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Quand la CGEM et Enabel réinventent l’insertion socio-économique des jeunes et des femmes au Maroc : une réponse stratégique à la précarité de l’emploi


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Vendredi 16 Janvier 2026

Dans un Maroc marqué par un chômage persistant des jeunes, une précarité d’emploi féminine alarmante et un secteur informel qui échappe à toute formalisation, la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) et l’Agence belge de coopération Enabel lancent une initiative ambitieuse pour transformer les fédérations sectorielles et les structures régionales en leviers d’insertion socio-économique. Ce programme s’inscrit dans le cadre du partenariat Maroc-Belgique 2024-2029 et a pour ambition de professionnaliser l’écosystème institutionnel au bénéfice des territoires et des populations vulnérables.



Quand la CGEM et Enabel réinventent l’insertion socio-économique des jeunes et des femmes au Maroc : une réponse stratégique à la précarité de l’emploi

Depuis Rabat à Casablanca, en passant par l’Oriental et le Haut Atlas, les défis restent inchangés : l’économie nationale doit créer des emplois décents pour des milliers de jeunes diplômés sans perspectives, tout en intégrant davantage de femmes dans le marché du travail formel. Les derniers chiffres disponibles confirment que l’emploi des jeunes et des femmes demeure structurellement fragile, avec des disparités régionales importantes. Dans ce contexte, la CGEM et Enabel dévoilent un programme structurant qui vise précisément à s’attaquer à ces lacunes institutionnelles.
 

Lancé officiellement en janvier 2026, le projet cible 9 fédérations sectorielles internes de la CGEM ainsi que 4 CGEM Régions, avec des interventions prévues dans les zones Centrale, Orientale et du Haut Atlas. L’objectif : renforcer leurs capacités organisationnelles, techniques et communicationnelles. Au cœur de cette stratégie se trouvent trois leviers d’action bien définis : un diagnostic approfondi des besoins en gouvernance et structuration, des formations-actions collectives adaptées et un coaching personnalisé pour assurer un ancrage durable des compétences.
 

Ce faisant, les fédérations déjà au centre de la structuration des filières économiques marocaines sont appelées à jouer un rôle amplifié dans la création d’opportunités pour les jeunes et les femmes. Pour beaucoup d’entre elles pourtant, leurs actions restent aujourd’hui limitées par un manque de visibilité, une difficulté à mobiliser ressources et partenaires, et une gouvernance interne encore perfectible. Cette initiative espère lever ces obstacles et convertir ces organisations en plateformes dynamiques d’intégration socio-économique.
 

Dans une anecdote révélatrice, une entrepreneure de Fès nous confiait récemment combien l’absence de structures d’appui locales fortes avait freiné son accès aux marchés et aux financements. Son témoignage illustre un constat partagé par de nombreux jeunes porteurs de projets à travers le Royaume : sans accompagnement institutionnel solide, les talents locaux restent trop souvent sous-exploités.
 

Ce programme s’inscrit également dans la logique du nouveau cadre de coopération bilatérale Maroc-Belgique pour la période 2024-2029, qui met l’accent sur l’inclusion économique, la qualité du travail et la reconstruction sociale, en particulier dans les zones touchées par le séisme dévastateur du 8 septembre 2023.
 

Deux piliers structurent l’intervention : l’amélioration des compétences qu’elles soient professionnelles, entrepreneuriales ou transversales et la promotion de conditions de travail décentes, notamment à travers la formalisation progressive du secteur informel, le renforcement du dialogue social et l’accès à la protection sociale. En renforçant l’employabilité tout en améliorant les standards du travail, le projet veut s’attaquer simultanément à l’offre et à la demande d’un marché du travail trop souvent dysfonctionnel.
 

Ce partenariat stratégique entre la CGEM et Enabel intervient à un moment charnière de l’histoire économique du Maroc. Le pays aspire à transformer sa croissance en emplois durables et inclusifs, et ce programme peut devenir un capital institutionnel précieux dans cette transition sociale. Comme l’a souligné un expert en développement local, « la véritable innovation ne réside pas seulement dans les financements, mais dans la capacité à catalyser des réseaux d’acteurs mobilisés pour une stratégie collective ».


En fin de compte, au-delà de la gouvernance et des formations, ce projet se veut un pari : celui de faire des fédérations sectorielles et des CGEM Régions des hubs d’opportunités vivantes dans chaque territoire. Si cette vision parvient à s’ancrer durablement, c’est tout le paysage socio-économique marocain qui pourrait se transformer, avec des jeunes mieux insérés, des femmes mieux représentées et des territoires plus résilients face aux défis de demain.





Vendredi 16 Janvier 2026