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Plus de sondages jusqu’au 23 septembre


Rédigé par le Jeudi 10 Septembre 2026

Depuis le 26 août, une nouvelle ligne rouge s’impose à tous ceux qui commentent les élections législatives marocaines : les sondages électoraux sont interdits jusqu’à la fin des opérations de vote du 23 septembre 2026.



Ce que les médias peuvent encore mesurer sans fabriquer un sondage déguisé

Plus de sondages jusqu’au 23 septembre
Cette interdiction ne concerne pas seulement la réalisation des sondages. Elle couvre également la publication de leurs résultats et leur commentaire, quel que soit le support utilisé. La période d’interdiction commence quinze jours avant l’ouverture officielle de la campagne.

À première vue, la règle paraît claire. Mais le paysage numérique rend désormais les frontières beaucoup moins simples qu’autrefois. Un média peut-il publier les tendances de recherche sur Google ? Peut-il mesurer le nombre de vues obtenues par les vidéos des différents partis ? Comparer leurs audiences sur Instagram ou TikTok ? Évaluer la fréquence des mentions d’un candidat ? Utiliser une intelligence artificielle pour calculer des probabilités de victoire ?

C’est ici qu’un débat beaucoup plus intéressant commence. Car toutes les données ne sont évidemment pas des sondages. Mesurer le nombre de recherches consacrées à un parti ne revient pas à demander à un échantillon représentatif pour qui il compte voter. Mais la prudence devient indispensable dès qu’un indicateur numérique est transformé en projection électorale.

Dire qu’un candidat bénéficie d’une forte progression de recherches n’est pas la même chose que conclure qu’il progressera dans les urnes. Présenter le nombre de vues d’une vidéo est une donnée observable. Affirmer à partir de cette audience qu’un parti obtiendra tel nombre de sièges change complètement la nature de l’information.

Il est important de souligner la responsabilité particulière des médias et des acteurs numériques, appelés à éviter toute diffusion ou rediffusion de données susceptibles d’être assimilées à des résultats de sondages ou de servir à orienter artificiellement la perception du scrutin. Cette contrainte peut finalement produire un effet plutôt sain.

Pendant quelques semaines, les partis ne pourront plus s’abriter derrière des courbes de popularité ou des projections pour imposer l’idée d’une victoire inévitable. Ils devront davantage défendre leurs programmes, leurs candidats et leurs arguments. Et les médias devront résister à une tentation devenue permanente : transformer n’importe quelle donnée disponible en classement.

Il reste cependant une zone grise importante : les nouveaux instruments de mesure numérique. Google Trends, analyse des réseaux sociaux, volumes d’engagement, outils prédictifs alimentés par l’IA… aucun de ces instruments ne doit être confondu automatiquement avec un sondage. Mais leur présentation peut devenir problématique lorsqu’ils sont utilisés pour simuler directement l’intention de vote.

La bonne règle journalistique pourrait donc être assez simple : mesurer ce qui se passe, oui ; prétendre en déduire ce qui sortira des urnes, non. Pendant cette période électorale, l’absence de sondages ne condamne donc pas les médias au silence. Elle les oblige peut-être simplement à revenir à quelque chose de plus utile : observer les faits sans transformer chaque chiffre en pronostic électoral.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Jeudi 10 Septembre 2026