Une décolonisation qui s’est arrêtée au bord de certaines frontières
L’histoire territoriale entre le Maroc et l’Espagne ne se résume pas à une date d’indépendance suivie d’un retour automatique à la carte d’avant le Protectorat. Elle ressemble davantage à un long démontage, morceau après morceau, d’une présence espagnole constituée au fil de plusieurs siècles selon des statuts très différents.
C’est précisément cette différence de statuts qui explique en grande partie une question qui demeure sensible : pourquoi le Maroc a-t-il récupéré le Nord en 1956, Tarfaya en 1958 et Ifni en 1969, tandis que Ceuta, Melilla, les Chafarinas, Vélez de la Gomera et Alhucemas sont restés sous administration espagnole ?
La réponse commence plusieurs siècles avant le Protectorat.
Ceuta et Melilla étaient déjà espagnoles bien avant 1912
Lorsque la France et l’Espagne imposent leurs protectorats au Maroc en 1912, Madrid est déjà installée depuis très longtemps sur plusieurs points du littoral.
Melilla est prise par les Castillans en 1497.
Le Peñón de Vélez de la Gomera, conquis une première fois en 1508, est définitivement repris en 1564.
Ceuta, conquise par le Portugal en 1415, est reconnue comme possession espagnole par Lisbonne en 1668.
L’Espagne s’établit à Alhucemas en 1673, puis occupe les îles Chafarinas en 1848
C’est le premier élément décisif.
Aux yeux de Madrid, ces territoires n’ont jamais fait partie du Protectorat espagnol créé en 1912. L’Espagne considère donc qu'elle n'avait aucune raison de les restituer lorsque ce Protectorat prit fin en 1956.
Autrement dit, la logique espagnole peut se résumer ainsi : 1956 mettait fin à un régime international créé en 1912 ; il ne remettait pas en cause des possessions considérées espagnoles depuis plusieurs siècles.
C'est aujourd'hui encore le cœur de l'argument espagnol.
Les statuts d'autonomie adoptés en 1995 qualifient explicitement Ceuta et Melilla de « partie intégrante de la Nation espagnole ». Il ne s'agit donc pas, dans le droit espagnol, de colonies résiduelles ou de territoires d'outre-mer, mais de territoires espagnols au même titre constitutionnel que le reste du pays, même si leur régime institutionnel est particulier.
1956 : le Maroc récupère le Protectorat, pas toutes les possessions espagnoles
Lorsque le Maroc retrouve son indépendance en 1956, l'Espagne abandonne essentiellement la zone nord du Protectorat : Tétouan, Larache, Chefchaouen, le Rif et les autres régions qui avaient été placées sous son administration depuis 1912.
Le Maroc indépendant considère naturellement son indépendance comme le début d'un processus de récupération de son intégrité territoriale. Mais Madrid raisonne selon une autre classification juridique : le Protectorat est une chose ; Ceuta et Melilla en sont une autre.
Dès lors, les deux pays ne lisent déjà plus la même carte.
Pour Rabat, la décolonisation ne peut être complète tant que subsistent des enclaves européennes sur la côte marocaine.
Pour Madrid, au contraire, restituer Ceuta ou Melilla ne serait pas « terminer le Protectorat », mais céder une partie du territoire national espagnol.
Toute la difficulté est là.
1958 : Tarfaya retourne au Maroc, mais pas les présides
L'indépendance de 1956 ne règle d'ailleurs pas immédiatement toutes les questions territoriales. L'Espagne conserve encore Cabo Juby, correspondant principalement à la région de Tarfaya.
Après les affrontements de 1957-1958 et les négociations entre Rabat et Madrid, l'Espagne remet Tarfaya au Maroc en 1958.
Pourquoi Tarfaya et pas Ceuta ?
Parce que là encore Madrid considère que les deux territoires ne relèvent pas de la même histoire juridique.
Tarfaya appartenait à la zone méridionale du Protectorat espagnol au Maroc. Sa restitution pouvait donc être présentée comme une conséquence différée de la disparition du Protectorat.
Ceuta, Melilla, Vélez, Alhucemas et les Chafarinas étaient, selon Madrid, extérieurs à ce dispositif.
Cette distinction historique devient ainsi une véritable ligne de défense diplomatique espagnole.
1969 : l’exemple encore plus révélateur d’Ifni
Le cas d'Ifni est particulièrement intéressant parce qu'il montre qu’un territoire longtemps administré comme espagnol pouvait néanmoins être restitué au Maroc.
Madrid occupait effectivement Ifni depuis 1934. En 1958, le régime franquiste était même allé jusqu'à en faire une province espagnole.
Pourtant, onze ans plus tard, l'Espagne le remet au Maroc. Et le vocabulaire du traité est remarquable.
Le texte officiel espagnol de 1969 parle de « rétrocession » du territoire d'Ifni au Royaume du Maroc et rappelle que le territoire avait été auparavant cédé à l'Espagne en application du traité de Tétouan de 1860.
Le terme rétrocession n'est pas anodin. Il implique précisément l'idée d'un territoire qui retourne à celui qui l'avait antérieurement cédé.
Le BOE espagnol confirme également que le traité de 1969 organisait jusque dans le détail le changement de souveraineté et la possibilité pour certains habitants d'opter pour la nationalité espagnole.
Ifni pouvait donc être rendu sans remettre juridiquement en cause, du point de vue espagnol, Ceuta et Melilla.
Pourquoi Madrid a-t-elle tracé cette frontière juridique ?
Parce que l'ancienneté de la possession constitue la pièce maîtresse de son argumentation.
Melilla est espagnole depuis la fin du XVe siècle, selon Madrid, soit plusieurs siècles avant la naissance du Protectorat.
Ceuta est intégrée à l'Espagne bien avant le partage colonial du Maroc du XXe siècle.
Même logique pour Vélez de la Gomera, Alhucemas ou les Chafarinas.
Madrid oppose ainsi implicitement deux histoires :
- l'expansion coloniale espagnole des XIXe et XXe siècles**, qui concernait le Protectorat, Ifni et le Sahara ;
et les anciennes possessions espagnoles méditerranéennes, considérées comme constituées antérieurement à la colonisation moderne du Maroc.
C'est juridiquement habile. Mais historiquement, cela ne fait évidemment pas disparaître le débat marocain.
Du côté marocain : l’indépendance comme récupération progressive de l’intégrité territoriale
La lecture marocaine est différente. Depuis l'indépendance, Rabat a longtemps présenté la récupération territoriale comme un processus progressif :
1956 : le Nord ;
1958 : Tarfaya ;
1969 : Ifni ;
puis le Sahara marocain à partir de 1975.
Dans cette logique, Ceuta, Melilla et certains présides constituent les éléments non encore réglés d'un processus plus général.
Le désaccord porte donc moins sur les faits historiques — personne ne nie sérieusement que l'Espagne contrôle Melilla depuis plusieurs siècles — que sur la signification juridique de cette ancienneté.
Une possession ancienne devient-elle automatiquement intangible ?
C'est précisément ce que Rabat conteste.
Le Maroc a d'ailleurs tenté de porter cette logique sur le terrain de la décolonisation internationale. Mais contrairement au Sahara Marocain et occidental, Ceuta et Melilla n'ont pas été inscrites par les Nations unies sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser.
C'est un avantage diplomatique considérable pour l'Espagne.
Cela ne signifie cependant pas que l'ONU ait rendu un jugement déclarant définitivement ces territoires espagnols. L'absence d'inscription sur la liste de décolonisation et une décision internationale sur la souveraineté sont deux choses différentes.
Et les îlots ?
Le raisonnement espagnol appliqué à Vélez de la Gomera, Alhucemas et aux Chafarinas est encore plus diplomatiquement insolite.
Madrid les classe traditionnellement parmi les plazas de soberanía, littéralement les « places de souveraineté ».
Ce ne sont ni des vestiges administratifs du Protectorat ni des territoires inclus dans les restitutions de 1956, 1958 ou 1969.
Dans une déclaration officielle enregistrée auprès de l'ONU en 2008, l'Espagne a d'ailleurs explicitement réaffirmé sa souveraineté sur Ceuta, Melilla, le Peñón de Vélez de la Gomera, le Peñón d'Alhucemas et les îles Chafarinas.
C'est donc une doctrine d'État, pas simplement un héritage historique.
C’est précisément cette différence de statuts qui explique en grande partie une question qui demeure sensible : pourquoi le Maroc a-t-il récupéré le Nord en 1956, Tarfaya en 1958 et Ifni en 1969, tandis que Ceuta, Melilla, les Chafarinas, Vélez de la Gomera et Alhucemas sont restés sous administration espagnole ?
La réponse commence plusieurs siècles avant le Protectorat.
Ceuta et Melilla étaient déjà espagnoles bien avant 1912
Lorsque la France et l’Espagne imposent leurs protectorats au Maroc en 1912, Madrid est déjà installée depuis très longtemps sur plusieurs points du littoral.
Melilla est prise par les Castillans en 1497.
Le Peñón de Vélez de la Gomera, conquis une première fois en 1508, est définitivement repris en 1564.
Ceuta, conquise par le Portugal en 1415, est reconnue comme possession espagnole par Lisbonne en 1668.
L’Espagne s’établit à Alhucemas en 1673, puis occupe les îles Chafarinas en 1848
C’est le premier élément décisif.
Aux yeux de Madrid, ces territoires n’ont jamais fait partie du Protectorat espagnol créé en 1912. L’Espagne considère donc qu'elle n'avait aucune raison de les restituer lorsque ce Protectorat prit fin en 1956.
Autrement dit, la logique espagnole peut se résumer ainsi : 1956 mettait fin à un régime international créé en 1912 ; il ne remettait pas en cause des possessions considérées espagnoles depuis plusieurs siècles.
C'est aujourd'hui encore le cœur de l'argument espagnol.
Les statuts d'autonomie adoptés en 1995 qualifient explicitement Ceuta et Melilla de « partie intégrante de la Nation espagnole ». Il ne s'agit donc pas, dans le droit espagnol, de colonies résiduelles ou de territoires d'outre-mer, mais de territoires espagnols au même titre constitutionnel que le reste du pays, même si leur régime institutionnel est particulier.
1956 : le Maroc récupère le Protectorat, pas toutes les possessions espagnoles
Lorsque le Maroc retrouve son indépendance en 1956, l'Espagne abandonne essentiellement la zone nord du Protectorat : Tétouan, Larache, Chefchaouen, le Rif et les autres régions qui avaient été placées sous son administration depuis 1912.
Le Maroc indépendant considère naturellement son indépendance comme le début d'un processus de récupération de son intégrité territoriale. Mais Madrid raisonne selon une autre classification juridique : le Protectorat est une chose ; Ceuta et Melilla en sont une autre.
Dès lors, les deux pays ne lisent déjà plus la même carte.
Pour Rabat, la décolonisation ne peut être complète tant que subsistent des enclaves européennes sur la côte marocaine.
Pour Madrid, au contraire, restituer Ceuta ou Melilla ne serait pas « terminer le Protectorat », mais céder une partie du territoire national espagnol.
Toute la difficulté est là.
1958 : Tarfaya retourne au Maroc, mais pas les présides
L'indépendance de 1956 ne règle d'ailleurs pas immédiatement toutes les questions territoriales. L'Espagne conserve encore Cabo Juby, correspondant principalement à la région de Tarfaya.
Après les affrontements de 1957-1958 et les négociations entre Rabat et Madrid, l'Espagne remet Tarfaya au Maroc en 1958.
Pourquoi Tarfaya et pas Ceuta ?
Parce que là encore Madrid considère que les deux territoires ne relèvent pas de la même histoire juridique.
Tarfaya appartenait à la zone méridionale du Protectorat espagnol au Maroc. Sa restitution pouvait donc être présentée comme une conséquence différée de la disparition du Protectorat.
Ceuta, Melilla, Vélez, Alhucemas et les Chafarinas étaient, selon Madrid, extérieurs à ce dispositif.
Cette distinction historique devient ainsi une véritable ligne de défense diplomatique espagnole.
1969 : l’exemple encore plus révélateur d’Ifni
Le cas d'Ifni est particulièrement intéressant parce qu'il montre qu’un territoire longtemps administré comme espagnol pouvait néanmoins être restitué au Maroc.
Madrid occupait effectivement Ifni depuis 1934. En 1958, le régime franquiste était même allé jusqu'à en faire une province espagnole.
Pourtant, onze ans plus tard, l'Espagne le remet au Maroc. Et le vocabulaire du traité est remarquable.
Le texte officiel espagnol de 1969 parle de « rétrocession » du territoire d'Ifni au Royaume du Maroc et rappelle que le territoire avait été auparavant cédé à l'Espagne en application du traité de Tétouan de 1860.
Le terme rétrocession n'est pas anodin. Il implique précisément l'idée d'un territoire qui retourne à celui qui l'avait antérieurement cédé.
Le BOE espagnol confirme également que le traité de 1969 organisait jusque dans le détail le changement de souveraineté et la possibilité pour certains habitants d'opter pour la nationalité espagnole.
Ifni pouvait donc être rendu sans remettre juridiquement en cause, du point de vue espagnol, Ceuta et Melilla.
Pourquoi Madrid a-t-elle tracé cette frontière juridique ?
Parce que l'ancienneté de la possession constitue la pièce maîtresse de son argumentation.
Melilla est espagnole depuis la fin du XVe siècle, selon Madrid, soit plusieurs siècles avant la naissance du Protectorat.
Ceuta est intégrée à l'Espagne bien avant le partage colonial du Maroc du XXe siècle.
Même logique pour Vélez de la Gomera, Alhucemas ou les Chafarinas.
Madrid oppose ainsi implicitement deux histoires :
- l'expansion coloniale espagnole des XIXe et XXe siècles**, qui concernait le Protectorat, Ifni et le Sahara ;
et les anciennes possessions espagnoles méditerranéennes, considérées comme constituées antérieurement à la colonisation moderne du Maroc.
C'est juridiquement habile. Mais historiquement, cela ne fait évidemment pas disparaître le débat marocain.
Du côté marocain : l’indépendance comme récupération progressive de l’intégrité territoriale
La lecture marocaine est différente. Depuis l'indépendance, Rabat a longtemps présenté la récupération territoriale comme un processus progressif :
1956 : le Nord ;
1958 : Tarfaya ;
1969 : Ifni ;
puis le Sahara marocain à partir de 1975.
Dans cette logique, Ceuta, Melilla et certains présides constituent les éléments non encore réglés d'un processus plus général.
Le désaccord porte donc moins sur les faits historiques — personne ne nie sérieusement que l'Espagne contrôle Melilla depuis plusieurs siècles — que sur la signification juridique de cette ancienneté.
Une possession ancienne devient-elle automatiquement intangible ?
C'est précisément ce que Rabat conteste.
Le Maroc a d'ailleurs tenté de porter cette logique sur le terrain de la décolonisation internationale. Mais contrairement au Sahara Marocain et occidental, Ceuta et Melilla n'ont pas été inscrites par les Nations unies sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser.
C'est un avantage diplomatique considérable pour l'Espagne.
Cela ne signifie cependant pas que l'ONU ait rendu un jugement déclarant définitivement ces territoires espagnols. L'absence d'inscription sur la liste de décolonisation et une décision internationale sur la souveraineté sont deux choses différentes.
Et les îlots ?
Le raisonnement espagnol appliqué à Vélez de la Gomera, Alhucemas et aux Chafarinas est encore plus diplomatiquement insolite.
Madrid les classe traditionnellement parmi les plazas de soberanía, littéralement les « places de souveraineté ».
Ce ne sont ni des vestiges administratifs du Protectorat ni des territoires inclus dans les restitutions de 1956, 1958 ou 1969.
Dans une déclaration officielle enregistrée auprès de l'ONU en 2008, l'Espagne a d'ailleurs explicitement réaffirmé sa souveraineté sur Ceuta, Melilla, le Peñón de Vélez de la Gomera, le Peñón d'Alhucemas et les îles Chafarinas.
C'est donc une doctrine d'État, pas simplement un héritage historique.
La vraie raison de leur maintien
Au fond, Ceuta, Melilla et les présides ont échappé aux restitutions parce que l'Espagne a réussi à dissocier juridiquement leur sort de celui du Protectorat et des possessions coloniales tardives.
1956 pouvait ainsi régler le Protectorat sans Ceuta.
1958 pouvait régler Tarfaya sans Melilla.
1969 pouvait régler Ifni sans les Chafarinas.
Et 1975-1976 pouvait voir l'Espagne quitter le Sahara sans ouvrir automatiquement le dossier des enclaves méditerranéennes.
Cette segmentation juridique a survécu à Franco, à la transition démocratique et à l'entrée de l'Espagne dans l'Europe communautaire.
C'est probablement là que réside la réponse la plus intéressante à notre question.
Ceuta et Melilla ne sont pas restées espagnoles parce qu'elles auraient été oubliées lors de la décolonisation. Elles le sont restées parce que Madrid a toujours refusé de les considérer comme faisant partie de cette décolonisation.
Et c'est exactement sur ce point que les deux lectures historiques se séparent.
Pour l'Espagne, l'affaire est close depuis des siècles.
Pour le Maroc, elle appartient à une histoire territoriale dont plusieurs chapitres ont été réglés — le Nord, Tarfaya, Ifni — mais dont certains restent ouverts.
Entre les deux se trouve une réalité diplomatique assez singulière : deux voisins capables de bâtir une coopération stratégique extrêmement étroite tout en conservant, sous le tapis de leur relation, l'un des plus anciens différends territoriaux de la Méditerranée occidentale.
Et peut-être est-ce précisément cette capacité à ne pas régler la question pour pouvoir continuer à gérer le reste qui explique, autant que les traités et les siècles d'histoire, pourquoi Ceuta et Melilla sont toujours aujourd'hui là où elles étaient en 1956.
1956 pouvait ainsi régler le Protectorat sans Ceuta.
1958 pouvait régler Tarfaya sans Melilla.
1969 pouvait régler Ifni sans les Chafarinas.
Et 1975-1976 pouvait voir l'Espagne quitter le Sahara sans ouvrir automatiquement le dossier des enclaves méditerranéennes.
Cette segmentation juridique a survécu à Franco, à la transition démocratique et à l'entrée de l'Espagne dans l'Europe communautaire.
C'est probablement là que réside la réponse la plus intéressante à notre question.
Ceuta et Melilla ne sont pas restées espagnoles parce qu'elles auraient été oubliées lors de la décolonisation. Elles le sont restées parce que Madrid a toujours refusé de les considérer comme faisant partie de cette décolonisation.
Et c'est exactement sur ce point que les deux lectures historiques se séparent.
Pour l'Espagne, l'affaire est close depuis des siècles.
Pour le Maroc, elle appartient à une histoire territoriale dont plusieurs chapitres ont été réglés — le Nord, Tarfaya, Ifni — mais dont certains restent ouverts.
Entre les deux se trouve une réalité diplomatique assez singulière : deux voisins capables de bâtir une coopération stratégique extrêmement étroite tout en conservant, sous le tapis de leur relation, l'un des plus anciens différends territoriaux de la Méditerranée occidentale.
Et peut-être est-ce précisément cette capacité à ne pas régler la question pour pouvoir continuer à gérer le reste qui explique, autant que les traités et les siècles d'histoire, pourquoi Ceuta et Melilla sont toujours aujourd'hui là où elles étaient en 1956.
Au fond, tout est peut-être une question de méthode diplomatique, de calendrier et de géographie.
L’histoire territoriale du Maroc depuis l’indépendance nous l’enseigne : tout ne s’est pas réglé le même jour, ni de la même manière. Le Nord est revenu en 1956, Tarfaya en 1958, Ifni en 1969. Le temps diplomatique n’est jamais celui de l’impatience.
Ceuta, Melilla et les îlots constituent aujourd’hui un autre chapitre, beaucoup plus ancien et juridiquement plus complexe. L’Espagne les considère comme une partie de son territoire national ; le Maroc maintient sa propre lecture historique et territoriale. Prétendre connaître aujourd’hui la date ou les modalités d’un éventuel changement de souveraineté serait transformer une conviction politique en prédiction.
Mais le Maroc peut inscrire cette question dans le temps long ou moyen . Non par la confrontation, encore moins par l’aventure, mais par la constance, la négociation et la construction patiente d’un rapport avec son voisin dans lequel la géographie finit toujours par rappeler sa permanence.
Car l’histoire est une chose ; la raison d’État et la responsabilité de gérer les relations entre voisins et partenaires en sont une autre. Le Maroc et l’Espagne sont condamnés par la géographie non pas à s’affronter, mais à se parler : sécurité, économie, migration, commerce, Méditerranée, Atlantique, Europe et Afrique les rendent chaque année davantage interdépendants.
C'est précisément pour cela que la question territoriale exige probablement davantage de sagesse que de slogans.
L'histoire avance toujours. Elle avance parfois dans la douleur, lorsque les peuples et les États choisissent l'affrontement. Elle peut aussi avancer dans la sagesse, lorsque la diplomatie sait attendre le moment où ce qui paraissait impossible devient négociable.
Le Maroc a appris, au cours du XXe siècle, que la récupération territoriale pouvait se construire par étapes, avec des calendriers différents et des méthodes différentes. Rien n'oblige donc à confondre patience et renoncement.
Et si un jour Ceuta, Melilla et certains îlots devaient connaître un autre destin, un destin Marocain, la plus grande victoire serait peut-être qu'il ne soit imposé ni par la force ni par l'humiliation de l'un ou de l'autre, mais construit entre deux États voisins capables de réconcilier enfin l'histoire avec la géographie.
Ceuta, Melilla et les îlots constituent aujourd’hui un autre chapitre, beaucoup plus ancien et juridiquement plus complexe. L’Espagne les considère comme une partie de son territoire national ; le Maroc maintient sa propre lecture historique et territoriale. Prétendre connaître aujourd’hui la date ou les modalités d’un éventuel changement de souveraineté serait transformer une conviction politique en prédiction.
Mais le Maroc peut inscrire cette question dans le temps long ou moyen . Non par la confrontation, encore moins par l’aventure, mais par la constance, la négociation et la construction patiente d’un rapport avec son voisin dans lequel la géographie finit toujours par rappeler sa permanence.
Car l’histoire est une chose ; la raison d’État et la responsabilité de gérer les relations entre voisins et partenaires en sont une autre. Le Maroc et l’Espagne sont condamnés par la géographie non pas à s’affronter, mais à se parler : sécurité, économie, migration, commerce, Méditerranée, Atlantique, Europe et Afrique les rendent chaque année davantage interdépendants.
C'est précisément pour cela que la question territoriale exige probablement davantage de sagesse que de slogans.
L'histoire avance toujours. Elle avance parfois dans la douleur, lorsque les peuples et les États choisissent l'affrontement. Elle peut aussi avancer dans la sagesse, lorsque la diplomatie sait attendre le moment où ce qui paraissait impossible devient négociable.
Le Maroc a appris, au cours du XXe siècle, que la récupération territoriale pouvait se construire par étapes, avec des calendriers différents et des méthodes différentes. Rien n'oblige donc à confondre patience et renoncement.
Et si un jour Ceuta, Melilla et certains îlots devaient connaître un autre destin, un destin Marocain, la plus grande victoire serait peut-être qu'il ne soit imposé ni par la force ni par l'humiliation de l'un ou de l'autre, mais construit entre deux États voisins capables de réconcilier enfin l'histoire avec la géographie.
Mais le dernier mot : Ceuta, Melilla et les îlots sont bien marocaines .....
Ceuta et Melilla ne sont pas un cas unique. L'histoire contemporaine connaît plusieurs situations où un État conserve un territoire situé sur un autre continent ou revendiqué par un voisin, en s'appuyant sur une argumentation historique et juridique. En revanche, chaque cas possède ses propres fondements juridiques, ce qui interdit les comparaisons simplistes.
Voici les principaux exemples.
1. Gibraltar (Royaume-Uni / Espagne) — le parallèle le plus proche
C'est probablement le cas le plus comparable.
2. Les îles Malouines / Falkland (Royaume-Uni / Argentine)
3. Chagos (Royaume-Uni / Maurice)
Pendant des décennies, le Royaume-Uni a administré l'archipel des Chagos malgré la revendication de Maurice.
4. Hong Kong (Royaume-Uni / Chine)
5. Macao (Portugal / Chine)
6. Akrotiri et Dhekelia (Royaume-Uni / Chypre)
7. Les départements et collectivités françaises d'outre-mer
Voici les principaux exemples.
1. Gibraltar (Royaume-Uni / Espagne) — le parallèle le plus proche
C'est probablement le cas le plus comparable.
2. Les îles Malouines / Falkland (Royaume-Uni / Argentine)
3. Chagos (Royaume-Uni / Maurice)
Pendant des décennies, le Royaume-Uni a administré l'archipel des Chagos malgré la revendication de Maurice.
4. Hong Kong (Royaume-Uni / Chine)
5. Macao (Portugal / Chine)
6. Akrotiri et Dhekelia (Royaume-Uni / Chypre)
7. Les départements et collectivités françaises d'outre-mer