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Pétrole en surchauffe : la menace de Trump sur Kharg fait flamber les cours


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Lundi 30 Mars 2026

Sur fond de guerre au Moyen‑Orient, les cours du pétrole atteignent des sommets inédits depuis des années, bousculant les marchés mondiaux et fragilisant les perspectives économiques. L’escalade verbale du président américain Donald Trump, qui a évoqué la possibilité de « prendre le pétrole » iranien et d’occuper l’île stratégique de Kharg, a ravivé les craintes d’une interruption durable de l’approvisionnement énergétique. Au Maroc comme ailleurs, une telle dynamique interpelle – entre risques inflationnistes, dépendance aux importations et nécessité d’accélérer la transition énergétique.



Pétrole en surchauffe : la menace de Trump sur Kharg fait flamber les cours

Le baril de Brent, référence mondiale, flirtait ce lundi avec les 116 $, témoignant d’une hausse marquée pour un mois de mars déjà qualifié de « record historique » par certains spécialistes, avec près de +59 % depuis le début du mois bien au‑delà des chocs observés lors de la guerre du Golfe de 1990 .
 

Aux États‑Unis, le West Texas Intermediate (WTI) ne reste pas en reste, se maintenant au‑dessus des 101 $ le baril après les annonces de Trump, qui a indiqué que l’armée américaine pourrait, si besoin, s’emparer du terminal pétrolier de l’île de Kharg, principal point d’exportation de l’Iran (près de 90 % des volumes).
 

Le pétrole n’est pas qu’une matière première : c’est souvent un thermomètre du climat géopolitique. En l’occurrence, les tensions sur le terrain se traduisent directement par une prime de risque très élevée sur les marchés. Malgré quelques signaux optimistes de négociations indirectes entre Washington et Téhéran, rapportés par des médiateurs comme le Pakistan, les attaques se sont multipliées ces derniers jours. Des groupes pro‑iraniens, notamment les Houthis du Yémen, ont ouvert un nouveau front en tirant des missiles et drones vers Israël, élargissant ainsi le conflit régional.
 

Cette escalade intervient alors que les exportations iraniennes restaient techniquement actives autour de Kharg, comme le confirment des images satellitaires montrant des tankers chargés malgré le contexte. Mais toute menace sérieuse sur ce point névralgique pourrait réduire drastiquement l’offre mondiale.
 

Sur le plan économique, la fermeture ou la perturbation durable du détroit d’Hormuz par où transite près d’un cinquième du pétrole mondial constituerait une rupture majeure du marché. Une estimation récente de la banque Barclays évoque une perte possible de 13 à 14 millions de barils par jour, soit une part considérable de la production globale face à une demande qui reste élevée.
 

Au‑delà des marchés, les répercussions se font sentir jusque dans les stations‑service. Aux États‑Unis, par exemple, le prix moyen de l’essence a dépassé 3,99 $ le gallon, contre environ 2,98 $ en février, illustrant comment les tensions au Moyen‑Orient finissent par se répercuter sur le portefeuille du consommateur ordinaire.
 

Pour les économies importatrices nettes comme le Maroc, où l’énergie demeure un coût significatif dans la balance commerciale, cette flambée est d’autant plus préoccupante. Elle souligne, une fois encore, les limites de dépendance aux combustibles fossiles et l’urgence d’accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la diversification des sources d’approvisionnement.
 

Les analystes avertissent : même si les hostilités s’apaisent, la normalisation de l’offre pourrait prendre des mois, voire plus. Les marchés « auront du mal à ignorer l’incertitude tant que les infrastructures clés restent en jeu », résume Vandana Hari, spécialiste des marchés pétroliers.
 

Dans un monde où un mot, une déclaration ou une manœuvre militaire suffisent à faire grimper ou chuter l’économie mondiale, les récentes tensions autour de l’île de Kharg rappellent crûment que l’énergie reste au cœur des équilibres géopolitiques. Pour les décideurs et les citoyens marocains, l’enjeu n’est plus seulement financier : il est stratégique, social et durable. Agir aujourd’hui pour un approvisionnement plus résilient et propre n’est plus une option — c’est une nécessité.





Lundi 30 Mars 2026