Pourquoi l’école devient-elle un bureau de vote ?


Rédigé par le Mardi 22 Septembre 2026

Le 23 septembre, certaines écoles publiques marocaines ne résonneront pas des voix des élèves, mais de celles des électeurs. Dans les salles de classe habituellement consacrées aux cours, aux contrôles et aux récréations, des urnes prendront temporairement place. Les tableaux noirs laisseront leur espace aux listes électorales, les tables seront réorganisées et les isoloirs remplaceront, pour quelques heures, le quotidien scolaire.



Cette scène n’est pas nouvelle au Maroc. Lors de précédentes élections, des établissements scolaires publics ont été utilisés comme bureaux de vote. En 2021, notamment, des écoles publiques avaient été réquisitionnées et transformées en bureaux de vote dans plusieurs villes, dont Rabat, Salé et Kénitra. Le recours à ces établissements répond notamment à une logique de proximité : installer les bureaux de vote dans des lieux publics accessibles aux citoyens. Des rapports d’observation électorale ont également documenté l’utilisation d’écoles parmi les lieux accueillant des bureaux de vote.


Pour les législatives du 23 septembre 2026, les électeurs marocains sont appelés à renouveler les 395 membres de la Chambre des représentants. Le scrutin se déroulera sur l’ensemble du territoire national, tandis que les autorités ont commencé à informer les électeurs de l’emplacement de leur bureau de vote.


Mais derrière cette organisation pratique se trouve une image qui mérite de retenir l’attention : celle de l’école comme espace de citoyenneté.


L’école publique n’est pas seulement un bâtiment où l’on vient apprendre les mathématiques, l’histoire, les langues ou les sciences. Elle constitue aussi un espace collectif, partagé quotidiennement par des générations de Marocains. C’est là que beaucoup découvrent les premières règles de la vie en société : respecter une consigne, attendre son tour, écouter l’autre, travailler ensemble et comprendre que l’espace commun appartient à tous.


Le jour du scrutin, cette même école change de fonction sans perdre complètement son rôle symbolique. Elle devient un lieu où les adultes exercent un droit civique qu’ils ont souvent appris, au moins en partie, à comprendre lorsqu’ils étaient eux-mêmes élèves.


Le contraste est d’ailleurs intéressant. Dans une salle de classe, l’enfant apprend ce qu’est la citoyenneté. Quelques années plus tard, dans cette même salle ou dans une autre école, l’adulte peut être amené à l’exercer concrètement.


Le 23 septembre, l’urne installée dans une école publique rappellera ainsi que la démocratie
n’est pas uniquement une affaire de partis politiques, de candidats, de campagnes électorales ou de discours. Elle se matérialise aussi dans des lieux ordinaires, parfois très familiers : une école de quartier, une salle de classe, une cour habituellement occupée par les élèves.


Cette proximité n’est pas anodine. Pour les législatives de 2026, plus de 15,8 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales générales. Les électeurs âgés de 18 à 24 ans représentent 4 % des inscrits, tandis que les 25-34 ans en représentent 15 %. Pour une partie de cette population, l’école reste donc un espace particulièrement familier.


Il y a aussi quelque chose de symbolique dans le fait de fermer momentanément les portes de l’école aux élèves pour les ouvrir aux citoyens. Le temps d’une journée, l’établissement ne sert plus à transmettre des savoirs d’un professeur à ses élèves. Il accueille une autre forme d’apprentissage : celui de la participation à la vie publique.


Cela ne signifie évidemment pas que voter dans une école transforme automatiquement l’établissement en lieu d’éducation politique. Il ne faut pas confondre le lieu avec la pratique. Une urne dans une salle de classe ne suffit pas à rapprocher les citoyens de la politique, pas plus qu’elle ne garantit leur participation. Mais elle offre une image parlante : celle d’une institution publique au service d’une autre mission publique.


Le 23 septembre, les écoles utilisées comme bureaux de vote seront donc bien plus que de simples infrastructures mises à disposition pour les besoins de l’organisation électorale. Elles seront, temporairement, des espaces où se rencontrent deux dimensions essentielles de la vie collective : l’éducation et la citoyenneté.


Une fois les opérations terminées, les urnes disparaîtront, les isoloirs seront démontés et les salles retrouveront leurs tables, leurs chaises et leurs tableaux. Le lendemain, les élèves reprendront leurs cours comme si rien n’avait changé.


Pourtant, pendant une journée, leur école aura été un lieu où d’autres Marocains sont venus faire un choix qui concerne l’avenir de leurs institutions représentatives.

Et peut-être est-ce là toute la force de cette image : dans une école, on apprend à devenir citoyen ; dans l’école transformée en bureau de vote, on vient exercer cette citoyenneté.





Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec… En savoir plus sur cet auteur
Mardi 22 Septembre 2026
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