L'ODJ Média

Polisario, terrorisme et guerre de l’information : Hussein Oulidi dévoile les dessous d’un combat stratégique


Au-delà du conflit autour du Sahara marocain, c'est une véritable bataille sécuritaire, diplomatique et informationnelle qui se joue aujourd'hui. Invité d'un entretien approfondi, Hussein Oulidi, consultant au Bureau des études et recherches stratégiques africaines, membre de l'Observatoire national des études stratégiques et membre du comité des victimes du terrorisme du Polisario dans les zones frontalières du Sud-Est marocain, livre une analyse globale des défis auxquels le Royaume est confronté.



Documentation des exactions, prévention de la radicalisation et mobilisation de la jeunesse au cœur de son intervention

Son intervention s'articule autour d'un constat central : la lutte contre le terrorisme ne se limite plus aux seules opérations militaires ou de renseignement. Elle passe désormais par la mémoire des victimes, la diplomatie internationale, l'éducation, les médias et l'engagement citoyen.

Des victimes longtemps oubliées

Depuis plusieurs décennies, les populations vivant dans les provinces frontalières du Sud-Est marocain ont été confrontées à des attaques, enlèvements et actes de violence attribués au Polisario. Selon Hussein Oulidi, ces événements remontent au milieu des années 1970 et concernent notamment les régions d'Assa-Zag, Foum El Hassane, Bouirat, Tata et d'autres localités.

Le comité auquel il appartient mène aujourd'hui un travail minutieux de collecte de témoignages, de documents, de photographies et de preuves afin de préserver cette mémoire et de constituer un dossier documenté destiné aux organisations internationales.

L'objectif affiché est double : rendre justice aux victimes et faire reconnaître la gravité des actes commis contre des populations civiles.

Tindouf, un enjeu sécuritaire régional

L'entretien élargit ensuite le regard vers les camps de Tindouf et leur environnement régional.

Hussein Oulidi décrit cette zone comme un espace où s'entrecroisent trafics, criminalité organisée et menaces sécuritaires. Il évoque également les relations qu'il estime exister entre le Polisario et différents groupes armés actifs dans la bande sahélo-saharienne.

Au-delà de la question du Sahara, il considère que cette réalité représente un défi majeur pour la stabilité régionale et nécessite une coopération internationale renforcée face aux phénomènes terroristes transfrontaliers.

La bataille des preuves

Pour le consultant, la diplomatie moderne ne peut plus se contenter de discours politiques.

Elle doit s'appuyer sur des éléments factuels, des archives, des témoignages vérifiés et une documentation rigoureuse.

Le comité travaille ainsi à constituer un corpus de preuves destiné à alimenter les démarches diplomatiques marocaines auprès des Nations unies, des institutions internationales et des organisations de défense des droits humains.

Cette stratégie vise à inscrire durablement la question des victimes civiles dans le débat international.

Le modèle marocain face au terrorisme

L'une des séquences les plus développées de l'entretien concerne le modèle marocain de lutte contre le terrorisme.

Hussein Oulidi souligne les performances reconnues des services marocains de renseignement, la coopération étroite avec de nombreux partenaires internationaux ainsi que la capacité du Royaume à anticiper plusieurs menaces avant leur concrétisation.

Mais, selon lui, cette efficacité ne repose pas uniquement sur l'approche sécuritaire.

Elle s'appuie également sur un travail de fond autour de la réforme du champ religieux, de la promotion d'un islam du juste milieu, de la formation des imams et de la prévention de l'extrémisme.

L'éducation comme première ligne de défense

Pour Hussein Oulidi, la meilleure réponse durable à la radicalisation reste l'investissement dans la jeunesse.

Il insiste sur la nécessité de lutter contre le décrochage scolaire, les addictions, la violence en milieu éducatif et toutes les formes de marginalisation susceptibles d'alimenter les discours extrémistes.

L'école, la famille, les associations et les médias doivent agir de manière complémentaire afin d'offrir aux jeunes des perspectives positives, des repères solides et un véritable sentiment d'appartenance.

Selon lui, la prévention commence bien avant l'apparition des premiers signes de radicalisation.

Une guerre de l'information

L'entretien aborde également un autre champ de confrontation devenu incontournable : celui de l'information.

Hussein Oulidi met en garde contre la désinformation, la manipulation des réseaux sociaux et le sensationnalisme qui peuvent fragiliser l'opinion publique.

Dans ce contexte, il estime que les médias portent une responsabilité majeure.

Informer avec rigueur, vérifier les faits, contextualiser les événements et éviter la diffusion de contenus haineux constituent, selon lui, des éléments essentiels de la résilience nationale.

La bataille médiatique est désormais un prolongement des enjeux géopolitiques.

Un appel à la jeunesse

En conclusion, Hussein Oulidi adresse un message aux jeunes Marocains.

Il les invite à rejeter les discours de haine, les logiques de division et les idéologies extrémistes, tout en renforçant leur engagement citoyen.

Pour lui, la défense du pays ne relève pas uniquement des institutions sécuritaires ; elle repose également sur des citoyens informés, responsables et attachés aux valeurs de tolérance, de solidarité et d'unité nationale.

Dans un contexte régional marqué par l'instabilité, cette mobilisation collective apparaît comme l'un des piliers de la résilience marocaine.

Si les menaces évoluent, les réponses doivent elles aussi évoluer, en combinant sécurité, diplomatie, éducation et information. C'est précisément cette approche globale que défend Hussein Oulidi tout au long de cet entretien, où la mémoire des victimes, la prévention et la responsabilité citoyenne sont présentées comme des leviers complémentaires pour préserver la stabilité du Royaume.
Mardi 21 Juillet 2026