Le Nord et le Centre du pays largement sécurisés
La carte hydrique du Royaume montre une nette domination des bassins du Nord et du Centre-Ouest, qui concentrent les niveaux de remplissage les plus élevés. Le bassin du Bouregreg se distingue particulièrement avec un taux de 94,46 %, garantissant l’alimentation en eau potable de l’axe stratégique Rabat–Casablanca. Cette situation offre une marge de sécurité importante pour l’été prochain et les mois à venir.
Plus au nord, le bassin du Loukkos atteint 93,98 %, avec plusieurs barrages déjà à leur capacité maximale. Les infrastructures clés comme Oued El Makhazine et Nakhla affichent 100 % de remplissage, plaçant la région dans une situation très confortable. Le bassin du Sebou, plus grand réservoir hydraulique du pays, concentre actuellement plus de 4,6 milliards de m³ d’eau, avec un taux de remplissage de 83,45 %. Certains ouvrages majeurs, comme Sahla et Bouhouda, ont atteint leur capacité maximale.
Une remontée spectaculaire dans certains bassins
L’un des faits les plus marquants concerne le bassin de l’Oum Er Rbia. L’an dernier, son taux de remplissage avait chuté à 5,57 %, suscitant de fortes inquiétudes. Il atteint aujourd’hui 51,07 %, signe d’une remontée qualifiée d’historique.
Si le grand barrage Al Massira reste encore à 31,49 %, d’autres infrastructures du bassin compensent cette situation. Les barrages Bin El Ouidane (75,02 %) et Ait Massoud (100 %) permettent d’envisager une saison agricole plus sereine pour les plaines du Tadla et des Doukkala. Dans le bassin du Tensift, le taux de remplissage atteint 87,16 %, ce qui sécurise l’alimentation en eau de Marrakech et de la province d’Al Haouz.
Une amélioration sensible dans le Sud
Dans les régions méridionales, la situation reste plus contrastée mais montre des signes encourageants. Le bassin du Souss-Massa atteint désormais 54,31 %, contre seulement 16 % l’année précédente. Cette progression représente une bouffée d’oxygène pour une région fortement dépendante de l’agriculture d’exportation.
Le bassin de Drâa–Oued Noun demeure le plus fragile du Royaume avec 35,30 %, mais ce niveau reste nettement supérieur aux seuils critiques observés lors des dernières années de sécheresse.
Des pluies qui rechargent aussi les nappes souterraines
Au-delà des barrages, les précipitations récentes contribuent également à recharger les nappes phréatiques, fortement sollicitées ces dernières années pour compenser le manque d’eau de surface. Ces apports sont essentiels pour restaurer les équilibres hydrologiques du pays et soutenir les usages agricoles et domestiques.
Une accalmie stratégique, mais pas un relâchement
La situation actuelle marque une transition majeure : le Maroc passe d’un stress hydrique aigu à une phase de confort relatif. Les volumes stockés permettent de sécuriser l’eau potable et d’assurer une meilleure disponibilité pour l’irrigation.
Mais cette amélioration ne doit pas faire oublier les défis structurels. La gestion durable de la ressource reste cruciale, notamment dans les bassins sensibles comme l’Oum Er Rbia et le Souss-Massa, où la pression agricole et démographique demeure forte. Dans un pays structurellement exposé aux cycles climatiques, l’enjeu consiste désormais à transformer cette abondance conjoncturelle en sécurité hydrique durable.