valeur.
Les recettes supplémentaires, soit 37 milliards, sont ainsi quasiment absorbées par le fonctionnement : l'excédent courant reste figé autour de 53 milliards, 52,9 en 2027 contre 53,4 en 2026. Sans décomposition publique de ce poste (achats, prestations externes, maintenance), nul ne peut dire quelle part améliore le service rendu et quelle part l'alourdit.
La deuxième est la compensation, en hausse de 40,6 %, qui rappelle que le budget demeure exposé aux cours du butane, retenu à 600 dollars la tonne.
Le basculement vers l'aide directe ciblée est la bonne orientation, à condition que le ciblage soit robuste et que ses exclus disposent d'un recours effectif.
La troisième est l'investissement. Les 117,6 milliards inscrits au budget de l'État, en hausse de 2,4 %, ne représentent qu'environ 29 % des 400 milliards d'effort public global. Le reste est porté par les entreprises publiques et les collectivités.
La représentation nationale vote donc une minorité de l'effort réel, et ne dispose pas d'une lecture consolidée de ses coûts, de ses risques et de ses retombées.
Le FMI avait précisément insisté, en mars, sur la maîtrise des risques liés aux investissements publics.
La première est la dépense de biens et services, en hausse de 22,8 %. Elle explique à elle seule près de 78 % de l'augmentation des dépenses courantes, alors que la masse salariale est stable en valeur.
Les recettes supplémentaires, soit 37 milliards, sont ainsi quasiment absorbées par le fonctionnement : l'excédent courant reste figé autour de 53 milliards, 52,9 en 2027 contre 53,4 en 2026. Sans décomposition publique de ce poste (achats, prestations externes, maintenance), nul ne peut dire quelle part améliore le service rendu et quelle part l'alourdit.
La deuxième est la compensation, en hausse de 40,6 %, qui rappelle que le budget demeure exposé aux cours du butane, retenu à 600 dollars la tonne.
Le basculement vers l'aide directe ciblée est la bonne orientation, à condition que le ciblage soit robuste et que ses exclus disposent d'un recours effectif.
La troisième est l'investissement. Les 117,6 milliards inscrits au budget de l'État, en hausse de 2,4 %, ne représentent qu'environ 29 % des 400 milliards d'effort public global. Le reste est porté par les entreprises publiques et les collectivités.
La représentation nationale vote donc une minorité de l'effort réel, et ne dispose pas d'une lecture consolidée de ses coûts, de ses risques et de ses retombées.
Le FMI avait précisément insisté, en mars, sur la maîtrise des risques liés aux investissements publics.
Le point aveugle : l'emploi et la productivité
Le principal écart du projet n'est pas budgétaire, il est économique. Un pays peut investir massivement dans ses ports, ses lignes à grande vitesse et son dessalement sans que son marché du travail en tire le bénéfice attendu.
Les premières données de la nouvelle enquête du HCP, dont la méthodologie interdit toute comparaison avec les séries antérieures, donnent la mesure du défi : un taux d'activité national de 42,2 %, de 22,9 % chez les 15-24 ans, et de 18,1 % chez les femmes contre 66,5 % chez les hommes.
Un écart de plus de 48 points entre les sexes constitue le premier gisement de croissance inexploité du pays.
Les dispositifs annoncés pour les quelque 2,9 millions de jeunes hors emploi et formation
(alternance, premier contrat, Kafaa 2030, mobilité, entrepreneuriat) touchent au total entre 403 000 et 453 000 bénéficiaires par an, soit 14 à 16 % du stock. À ce rythme, et sans compter les nouveaux entrants, la résorption prendrait de nombreuses années. Le critère d'évaluation ne peut être le nombre d'inscrits. Il doit être le taux de maintien en emploi à douze et vingt-quatre mois.
La même exigence s'applique à l'ambition industrielle. Substituer des importations est pertinent, mais un véhicule assemblé localement n'a pas la même portée industrielle qu'un véhicule dont les batteries, l'électronique et les logiciels sont conçus au Maroc.
Faute d'indicateur de valeur ajoutée nationale par filière, la souveraineté productive restera un slogan.
Les premières données de la nouvelle enquête du HCP, dont la méthodologie interdit toute comparaison avec les séries antérieures, donnent la mesure du défi : un taux d'activité national de 42,2 %, de 22,9 % chez les 15-24 ans, et de 18,1 % chez les femmes contre 66,5 % chez les hommes.
Un écart de plus de 48 points entre les sexes constitue le premier gisement de croissance inexploité du pays.
Les dispositifs annoncés pour les quelque 2,9 millions de jeunes hors emploi et formation
(alternance, premier contrat, Kafaa 2030, mobilité, entrepreneuriat) touchent au total entre 403 000 et 453 000 bénéficiaires par an, soit 14 à 16 % du stock. À ce rythme, et sans compter les nouveaux entrants, la résorption prendrait de nombreuses années. Le critère d'évaluation ne peut être le nombre d'inscrits. Il doit être le taux de maintien en emploi à douze et vingt-quatre mois.
La même exigence s'applique à l'ambition industrielle. Substituer des importations est pertinent, mais un véhicule assemblé localement n'a pas la même portée industrielle qu'un véhicule dont les batteries, l'électronique et les logiciels sont conçus au Maroc.
Faute d'indicateur de valeur ajoutée nationale par filière, la souveraineté productive restera un slogan.
Quinze propositions pour une dépense plus lisible
Face à ces constats, quinze mesures peuvent compléter le projet. Plusieurs ne requièrent aucun crédit nouveau : elles reposent sur le redéploiement de dispositifs existants et sur la mobilisation de capitaux privés.
Sur le versant productif, il s'agit d'abord de substituer à la juxtaposition de programmes un pacte du premier emploi (1), conditionné au maintien effectif du poste et assorti d'un tutorat, et un pacte de compétences adossé à un chèque-formation individuel (2), dont le financement dépendrait du taux d'insertion.
Un programme « Made in Morocco 2030 » (3) fixerait des contrats d'intégration locale avec les grands donneurs d'ordre et créerait un indicateur national de contenu local.
La commande publique (4) deviendrait un levier réel, en rendant effective la part de 30 % réservée aux petites entreprises.
Enfin, la formalisation du secteur informel (5) serait obtenue par l'offre plutôt que par la sanction : guichet unique, incubateurs de proximité, en contrepartie d'une facturation électronique étendue aux professions libérales à forte marge.
Sur le versant social, un observatoire des prix et des marges (6) rendrait lisible la formation des prix alimentaires. Un système de protection sociale intégré (7) coordonnerait les aides sans casser l'incitation à travailler. Des contrats de performance (8) publieraient, pour chaque hôpital et chaque école, des résultats compréhensibles, ajustés aux conditions territoriales.
La mobilité et le logement locatif (9) relieraient bassins d'habitat et bassins d'emploi. Un pacte d'égalité économique (10) s'attaquerait aux freins structurels à l'activité féminine : garde d'enfants, transport, financement.
Sur le versant institutionnel, un budget citoyen (11), publié en arabe, en amazighe et en français, relierait chaque dirham à un résultat et indexerait une fraction des crédits de fonctionnement des ministères sur des objectifs validés par la Cour des comptes. Des contrats régionaux quinquennaux (12) doteraient les régions d'ingénierie et de compétences avant de les doter de crédits.
Des délais administratifs opposables (13) feraient de l'administration un facteur de compétitivité.
Un programme de souveraineté hydrique et énergétique territoriale (14) adosserait le dessalement et le solaire à une production locale d'équipements. Un dernier volet (15) ferait des Marocains du monde des co-investisseurs et des vecteurs de transfert technologique, au-delà des transferts de fonds.
Chacune de ces mesures devrait s'accompagner d'une fiche d'impact budgétaire indiquant son coût, son financement, son calendrier et son responsable. C'est la condition pour qu'elles ne restent pas des orientations.
Sur le versant productif, il s'agit d'abord de substituer à la juxtaposition de programmes un pacte du premier emploi (1), conditionné au maintien effectif du poste et assorti d'un tutorat, et un pacte de compétences adossé à un chèque-formation individuel (2), dont le financement dépendrait du taux d'insertion.
Un programme « Made in Morocco 2030 » (3) fixerait des contrats d'intégration locale avec les grands donneurs d'ordre et créerait un indicateur national de contenu local.
La commande publique (4) deviendrait un levier réel, en rendant effective la part de 30 % réservée aux petites entreprises.
Enfin, la formalisation du secteur informel (5) serait obtenue par l'offre plutôt que par la sanction : guichet unique, incubateurs de proximité, en contrepartie d'une facturation électronique étendue aux professions libérales à forte marge.
Sur le versant social, un observatoire des prix et des marges (6) rendrait lisible la formation des prix alimentaires. Un système de protection sociale intégré (7) coordonnerait les aides sans casser l'incitation à travailler. Des contrats de performance (8) publieraient, pour chaque hôpital et chaque école, des résultats compréhensibles, ajustés aux conditions territoriales.
La mobilité et le logement locatif (9) relieraient bassins d'habitat et bassins d'emploi. Un pacte d'égalité économique (10) s'attaquerait aux freins structurels à l'activité féminine : garde d'enfants, transport, financement.
Sur le versant institutionnel, un budget citoyen (11), publié en arabe, en amazighe et en français, relierait chaque dirham à un résultat et indexerait une fraction des crédits de fonctionnement des ministères sur des objectifs validés par la Cour des comptes. Des contrats régionaux quinquennaux (12) doteraient les régions d'ingénierie et de compétences avant de les doter de crédits.
Des délais administratifs opposables (13) feraient de l'administration un facteur de compétitivité.
Un programme de souveraineté hydrique et énergétique territoriale (14) adosserait le dessalement et le solaire à une production locale d'équipements. Un dernier volet (15) ferait des Marocains du monde des co-investisseurs et des vecteurs de transfert technologique, au-delà des transferts de fonds.
Chacune de ces mesures devrait s'accompagner d'une fiche d'impact budgétaire indiquant son coût, son financement, son calendrier et son responsable. C'est la condition pour qu'elles ne restent pas des orientations.
Quatre questions pour juger le budget
Le débat parlementaire gagnerait à déplacer son centre de gravité de l'enveloppe vers la preuve.
Dans cinq ans, ce budget ne se jugera pas aux crédits votés, mais à quatre résultats : combien d'emplois durables a-t-il permis de créer, combien de familles ont réellement amélioré leurs conditions de vie, combien d'entreprises nationales ont gagné en compétitivité, combien de territoires ont connu un développement tangible.
Le Maroc a démontré qu'il savait inspirer confiance. Il lui reste à démontrer qu'il sait rendre des comptes.
Dans cinq ans, ce budget ne se jugera pas aux crédits votés, mais à quatre résultats : combien d'emplois durables a-t-il permis de créer, combien de familles ont réellement amélioré leurs conditions de vie, combien d'entreprises nationales ont gagné en compétitivité, combien de territoires ont connu un développement tangible.
Le Maroc a démontré qu'il savait inspirer confiance. Il lui reste à démontrer qu'il sait rendre des comptes.
