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Pourquoi l’opinion espagnole se crispe face au Maroc


Rédigé par le Vendredi 7 Août 2026

Un sondage publié en Espagne indique que 77,3 % des personnes interrogées considèrent le Maroc comme un « pays ennemi ». Ce chiffre, rapporté par une enquête pour La Razón, intervient dans un contexte de tension autour de Sebta et révèle un décalage entre rapprochement diplomatique et perception populaire.



Un chiffre politiquement lourd

Pourquoi l’opinion espagnole se crispe face au Maroc
Le chiffre est brutal. Selon un sondage NC Report réalisé pour le journal espagnol La Razón, 77,3 % des Espagnols interrogés considèrent que le Maroc se comporte comme un « pays ennemi ». Seuls 16,1 % rejetteraient cette affirmation, tandis que 6,6 % ne se prononceraient pas.

Il faut lire ce résultat avec prudence. Un sondage mesure une opinion à un moment donné, dans un contexte précis. Or cette enquête intervient dans la foulée d’une crise migratoire à Sebta, enclave occupée située sur le territoire africain et au cœur de tensions récurrentes entre Rabat et Madrid. Elle reflète donc autant une perception émotionnelle qu’un jugement stratégique durable.

Mais le signal est sérieux. Depuis 2022, les relations officielles entre le Maroc et l’Espagne se sont nettement réchauffées, notamment après le soutien du gouvernement espagnol au plan marocain d’autonomie pour le Sahara. Les échanges commerciaux ont atteint des niveaux élevés, la coopération sécuritaire reste dense et les liens humains sont profonds, avec une importante communauté marocaine installée en Espagne.

Le problème est que la diplomatie des États ne suffit pas toujours à transformer l’opinion publique. En Espagne, une partie du débat médiatique et politique présente régulièrement le Maroc à travers les angles de la migration, de Sebta et Melilia, de la pêche, de l’agriculture ou de la sécurité. Cette lecture peut nourrir une image conflictuelle, surtout lorsqu’elle est amplifiée par des discours nationalistes ou d’extrême droite.

Pour le Maroc, l’enjeu n’est pas seulement diplomatique. L’Espagne est un partenaire économique majeur, un voisin immédiat et un pont vers l’Europe. Une opinion espagnole durablement hostile peut compliquer les marges de manœuvre des gouvernements, notamment sur les dossiers migratoires, commerciaux ou territoriaux.

La réponse marocaine ne peut donc pas se limiter aux communiqués officiels. Elle doit aussi passer par la société civile, les médias, la culture, les étudiants, les entrepreneurs et les Marocains d’Espagne. Car l’image d’un pays se construit aussi dans les universités, les entreprises, les quartiers et les réseaux sociaux.

Entre Rabat et Madrid, les États se parlent. Le vrai défi, désormais, est que les sociétés cessent de se regarder avec méfiance.




Mamoune ACHARKI
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la... En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 7 Août 2026