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Peugeot met de l’IA chinoise sous le capot : Kénitra peut-elle monter dans la chaîne de valeur ?

Le Maroc peut-il passer progressivement de la fabrication des voitures Stellantis au développement, au test et à l’intégration d’une partie de leur intelligence embarquée ?


Rédigé par le Mardi 29 Septembre 2026

Une voiture n’est plus seulement un moteur, quatre roues et une carrosserie. Elle devient progressivement un ordinateur qui roule.

Le chinois Momenta, spécialiste des logiciels de conduite autonome, vient de conclure un partenariat stratégique avec la coentreprise chinoise de Stellantis et Dongfeng pour développer de nouveaux systèmes avancés d’aide à la conduite destinés notamment à Peugeot et Jeep.
Pour le Maroc, où Stellantis vient précisément de renforcer considérablement son dispositif industriel à Kénitra, la question mérite d’être posée : après avoir intégré davantage de pièces automobiles, pouvons-nous intégrer davantage d’intelligence automobile ?



Momenta et Stellantis vont codévelopper des systèmes avancés d’aide à la conduite pour Peugeot et Jeep destinés à plusieurs marchés internationaux

Le partenariat associe Momenta à Dongfeng Stellantis Automotive Technology de Wuhan ainsi qu’aux marques Peugeot et Jeep.

Les partenaires travailleront conjointement sur la définition des produits et le développement de fonctions avancées d’aide à la conduite. L’ambition dépasse le seul marché chinois : les technologies doivent être déployées en Chine, en Europe et sur d’autres marchés.

Momenta dispose déjà d’une échelle significative : ses logiciels d’assistance à la conduite auraient été utilisés sur plus de 1,2 million de véhicules.

​La Chine ne veut plus seulement fabriquer les voitures

Pendant longtemps, la montée en puissance chinoise dans l’automobile a été racontée à travers ses usines. Puis les batteries. Puis les véhicules électriques. Une nouvelle étape apparaît désormais : le logiciel.

Les entreprises chinoises veulent fournir les systèmes capables de percevoir la route, identifier les véhicules, interpréter les panneaux, détecter les piétons et assister le conducteur. Elles remontent vers l’une des parties les plus stratégiques de la valeur automobile.

​Kénitra a déjà réussi la première montée en gamme

L’industrie automobile nationale a commencé principalement comme plateforme de production. Puis le taux d’intégration a progressé. Des équipementiers se sont installés. Des ingénieurs ont été formés. Des activités de conception et d’ingénierie ont commencé à apparaître.

À Kénitra, Stellantis a lancé en juillet 2026 la production de véhicules reposant sur sa plateforme Smart Car, avec les Fiat Fastback et Grizzly destinés à la région Afrique et Moyen-Orient. La prochaine montée en gamme pourrait donc ne plus concerner seulement la pièce physique. Elle pourrait concerner le code.

​Après le taux d’intégration locale, le taux d’intégration logicielle ?

Depuis des années, le Maroc mesure légitimement la progression de son industrie automobile à travers le taux d’intégration locale. Mais une voiture moderne oblige à poser une deuxième question : combien de son intelligence est développée localement ?

Le logiciel embarqué, la vision artificielle, les interfaces, la cybersécurité, les tests, la validation, la gestion des données et les systèmes ADAS représentent une part croissante de la valeur du véhicule.

​Le Maroc n’a pas besoin de développer immédiatement son propre système autonome

Il serait peu réaliste de conclure que le Maroc devrait immédiatement construire un concurrent de Momenta. Ce n’est pas nécessaire.

Le Royaume pourrait commencer par les tests, la validation, l’adaptation aux conditions locales, les données routières, la simulation, la cybersécurité automobile, l’intégration logicielle, puis certains modules spécialisés.

La stratégie serait simple : devenir d’abord excellent intégrateur avant de vouloir tout fabriquer.

​Les routes marocaines peuvent devenir un actif technologique

Un système d’aide à la conduite doit apprendre à fonctionner dans des environnements extrêmement différents : autoroutes, centres urbains, routes secondaires, marquages variables, motos, piétons, camions et conditions climatiques différentes.

Le Maroc possède une diversité routière qui pourrait devenir un terrain intéressant de test et de validation pour les marchés africains et moyen-orientaux, à condition de construire les cadres réglementaires et de protection des données nécessaires.

​Kénitra pourrait devenir plus qu’une usine

Le véritable enjeu industriel serait de faire évoluer progressivement Kénitra vers un écosystème combinant production automobile, électronique, logiciel, intelligence artificielle, tests, simulation, cybersécurité et ingénierie.

L’usine resterait au centre. Mais autour d’elle apparaîtrait une nouvelle couche de compétences. C’est exactement ainsi qu’un pays monte dans une chaîne de valeur.

​Une opportunité pour les ingénieurs marocains

La transformation du véhicule ouvre un nouveau marché du travail : spécialistes en IA, développeurs embarqués, ingénieurs cybersécurité, experts en vision artificielle, spécialistes des capteurs, ingénieurs en validation et experts en données.

Les écoles d’ingénieurs marocaines ont donc intérêt à considérer l’automobile comme un secteur numérique autant que mécanique.

​La bataille automobile change de terrain

Pendant longtemps, la compétitivité d’une usine automobile dépendait essentiellement du coût, de la qualité et de la logistique. Ces facteurs resteront fondamentaux.

Mais une nouvelle compétition s’ajoute : qui possède le logiciel ? Qui possède les données ? Qui entraîne les modèles ? Qui maîtrise les mises à jour ? Qui certifie les systèmes ? Qui corrige une vulnérabilité ?

​La question à poser maintenant à Stellantis

Le partenariat Momenta ne signifie pas que les technologies concernées seront demain développées ou produites à Kénitra. Aucune annonce en ce sens n’a été faite.

Mais c’est précisément pourquoi la question mérite d’être posée : quelle place les ingénieurs marocains peuvent-ils prendre dans cette nouvelle architecture logicielle ? Le site marocain pourrait-il participer aux tests ou à la validation ? Certaines fonctions destinées à l’Afrique et au Moyen-Orient pourraient-elles être adaptées depuis le Maroc ?

​Après « Made in Morocco », « Coded in Morocco » ?

Le Maroc a réussi à inscrire son nom sur la carte mondiale de l’automobile. La prochaine étape pourrait être plus difficile.

Fabriquer une voiture intelligente ne signifie pas nécessairement maîtriser l’intelligence de la voiture. Le partenariat entre Stellantis et Momenta rappelle que la bataille automobile se joue désormais autant dans les lignes de code que sur les lignes d’assemblage.

Kénitra possède déjà l’usine. Le Maroc possède déjà une partie des ingénieurs. La question est désormais de savoir si, après avoir réussi le Made in Morocco, l’industrie automobile nationale peut progressivement faire apparaître à ses côtés une nouvelle mention : Coded in Morocco.




Mardi 29 Septembre 2026