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Pourquoi l'Afrique du Sud persiste-t-elle dans son hostilité envers l'intégrité territoriale du Royaume ?


Par Dr Idris Quraish - Expert en relations internationales et en politique étrangère.

La position de l'Afrique du Sud sur la question de l'intégrité territoriale du Maroc soulève de profondes interrogations quant à ses véritables motivations.

S'agit-il d'une question de principe, ou d'une stratégie systématique et intéressée visant à affaiblir un rival régional de taille sur le continent africain ?



Au-delà des discours publics, une lecture attentive du cours des relations entre les deux pays révèle un chevauchement évident entre les dimensions idéologique et géopolitique.

Dr Idris Quraish
Dr Idris Quraish
Lorsque les slogans deviennent des outils d’influence, l’hostilité envers le Maroc s’inscrit dans l’ambition de l’Afrique du Sud de diriger le continent et de s’assurer une place au sein du système international.

Le paradoxe est frappant : l’alliance de l’Afrique du Sud avec le mouvement séparatiste ne s’explique plus par des principes ni par l’héritage de la lutte, contrairement à ce que Pretoria tente de faire croire.

Il s’agit plutôt d’une manœuvre politique flagrante et transparente, visant à servir ses propres intérêts et ses ambitions continentales et internationales. C’est ce que nous nous proposons d’explorer et d’analyser dans cet article.

Malgré le soutien apporté par le Maroc à la lutte du peuple sud-africain à un moment crucial de sa lutte contre l'apartheid, Pretoria a choisi d'adopter une position contraire à l'intégrité territoriale du Royaume, un paradoxe qui soulève plus d'une question.

La position de l'Afrique du Sud n'est pas dictée par des considérations de principe, comme on le prétend souvent, mais par des calculs politiques et stratégiques bien définis.

Elle cherche à consolider son statut de puissance continentale majeure en s'appropriant des enjeux symboliques au sein de l'Union africaine, renforçant ainsi sa présence et son influence.

Dans ce contexte, elle instrumentalise la question du Sahara occidental davantage comme un outil de positionnement que comme une question de principe, s'inscrivant dans une ambition plus large de consolider sa présence internationale et d'obtenir une meilleure représentation au sein du système des Nations Unies.

En réalité, il est difficile de comprendre le paradoxe qui caractérise la position de l'Afrique du Sud vis-à-vis du Royaume du Maroc.

Ce dernier fut l'un des rares pays à soutenir ouvertement et sans relâche la lutte du Congrès national africain contre le régime d'apartheid, fidèle à ses convictions sur les valeurs de liberté et de dignité humaine.

En 1962, le Maroc accueillit Nelson Mandela et apporta à son mouvement un soutien financier et logistique considérable, illustrant concrètement la victoire du Maroc pour une juste cause.

Ce soutien ne se limita pas à cette période, mais s'étendit à un rôle politique de premier plan.

Le roi Hassan II joua un rôle crucial en créant les conditions d'un rapprochement entre Nelson Mandela et le président Frederik de Klerk en 1993, un moment charnière de l'histoire sud-africaine.

Ce rapprochement ouvrit la voie à la visite officielle de Mandela au Maroc en 1994, au cours de laquelle il remercia le roi Hassan II pour sa solidarité indéfectible et reconnut le rôle déterminant du Maroc dans la libération de son pays.

Le leader Mandela lui-même a documenté ce rôle, puisqu'il n'a pas caché, dans son discours public du 27 avril 1995, à l'occasion de l'anniversaire de la libération, sa profonde reconnaissance envers le Royaume du Maroc pour son soutien indéfectible à sa lutte et pour sa contribution efficace à la facilitation de la transition pacifique et à la fin du régime d'apartheid, présentant à tous son ami marocain, le Dr Abdelkrim El Khatib, qui était ministre des Affaires africaines lors de sa première visite au Maroc, comme un lien essentiel et un médiateur efficace entre lui et Sa Majesté feu Hassan II.

Cet héritage civilisationnel et humain était censé constituer la base d'un rapprochement politique et de l'établissement d'une relation fraternelle solide

Fondée sur le respect mutuel des questions essentielles, et non se transformer en ingratitude qui renie la mémoire de la solidarité et l'histoire du soutien sincère, alors que Pretoria a adopté une position soutenant la thèse séparatiste, en contradiction flagrante avec les intérêts vitaux du Royaume.

L'Afrique du Sud considère le Maroc comme un candidat sérieux dans le cadre d'une éventuelle réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies visant à élargir son nombre de membres permanents.

Cette position s'explique par la montée en puissance stratégique du Maroc sur le continent africain et par son influence croissante en tant que force motrice dans son environnement régional et international.

Ceci ouvre des perspectives prometteuses pour renforcer sa candidature légitime à un siège permanent représentant l'Afrique au sein du Conseil de sécurité, dans le cadre des réformes prévues pour ajouter six nouveaux membres permanents, conformément à la répartition géographique établie, incluant le Brésil, l'Allemagne, l'Inde, le Japon, ainsi qu'un représentant du groupe arabe et du continent africain.

Dans ce contexte, depuis l'introduction des réformes structurelles du Conseil de sécurité en 2002, l'hostilité de l'Afrique du Sud envers le Maroc et son intégrité territoriale s'est inscrite de façon structurelle dans sa politique étrangère, dépassant le simple opportunisme pour devenir quasi idéologique.

Même les efforts et initiatives personnels du président Mandela, qui s'efforçait de maintenir le dialogue et de reconnaître les liens historiques profonds unissant les deux pays, se sont avérés inefficaces pour infléchir cette trajectoire.

L'approche sud-africaine visait à isoler le Maroc de ses racines africaines et à monopoliser la représentation du continent africain au sein du Conseil de sécurité.

Ceci révèle un abandon des positions de principe et une instrumentalisation de la question du Sahara occidental à des fins de positionnement politique et stratégique.

Cette divergence prend une dimension supplémentaire lorsque Pretoria se tourne vers la Cour internationale de Justice au sujet de Gaza, au nom de la défense de causes justes, dans le cadre d'une manœuvre politique visant à créer une position morale qui transcende la légalité, d'autant plus que l'arrêt de l'agression reste la prérogative exclusive du Conseil de sécurité de l'ONU.

Par ce comportement, caractérisé par un « opportunisme » dans les relations internationales, l’Afrique du Sud a cherché à exploiter une question humanitaire extrêmement sensible à des fins politiques étroites, et à tenter d’influencer les positions de certains pays :

Dont le Maroc, en vertu de sa position de chef du Comité de Jérusalem et de son rôle indéfectible dans la protection des lieux saints et le soutien à la cause palestinienne.

Cependant, cette manœuvre s'est heurtée à une prise de conscience internationale croissante quant aux limites de cette exploitation politique étroite, ce qui a renforcé la crédibilité de l'approche équilibrée et responsable adoptée par le Maroc dans son soutien indéfectible aux droits légitimes du peuple palestinien.

Dans ce contexte de concurrence latente, la position de l'Afrique du Sud à l'égard du Maroc s'est durcie, visant à réduire ses chances de jouer un rôle de premier plan sur le continent.

Cela s'est manifesté dans ses prises de position au sein de l'Union africaine, où elle s'est opposée au retour du Maroc.

Ses efforts diplomatiques pour discréditer l'image du Maroc en tant qu'acteur stable et fiable en sont également la preuve.

Cette perception occulte toutefois la profondeur de la position du Maroc en Afrique, qui ne repose pas uniquement sur des considérations politiques conjoncturelles ou des intérêts économiques immédiats, mais avant tout sur une influence culturelle et spirituelle

Rendant difficile pour toute entité, aussi puissante soit-elle, de saper ce lien solidement établi.

À travers l'institution du Commandeur des Croyants, le Maroc a développé une présence spirituelle et culturelle influente au cœur de son Afrique, en diffusant les valeurs d'un islam modéré et en cultivant des liens soufis historiques qui, au fil des siècles, ont tissé des ponts humains et spirituels par-delà les frontières.

Ce capital immatériel a constitué un point d’entrée naturel pour renforcer l’implication du Maroc dans les projets de développement sur le continent, où sa présence ne s’est pas limitée à l’investissement économique, mais s’est étendue à l’investissement dans les populations africaines à travers le lancement d’initiatives de développement dans des secteurs et infrastructures vitaux, avec le transfert de capitaux et d’expertise sans exploitation ni réexportation des ressources naturelles des pays concernés, ce qui incarne un modèle marocain distinctif et unique.

Les actions de l'Afrique du Sud n'ont pas été sans conséquences, ses relations avec certaines grandes puissances s'étant refroidies dans un contexte de rééquilibrage des forces internationales.

Ceci confirme que les paris fondés sur l'exploitation de causes justes ne résistent pas longtemps au réalisme, où les faits s'imposent et où la clarté politique et diplomatique demeure l'option la plus stable et durable.


Mercredi 1 Avril 2026