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Préambule géostratégique : Data centers : nouvelle géopolitique de la puissance numérique
Pendant des siècles, la puissance des États s’est inscrite dans la maîtrise des routes physiques. Les ports contrôlaient les flux commerciaux, les pipelines sécurisaient l’énergie, les bases militaires garantissaient l’accès aux zones stratégiques. Ces infrastructures avaient une caractéristique commune : elles rendaient visible le pouvoir. Elles étaient cartographiables, surveillables, parfois attaquables. La géopolitique se lisait sur des cartes, des détroits et des frontières.
Depuis une quinzaine d’années, une autre infrastructure s’est imposée, plus discrète, mais tout aussi déterminante : le data center.
À première vue, il ne s’agit que de bâtiments techniques, souvent sans enseigne, sans drapeau, parfois dissimulés dans des zones industrielles anonymes. Pourtant, ces centres de données sont devenus des nœuds de puissance. Là où ils s’installent, ils concentrent non seulement des serveurs, mais aussi des capacités de calcul, des données sensibles, des décisions automatisées et, de plus en plus, de l’intelligence artificielle.
Le basculement est profond. La valeur stratégique ne repose plus uniquement sur la circulation des marchandises ou de l’énergie, mais sur la circulation de l’information et la capacité à la traiter. Or, traiter l’information à grande échelle nécessite des infrastructures lourdes, coûteuses et rares. Les data centers remplissent aujourd’hui exactement la fonction que remplissaient hier les ports en eau profonde ou les raffineries : ils organisent les flux et hiérarchisent les territoires.
Cette transformation a introduit une nouvelle géographie de la puissance. Les pays capables d’accueillir des data centers de grande capacité deviennent des points d’ancrage du numérique mondial. Ceux qui n’en disposent pas dépendent des infrastructures des autres, avec toutes les vulnérabilités que cela implique : latence, dépendance réglementaire, exposition aux décisions étrangères.
Mais accueillir un data center ne signifie pas nécessairement exercer le pouvoir qui l’accompagne. C’est là que la comparaison avec les pipelines ou les ports devient éclairante. Un État peut héberger un pipeline sans contrôler l’énergie qui y transite. Il peut posséder un port sans maîtriser les flux financiers qui l’utilisent. De la même manière, un pays peut accueillir des data centers sans contrôler les données, les algorithmes ou les usages qui y sont hébergés.
La question centrale devient alors : qui contrôle quoi ?
Qui possède les infrastructures physiques ?
Qui contrôle les logiciels, les plateformes et les standards ?
Qui décide des usages autorisés, des priorités, des coupures éventuelles ?
Qui capte la valeur économique générée par ces flux numériques ?
Dans la majorité des cas, les réponses ne se situent pas du côté des États hôtes. Les grands acteurs du cloud, de l’IA et des télécommunications opèrent à l’échelle globale. Ils arbitrent les implantations en fonction de critères techniques et économiques, mais conservent la gouvernance stratégique. Les États accueillants fournissent l’énergie, le foncier, la stabilité politique et parfois des avantages fiscaux, mais disposent de marges de manœuvre limitées sur l’usage final.
Cette asymétrie produit des conséquences concrètes. Sur le plan économique, la valeur ajoutée locale dépend moins de la taille des infrastructures que de l’intégration des écosystèmes nationaux. Sur le plan politique, elle pose la question de la souveraineté des données et de la capacité à protéger des informations sensibles. Sur le plan sécuritaire, elle transforme certains territoires en points critiques dont la perturbation peut avoir des effets régionaux, voire mondiaux.
La montée en puissance de l’intelligence artificielle accentue encore cette dynamique. Les data centers ne sont plus seulement des lieux de stockage, mais des usines à décision. Ils entraînent des modèles, automatisent des choix, influencent des marchés, parfois des politiques publiques. À ce stade, le contrôle de la capacité de calcul devient aussi stratégique que le contrôle d’une ressource énergétique.
Dans ce nouveau paysage, les États n’ont pas tous les mêmes options. Certains cherchent à construire une souveraineté numérique complète, au prix d’investissements massifs et de compromis économiques. D’autres acceptent une souveraineté partielle, ciblée sur des usages critiques. D’autres encore se positionnent comme plateformes d’accueil, misant sur leur géographie et leur stabilité pour capter une part des flux mondiaux.
Le Maroc se situe précisément à cette croisée des chemins. Par sa position géographique, ses ressources énergétiques, sa stabilité et son ambition régionale, il attire les data centers. Mais cette attractivité pose une question stratégique incontournable : être un territoire de passage ou un territoire de décision.
Ce petit livre de Adnane Benchakroun s’inscrit dans cette interrogation. Il ne s’agit ni de diaboliser les data centers, ni de les célébrer aveuglément. Il s’agit de les lire pour ce qu’ils sont devenus : des infrastructures de puissance. Et comme toutes les infrastructures de puissance, ils obligent les États hôtes à choisir entre subir la géographie… ou la gouverner.
Depuis une quinzaine d’années, une autre infrastructure s’est imposée, plus discrète, mais tout aussi déterminante : le data center.
À première vue, il ne s’agit que de bâtiments techniques, souvent sans enseigne, sans drapeau, parfois dissimulés dans des zones industrielles anonymes. Pourtant, ces centres de données sont devenus des nœuds de puissance. Là où ils s’installent, ils concentrent non seulement des serveurs, mais aussi des capacités de calcul, des données sensibles, des décisions automatisées et, de plus en plus, de l’intelligence artificielle.
Le basculement est profond. La valeur stratégique ne repose plus uniquement sur la circulation des marchandises ou de l’énergie, mais sur la circulation de l’information et la capacité à la traiter. Or, traiter l’information à grande échelle nécessite des infrastructures lourdes, coûteuses et rares. Les data centers remplissent aujourd’hui exactement la fonction que remplissaient hier les ports en eau profonde ou les raffineries : ils organisent les flux et hiérarchisent les territoires.
Cette transformation a introduit une nouvelle géographie de la puissance. Les pays capables d’accueillir des data centers de grande capacité deviennent des points d’ancrage du numérique mondial. Ceux qui n’en disposent pas dépendent des infrastructures des autres, avec toutes les vulnérabilités que cela implique : latence, dépendance réglementaire, exposition aux décisions étrangères.
Mais accueillir un data center ne signifie pas nécessairement exercer le pouvoir qui l’accompagne. C’est là que la comparaison avec les pipelines ou les ports devient éclairante. Un État peut héberger un pipeline sans contrôler l’énergie qui y transite. Il peut posséder un port sans maîtriser les flux financiers qui l’utilisent. De la même manière, un pays peut accueillir des data centers sans contrôler les données, les algorithmes ou les usages qui y sont hébergés.
La question centrale devient alors : qui contrôle quoi ?
Qui possède les infrastructures physiques ?
Qui contrôle les logiciels, les plateformes et les standards ?
Qui décide des usages autorisés, des priorités, des coupures éventuelles ?
Qui capte la valeur économique générée par ces flux numériques ?
Dans la majorité des cas, les réponses ne se situent pas du côté des États hôtes. Les grands acteurs du cloud, de l’IA et des télécommunications opèrent à l’échelle globale. Ils arbitrent les implantations en fonction de critères techniques et économiques, mais conservent la gouvernance stratégique. Les États accueillants fournissent l’énergie, le foncier, la stabilité politique et parfois des avantages fiscaux, mais disposent de marges de manœuvre limitées sur l’usage final.
Cette asymétrie produit des conséquences concrètes. Sur le plan économique, la valeur ajoutée locale dépend moins de la taille des infrastructures que de l’intégration des écosystèmes nationaux. Sur le plan politique, elle pose la question de la souveraineté des données et de la capacité à protéger des informations sensibles. Sur le plan sécuritaire, elle transforme certains territoires en points critiques dont la perturbation peut avoir des effets régionaux, voire mondiaux.
La montée en puissance de l’intelligence artificielle accentue encore cette dynamique. Les data centers ne sont plus seulement des lieux de stockage, mais des usines à décision. Ils entraînent des modèles, automatisent des choix, influencent des marchés, parfois des politiques publiques. À ce stade, le contrôle de la capacité de calcul devient aussi stratégique que le contrôle d’une ressource énergétique.
Dans ce nouveau paysage, les États n’ont pas tous les mêmes options. Certains cherchent à construire une souveraineté numérique complète, au prix d’investissements massifs et de compromis économiques. D’autres acceptent une souveraineté partielle, ciblée sur des usages critiques. D’autres encore se positionnent comme plateformes d’accueil, misant sur leur géographie et leur stabilité pour capter une part des flux mondiaux.
Le Maroc se situe précisément à cette croisée des chemins. Par sa position géographique, ses ressources énergétiques, sa stabilité et son ambition régionale, il attire les data centers. Mais cette attractivité pose une question stratégique incontournable : être un territoire de passage ou un territoire de décision.
Ce petit livre de Adnane Benchakroun s’inscrit dans cette interrogation. Il ne s’agit ni de diaboliser les data centers, ni de les célébrer aveuglément. Il s’agit de les lire pour ce qu’ils sont devenus : des infrastructures de puissance. Et comme toutes les infrastructures de puissance, ils obligent les États hôtes à choisir entre subir la géographie… ou la gouverner.
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Débat - Podcast : les chroniqueurs de la Web Radio débattent des idées contenues dans ce livre à travers ses questions :
Voici les 10 questions centrales auxquelles ce débat sur le livre « DATA CENTERS : LA NOUVELLE CARTE DU POUVOIR » tentent de répondre :
1. Pourquoi les centres de données sont-ils devenus des infrastructures stratégiques au même titre que les ports, les pipelines ou les bases militaires dans la géopolitique moderne ?
2. Comment la géopolitique mondiale bascule-t-elle des flux physiques vers les flux de données, et pourquoi le Maroc se retrouve-t-il au cœur de cette reconfiguration ?
3. Quelles sont les raisons techniques et géographiques qui expliquent pourquoi les data centers se concentrent dans le nord du Maroc, transformant le détroit de Gibraltar en un « choke point » numérique ?
4. Quel est le décalage entre le discours médiatique et la réalité technique concernant des projets emblématiques comme celui de Dakhla, notamment face aux besoins massifs en énergie et en connectivité ?
5. Comment les ressources critiques, telles que l'électricité et l'eau, dictent-elles la carte des implantations et quels arbitrages invisibles cela impose-t-il au pays ?
6. Le Maroc est-il en train de devenir un véritable hub numérique pour l'Afrique ou reste-t-il une simple « arrière-base » technique destinée à optimiser le cloud européen ?
7. Le stockage local des données est-il un levier de souveraineté réelle ou une simple illusion face au contrôle technologique exercé par les géants mondiaux du numérique ?
8. Quel est l'impact de la distance géographique et de la latence sur la performance des systèmes d'intelligence artificielle et la localisation des « usines à décision » ?
9. La multiplication des infrastructures numériques sur le territoire renforce-t-elle la sécurité nationale ou multiplie-t-elle au contraire les failles et les vulnérabilités cyber ?
10. Quels choix politiques et stratégiques le Maroc doit-il désormais assumer pour passer d'une logique d'accueil opportuniste à une véritable gouvernance de sa puissance numérique ?
En somme, les chroniqueurs cherchent à déterminer si le Maroc saura transformer sa position de carrefour géographique en un véritable centre de gravité décisionnel, ou s'il se contentera d'être un territoire de passage pour les données mondiales.
1. Pourquoi les centres de données sont-ils devenus des infrastructures stratégiques au même titre que les ports, les pipelines ou les bases militaires dans la géopolitique moderne ?
2. Comment la géopolitique mondiale bascule-t-elle des flux physiques vers les flux de données, et pourquoi le Maroc se retrouve-t-il au cœur de cette reconfiguration ?
3. Quelles sont les raisons techniques et géographiques qui expliquent pourquoi les data centers se concentrent dans le nord du Maroc, transformant le détroit de Gibraltar en un « choke point » numérique ?
4. Quel est le décalage entre le discours médiatique et la réalité technique concernant des projets emblématiques comme celui de Dakhla, notamment face aux besoins massifs en énergie et en connectivité ?
5. Comment les ressources critiques, telles que l'électricité et l'eau, dictent-elles la carte des implantations et quels arbitrages invisibles cela impose-t-il au pays ?
6. Le Maroc est-il en train de devenir un véritable hub numérique pour l'Afrique ou reste-t-il une simple « arrière-base » technique destinée à optimiser le cloud européen ?
7. Le stockage local des données est-il un levier de souveraineté réelle ou une simple illusion face au contrôle technologique exercé par les géants mondiaux du numérique ?
8. Quel est l'impact de la distance géographique et de la latence sur la performance des systèmes d'intelligence artificielle et la localisation des « usines à décision » ?
9. La multiplication des infrastructures numériques sur le territoire renforce-t-elle la sécurité nationale ou multiplie-t-elle au contraire les failles et les vulnérabilités cyber ?
10. Quels choix politiques et stratégiques le Maroc doit-il désormais assumer pour passer d'une logique d'accueil opportuniste à une véritable gouvernance de sa puissance numérique ?
En somme, les chroniqueurs cherchent à déterminer si le Maroc saura transformer sa position de carrefour géographique en un véritable centre de gravité décisionnel, ou s'il se contentera d'être un territoire de passage pour les données mondiales.