Parcoursup : répondre plus tôt, accompagner mieux


Avancer les admissions peut réduire l’incertitude des lycéens. Encore faut-il donner à chacun les moyens de choisir sa formation et de construire son avenir.

Par Dr Az‑Eddine Bennani, HDR France.



Dans un entretien accordé à Sophie de Tarlé, publié le 28 octobre 2026 dans Le Figaro Étudiant, Delphine Manceau, directrice générale de NEOMA Business School et présidente de la Conférence des grandes écoles, propose d’avancer à janvier les réponses d’admission sur Parcoursup.

Ces admissions pourraient être conditionnées à des résultats minimums au baccalauréat.

Je salue cette proposition, qui mérite une discussion attentive : elle place au centre du débat l’incertitude vécue par les jeunes et leurs familles au moment de préparer l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Ayant enseigné à NEOMA et à l’Université de technologie de Compiègne, je mesure combien cette transition engage davantage qu’un dossier scolaire. Derrière une candidature, il y a une personne, une histoire familiale, des aspirations, parfois une vocation encore fragile.

Il y a aussi des contraintes matérielles : trouver un logement, prévoir un budget, envisager un déplacement, quitter son environnement ou devoir y rester.

Connaître plus tôt sa destination peut donner du temps pour préparer cette nouvelle étape.

Pour certaines familles, quelques mois supplémentaires représentent une possibilité concrète d’organiser ce qui serait autrement décidé dans l’urgence. Réduire l’attente constitue donc un objectif légitime.

Mais la valeur d’une réforme se mesure à ce qu’elle améliore dans la vie des personnes concernées.

L’enjeu dépasse ainsi le calendrier. Une réponse d’admission indique qu’un établissement accepte un candidat. Elle ne garantit ni que celui-ci comprend précisément la formation, ni qu’il pourra la financer, ni qu’il s’y épanouira. Il faut pouvoir distinguer l’obtention d’une place et la construction d’un projet.

Que sait réellement un lycéen du contenu des enseignements qu’il choisit ? Comprend-il les méthodes de travail attendues, la place des stages, les possibilités de poursuite d’études et les conditions d’accès aux métiers ?

Peut-il échanger avec des étudiants et des enseignants autrement qu’à travers une communication institutionnelle ? Dispose-t-il d’une information claire sur le coût total du parcours ?

Ces questions doivent accompagner toute évolution de Parcoursup. Avancer les admissions suppose de renforcer l’orientation en amont, dès la classe de première, avec des possibilités réelles d’exploration.

Rencontrer des professionnels, découvrir une formation de l’intérieur, assister à un cours, discuter de ses hésitations : ces expériences donnent du sens aux informations disponibles.

L’égalité exige ici une vigilance particulière.

Tous les jeunes ne bénéficient pas des mêmes ressources familiales, des mêmes réseaux ni de la même familiarité avec l’enseignement supérieur.

Certains savent très tôt comment préparer leur candidature ; d’autres découvrent progressivement les règles du jeu. Un calendrier avancé pourrait accentuer cet écart si l’accompagnement ne progresse pas en même temps.

La question décisive devient alors celle-ci : comment faire en sorte qu’un jeune moins informé puisse choisir avec autant de liberté qu’un autre ? La réponse demande du temps humain, des interlocuteurs accessibles et une coopération durable entre lycées et établissements du supérieur.

Les outils numériques, y compris les logiciels dits d’intelligence artificielle, peuvent y contribuer. Ils peuvent expliquer des parcours, faciliter la comparaison des formations ou aider à préparer un entretien.

Leur intérêt dépend toutefois de la fiabilité des informations utilisées et de la possibilité de vérifier leurs réponses.

Une recommandation produite par un logiciel doit rester discutable. Aucun jeune ne devrait voir son avenir enfermé dans un profil calculé à partir de ses notes ou de quelques réponses à un questionnaire.

L’accompagnement humain demeure essentiel pour écouter une hésitation, comprendre une difficulté et reconnaître une capacité que le dossier scolaire exprime mal.

L’orientation doit préserver cette ouverture : un parcours se construit aussi par la découverte de possibilités auxquelles on n’avait pas pensé.

Cette responsabilité se poursuit après l’admission.

Repérer rapidement les difficultés est nécessaire, à condition de proposer une réponse :

Tutorat, soutien méthodologique, accompagnement social ou psychologique, passerelles et réorientation. Un étudiant qui peine à trouver sa place a besoin de comprendre ce qui lui arrive et les options qui s’offrent à lui.

Changer de voie peut constituer une décision lucide.

Encore faut-il que les institutions rendent ce changement possible sans imposer une perte de temps excessive ni transformer l’hésitation en faute personnelle. La réussite d’un établissement se mesure aussi à sa capacité à aider ceux dont le parcours ne suit pas la trajectoire initialement prévue.

La proposition de Delphine Manceau ouvre donc un débat utile. Pour la mettre en œuvre, il faudrait examiner ses effets sur la préparation des candidatures, le travail en terminale et l’équité entre les élèves. Surtout, il faudrait l’accompagner d’un engagement durable en faveur de l’orientation et de la réussite.

Répondre plus tôt peut soulager. Expliquer, écouter et accompagner permettent de construire. C’est à cette ambition que devrait répondre toute réforme de l’accès à l’enseignement supérieur : donner à chaque jeune les moyens de choisir, d’apprendre et de trouver sa place.


Jeudi 29 Octobre 2026

La Rédaction
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