Dans son dernier avis sur la distribution des médicaments, le Conseil de la concurrence dresse un constat sans détour : le réseau des pharmacies souffre d’un déséquilibre manifeste. Dans certains quartiers urbains, les officines se multiplient à quelques mètres d’écart. Ailleurs, notamment dans des zones rurales ou périurbaines, l’accès aux médicaments reste difficile, parfois aléatoire.
Ce désordre apparent n’est pas anodin. Il pèse à la fois sur la viabilité économique des pharmaciens et sur le droit des citoyens à un accès équitable aux soins. Pour y répondre, l’institution propose d’introduire de nouveaux critères d’implantation, plus en phase avec les réalités du terrain. Parmi eux : la densité de population, l’étendue de la zone de chalandise, la distance à la pharmacie la plus proche ou encore le temps d’accès réel pour les habitants.
L’idée est claire : sortir d’une logique d’installation quasi spontanée pour aller vers une forme de planification territoriale. Une approche qui vise à structurer le réseau officinal de manière plus cohérente, tout en garantissant un service continu sur l’ensemble du territoire. Derrière cette proposition, une conviction : le médicament n’est pas un produit comme les autres, et sa distribution ne peut reposer uniquement sur les lois du marché.
Sur le terrain, ce rééquilibrage est attendu, même s’il suscite aussi des interrogations. Dans certaines grandes villes, la concurrence est devenue si forte qu’elle fragilise les marges des pharmaciens. À l’inverse, dans des zones moins couvertes, l’absence d’officines pénalise directement les populations. Entre ces deux réalités, l’enjeu est de trouver un point d’équilibre.
Le Conseil ne s’arrête pas là. Il recommande également d’introduire une flexibilité encadrée des horaires d’ouverture. Concrètement, les pharmacies pourraient adapter leurs plages horaires en fonction de la demande locale. Une mesure qui répond à un besoin réel, notamment pour les actifs ou dans les zones à forte activité. Mais cette souplesse ne remettrait pas en cause le système de garde de nuit, maintenu comme une mission de service public, avec la nécessité d’une rémunération adaptée.
Autre chantier, plus sensible encore : celui de la rémunération. Aujourd’hui, le modèle repose principalement sur une marge liée au prix du médicament. Un système jugé insuffisant pour valoriser pleinement le rôle du pharmacien. Le Conseil propose donc un modèle mixte, combinant cette marge commerciale avec des honoraires de dispensation. Autrement dit, rémunérer aussi l’acte pharmaceutique, indépendamment du prix du produit.
Derrière ces recommandations, c’est toute une vision du secteur qui se dessine. Plus structurée, plus équilibrée, mais aussi plus exigeante. Une évolution qui pourrait, à terme, renforcer la qualité du service rendu aux citoyens tout en redonnant de l’oxygène à un réseau sous pression.
Reste désormais à transformer ces pistes en décisions concrètes. Car sur le terrain, l’attente est réelle — et le statu quo, de moins en moins tenable.