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Quand la radiologie fait parler les preuves : ces énigmes criminelles que l'imagerie médicale a permis de résoudre.


Par Dr BOUMEHDI Bounhir - Médecin radiologue.

Longtemps perçue comme une discipline exclusivement consacrée au diagnostic des maladies, la radiologie s'est progressivement imposée comme un acteur discret mais déterminant de la justice moderne.



Scanner, IRM, radiographie conventionnelle, reconstruction tridimensionnelle ou angiographie ne servent plus uniquement à sauver des vies.

Ils permettent également de reconstituer des scènes de crime, d'identifier des victimes, de confondre des criminels et parfois même d'innocenter des personnes injustement soupçonnées.

À travers le monde, de nombreuses affaires criminelles ont été résolues grâce aux progrès de l'imagerie médicale. Cette discipline est devenue un maillon essentiel de la médecine légale, au point que certains experts parlent désormais de « radiologie judiciaire ».

Au Maroc, où les techniques d'imagerie connaissent un développement remarquable dans les centres hospitalo-universitaires et plusieurs établissements spécialisés, cette expertise pourrait jouer un rôle de plus en plus important dans les investigations pénales.

Le meurtre constitue probablement le domaine où la radiologie apporte les preuves les plus spectaculaires. Lorsqu'un corps est retrouvé dans des circonstances suspectes, le scanner post-mortem permet de visualiser avec une précision exceptionnelle les fractures, les projectiles, les armes blanches restées dans l'organisme ou encore les lésions internes invisibles à l'œil nu.

Les images permettent de reconstituer la trajectoire d'une balle, de déterminer la direction des coups et parfois même la position de l'agresseur au moment des faits.

Une affaire survenue en Europe illustre parfaitement cette contribution.

Un homme est retrouvé mort dans son domicile et la thèse d'une chute accidentelle est d'abord privilégiée.

Le scanner post-mortem révèle finalement un projectile de petit calibre profondément logé dans le crâne, totalement invisible lors de l'examen externe. Cette découverte transforme immédiatement l'enquête en affaire d'homicide et conduit quelques semaines plus tard à l'identification de l'auteur.

Dans le contexte marocain, une telle expertise pourrait être réalisée dans les services de radiologie des CHU ou des centres experts de radiologie en étroite collaboration avec les médecins légistes, la Direction Générale de la Sûreté Nationale, la Gendarmerie Royale et les autorités judiciaires.

Les enquêtes portant sur des vols peuvent elles aussi bénéficier de l'imagerie médicale. Des bijoux, des diamants, des lingots d'or miniatures ou d'autres objets de valeur sont parfois avalés volontairement afin d'échapper aux contrôles policiers ou douaniers. Une simple radiographie abdominale permet alors de localiser immédiatement ces objets et d'apporter une preuve scientifique difficilement contestable.

Un exemple fréquemment rapporté concerne des passeurs arrêtés dans des aéroports internationaux après que des examens radiologiques ont mis en évidence plusieurs dizaines de capsules ou d'objets métalliques dissimulés dans leur tube digestif.

Sans l'imagerie médicale, ces preuves auraient été particulièrement difficiles à établir. Les affaires de disparition et de kidnapping représentent un autre domaine où la radiologie joue un rôle déterminant. Plusieurs années après une disparition, des ossements peuvent être découverts sans qu'il soit possible de connaître immédiatement leur identité.

Les scanners tridimensionnels permettent alors de comparer les anciennes radiographies de la personne disparue avec les caractéristiques anatomiques du squelette retrouvé.

Une fracture ancienne, une prothèse, une scoliose ou une anomalie congénitale peuvent suffire à établir une identification formelle.

Cette méthode est aujourd'hui utilisée dans plusieurs pays lors des enquêtes sur des disparitions anciennes ou des catastrophes collectives.

Avec la numérisation progressive des dossiers médicaux au Maroc, ce type de comparaison pourrait devenir un outil d'une efficacité remarquable. Les violences sexuelles constituent également un domaine où l'imagerie apporte une contribution précieuse.

Si l'examen clinique demeure indispensable, l'IRM et le scanner permettent parfois de mettre en évidence des traumatismes profonds, des hématomes ou des fractures invisibles à l'examen externe.

Ces éléments viennent compléter les constatations médico-légales et renforcer la valeur scientifique des expertises présentées devant les juridictions. L'imagerie médicale joue également un rôle majeur dans l'identification des victimes de catastrophes aériennes, ferroviaires ou de séismes.

Les implants orthopédiques, les prothèses articulaires, les appareils dentaires ou les stimulateurs cardiaques constituent une véritable signature radiologique propre à chaque individu.

La comparaison avec les examens réalisés du vivant de la personne permet souvent une identification rapide et fiable.

Le Maroc, confronté ces dernières années à plusieurs catastrophes naturelles et accidents majeurs, pourrait tirer un bénéfice considérable du développement de cette discipline en renforçant les capacités nationales de radiologie médico-légale.

L'émergence de l'intelligence artificielle ouvre aujourd'hui de nouvelles perspectives. Les algorithmes sont capables d'aider les experts à détecter automatiquement certaines fractures, à reconstituer des trajectoires balistiques complexes ou à comparer en quelques secondes des milliers d'images médicales.

L'intelligence artificielle ne remplacera jamais l'expertise humaine, mais elle deviendra sans doute un outil d'aide à la décision de plus en plus performant. Le développement de la radiologie médico-légale représente désormais un enjeu stratégique pour le système judiciaire marocain.

La création d'unités spécialisées au sein des centres hospitalo-universitaires, le renforcement de la formation des radiologues et des médecins légistes, ainsi que l'acquisition de scanners dédiés aux expertises post-mortem permettraient au Royaume de disposer d'un dispositif moderne répondant aux standards internationaux.

La radiologie ne se limite donc plus à établir un diagnostic ou à guider un traitement.

Elle participe désormais à la manifestation de la vérité, à la protection des victimes, à la lutte contre l'impunité et au renforcement de la confiance dans la justice.

Dans bien des affaires criminelles, une image médicale vaut parfois davantage que de longs témoignages. Elle constitue une preuve scientifique, objective et silencieuse, mais dont la force peut être décisive pour faire éclater la vérité.

Mercredi 5 Août 2026



Rédigé par La rédaction le Mercredi 5 Août 2026