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Pourquoi seuls deux hôpitaux marocains peuvent-ils importer des cornées des États-Unis ?


Par Dr Anwar CHERKAOUI - Expert en communication et journalisme de santé.

Une question de souveraineté sanitaire et d’équité d’accès aux soins :

Pour traiter un maximum de cécités évitables au Maroc, la solution est connue. Elle consisterait à autoriser les établissements accrédités, publics et privés, respectant un cahier des charges strict, à importer les cornées dans un cadre réglementaire clair et contrôlé.

Bouznika accueille ce samedi 28 février, une réunion scientifique sur le devenir des oculaires au Maroc.

Onze (11) associations et sociétés savantes participeront à soirée ramadanesque sur des thèmes très importants comme le don et la greffes de cornées pour traiter des cécités réversibles.



Au Maroc, environ cinq cents greffes de cornée sont réalisées chaque année pour traiter certaines formes de cécité réversible.

Ce chiffre reste modeste au regard des besoins réels du pays. Toutes les cornées greffées sont importées des États-Unis et payées en devises. Pourtant, seuls deux établissements hospitaliers disposent de l’autorisation d’importer ces greffons.

Dans le même temps, les centres hospitaliers universitaires, les hôpitaux publics et militaires ainsi que plusieurs cliniques spécialisées en ophtalmologie, dotées d’un plateau technique adapté et d’équipes expérimentées, ne sont pas autorisés à effectuer ces importations.

La question mérite d’être posée avec clarté et sans détour.

Selon le Dr Mohsine ELBAKKALI, représentant du Syndicat National des Ophtalmologistes Libéraux du Maroc, les besoins nationaux approcheraient les huit mille greffes annuelles, en se référant aux données de l’Organisation mondiale de la santé.

L’écart entre les besoins estimés et la réalité des interventions pratiquées est considérable. Il se traduit par des listes d’attente qui s’allongent et par des patients dont la vision se détériore progressivement alors qu’elle pourrait être restaurée.

Le Maroc ne prélève pratiquement plus de cornées localement.

La banque des yeux qui existait autrefois n’est plus opérationnelle. Le pays dépend donc quasi totalement de l’importation. Cette dépendance soulève plusieurs enjeux.

Elle pose une question de souveraineté sanitaire, car un pays qui dépend exclusivement de l’étranger pour une thérapeutique essentielle s’expose aux aléas d’approvisionnement.

Elle soulève également une question économique, puisque chaque greffon est payé en devises. Enfin, elle interroge l’équité d’accès aux soins, puisque la limitation du nombre d’établissements autorisés restreint mécaniquement la capacité nationale.

La restriction actuelle concentre l’autorisation d’importation entre les mains de deux structures.

Les autres établissements qualifiés demeurent en dehors du circuit. Il ne s’agit pas d’un problème de compétence médicale.

Le Maroc dispose d’ophtalmologistes formés et expérimentés capables de réaliser ces interventions selon les standards internationaux. Il s’agit d’un choix réglementaire et organisationnel.

Face à l’attente, certains patients disposant des moyens financiers choisissent de se faire opérer à l’étranger, notamment en Espagne ou en Tunisie.

Cette situation représente une fuite économique et révèle une inégalité d’accès aux soins.

Pour ceux qui ne peuvent pas voyager, la cécité progresse, souvent dans le silence.

Pour le Dr Mohsine ELBAKKALI et le Dr Mahmoud BACHIRI, la solution est connue.

Elle consisterait à autoriser les établissements accrédités, publics et privés, respectant un cahier des charges strict, à importer les cornées dans un cadre réglementaire clair et contrôlé.

Une telle décision permettrait d’augmenter rapidement la capacité nationale de greffe, de réduire les listes d’attente et de limiter le recours aux soins à l’étranger.

Le Maroc a été pionnier en matière de greffe de cornée dès les années cinquante et soixante.

Il a éradiqué le trachome et dispose d’experts reconnus. Pourtant, pour traiter une cécité évitable, il dépend aujourd’hui d’un circuit restreint d’importation.

Ce débat dépasse les considérations institutionnelles. Il concerne la santé publique et le droit à la lumière. La greffe de cornée n’est pas un luxe technologique.

C’est une chirurgie qui rend la vue. Et la vue ne devrait pas dépendre d’une autorisation limitée à deux établissements.

Par Dr Anwar CHERKAOUI.


Jeudi 26 Février 2026