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Qui tient l’aiguille de la troisième voie de l’IA ?

Wald Maâlam relit les ambitions de la France et du Maroc à la lumière de la souveraineté numérique.


Par Dr Az-Eddine Bennani.

La France revendique une troisième voie de l’intelligence artificielle. Le Maroc, lui aussi, affirme sa volonté d’ouvrir une trajectoire souveraine, inclusive et enracinée dans ses réalités. Wald Maâlam pose alors la question essentielle : la troisième voie est-elle française, marocaine, ou peut-elle devenir un espace partagé de responsabilité ?

Depuis quelque temps, une expression revient avec insistance dans les débats sur l’intelligence artificielle : la troisième voie. La France parle d’une troisième voie de l’IA. Le Maroc, lui aussi, affirme progressivement sa volonté d’incarner une troisième voie du digital et de l’intelligence artificielle.

La question mérite donc d’être posée clairement : qui porte réellement cette troisième voie ? La France ? Le Maroc ? Ou les deux, chacun à partir de son histoire, de ses contraintes et de ses ambitions ?



Wald Maâlam, par la voix des analyses du Dr Az-Eddine Bennani, regarde cette question avec attention.

Il ne s’agit pas ici d’opposer deux pays amis, ni de distribuer des certificats de souveraineté. Il s’agit plutôt de comprendre ce que signifie réellement « troisième voie » lorsque l’on parle d’IA. La France se positionne depuis plusieurs années comme l’un des pays européens les plus actifs dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Elle dispose d’atouts réels : une tradition scientifique forte, des écoles d’ingénieurs reconnues, des chercheurs de haut niveau, des entreprises technologiques émergentes, une capacité énergétique importante et une volonté politique de ne pas laisser l’IA mondiale se résumer au face-à-face entre les États-Unis et la Chine.

Cette ambition française s’inscrit dans une perspective plus large : celle d’une Europe qui cherche à proposer une IA compatible avec les droits fondamentaux, la transparence, la régulation, la responsabilité et la protection des citoyens. Mais Wald Maâlam observe aussi une tension.

D’un côté, la France veut parler de souveraineté, de valeurs, de régulation et d’indépendance stratégique.

De l’autre, elle doit composer avec les infrastructures cloud, les modèles de fondation, les capitaux, les alliances industrielles et les plateformes dominantes, souvent largement contrôlés par des acteurs non européens.

La troisième voie française est donc une voie ambitieuse, mais encore traversée par une contradiction : comment être souverain dans un écosystème technologique dont une partie essentielle reste dépendante d’acteurs globaux ?

Le Maroc, lui aussi, parle désormais d’une troisième voie de l’IA. Cette troisième voie marocaine ne peut pas être une simple copie du modèle français, européen, américain ou chinois.

Elle doit partir d’une autre réalité : celle d’un pays africain, méditerranéen, arabe, amazigh, ouvert sur l’Europe, connecté au Sud global, confronté aux défis de l’éducation, de l’emploi, de l’administration, de la langue, des territoires, de l’inclusion numérique et de la souveraineté des données.

Là où la France parle souvent d’IA à partir de la puissance scientifique, industrielle et réglementaire, le Maroc doit parler d’IA à partir de la transformation systémique : école, université, administration, santé, agriculture, PME, artisanat, culture, jeunesse, langues nationales, services publics et cohésion sociale.

Pour Wald Maâlam, la troisième voie marocaine ne peut donc pas être seulement technologique. Elle doit être humaine, éducative, culturelle, territoriale et sociale.

Elle doit poser des questions simples : qui forme les citoyens ? Qui maîtrise les données ? Qui protège les langues ? Qui accompagne les petites entreprises ? Qui évite que l’IA ne creuse davantage les inégalités ? Qui garantit que l’IA serve le développement et non seulement la communication institutionnelle ?

La question de Wald Maâlam est volontairement dérangeante : qui est la troisième voie ? La France ou le Maroc ? La réponse ne peut pas être binaire. La France peut incarner une troisième voie dans le monde occidental, face aux modèles américain et chinois. Elle peut défendre une IA régulée, responsable, industrielle, européenne, appuyée sur la recherche, les talents et les infrastructures.

Elle a les moyens scientifiques, diplomatiques et économiques de porter ce discours. Mais le Maroc peut incarner une autre troisième voie : celle d’un pays du Sud qui refuse à la fois la dépendance technologique passive, l’imitation institutionnelle et la consommation naïve des outils d’IA. Une voie qui cherche à articuler souveraineté numérique, inclusion sociale, formation, culture, développement territorial et coopération Sud-Sud.

Autrement dit, la France propose peut-être une troisième voie géopolitique et industrielle. Le Maroc peut proposer une troisième voie systémique, inclusive et civilisationnelle.

La France dit : comment rester maître de notre destin technologique dans la compétition mondiale ?

Le Maroc peut dire : comment faire de l’IA un levier de développement humain, de souveraineté cognitive et de transformation sociale ? Ces deux questions ne s’opposent pas. Elles se complètent.

La formule « qui tient l’aiguille ? » n’est pas seulement une image. Elle renvoie à l’univers de Wald Maâlam, développé dans De l’aiguille au digital, où l’aiguille symbolise à la fois le geste, la maîtrise, la transmission et la responsabilité.

Dans le monde artisanal, celui qui tient l’aiguille ne se contente pas d’exécuter. Il comprend la matière, connaît le geste, respecte le temps, transmet le savoir et assume la qualité de ce qu’il produit.

Appliquée à l’intelligence artificielle, cette image devient une question stratégique : qui conçoit, qui comprend, qui gouverne et qui assume les effets des systèmes que nous déployons ?

C’est là que la pensée de Wald Maâlam rejoint la question de la souveraineté numérique. Une IA souveraine ne consiste pas seulement à disposer d’un outil local, d’une plateforme nationale ou d’un discours institutionnel.

Elle suppose une capacité réelle à comprendre les algorithmes, à gouverner les données, à former les compétences, à auditer les systèmes et à maîtriser les dépendances invisibles.

Tenir l’aiguille, aujourd’hui, c’est ne pas se contenter d’utiliser des outils importés. C’est comprendre la logique des algorithmes. C’est distinguer l’intelligence humaine du calcul statistique. C’est former des femmes et des hommes capables de concevoir, d’adapter, de critiquer et de gouverner les usages de l’IA.

C’est éviter que la souveraineté ne soit réduite à une interface locale posée sur des dépendances invisibles. La France a besoin de tenir son aiguille face aux géants américains et chinois. Le Maroc a besoin de tenir la sienne face aux dépendances technologiques, linguistiques, éducatives et économiques.

La troisième voie ne doit donc pas devenir une compétition symbolique entre la France et le Maroc. Elle peut devenir un espace de dialogue. La France peut apporter son expérience scientifique, réglementaire, industrielle et européenne.

Le Maroc peut apporter son ancrage africain, sa position méditerranéenne, sa capacité de passerelle, son expérience de terrain, sa jeunesse, ses langues, ses territoires et son besoin d’une IA réellement inclusive.

Dans cette perspective, la troisième voie ne serait ni exclusivement française, ni exclusivement marocaine. Elle serait franco-marocaine, euro-africaine, méditerranéenne et sud-globale.

Mais à une condition : que le Maroc ne soit pas seulement un marché, un terrain d’expérimentation ou un relais vers l’Afrique. Il doit être reconnu comme un producteur d’idées, de modèles, de méthodes, de talents et de visions.

Wald Maâlam ne croit pas aux slogans.

Il se méfie des expressions séduisantes lorsqu’elles deviennent des formules de communication.

Une « troisième voie » ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se construit par les compétences. Elle se construit par les institutions. Elle se construit par l’éducation. Elle se construit par la donnée. Elle se construit par la recherche. Elle se construit par la capacité à produire, auditer, comprendre et gouverner les systèmes d’IA.

La troisième voie ne peut pas être seulement un discours de souveraineté. Elle ne peut pas être seulement une politique d’infrastructures. Elle ne peut pas être seulement une régulation. Elle ne peut pas être seulement une vitrine technologique. Elle doit être une voie de responsabilité. Responsabilité envers les citoyens. Responsabilité envers les jeunes.

Responsabilité envers les langues et les cultures. Responsabilité envers les entreprises. Responsabilité envers les territoires. Responsabilité envers la connaissance. Responsabilité envers l’Afrique et le monde méditerranéen. La France parle de troisième voie de l’IA. Le Maroc parle aussi de troisième voie.

Wald Maâlam répond : très bien. Mais alors, donnons un contenu réel à cette expression. La France peut porter une troisième voie de puissance régulée. Le Maroc peut porter une troisième voie de souveraineté inclusive.

Ensemble, ils peuvent construire une troisième voie plus complète : une IA qui ne soit ni soumission au marché, ni contrôle autoritaire, ni simple imitation réglementaire, mais un projet humain, systémique et responsable.

Wald Maâlam le dirait simplement : la troisième voie n’est pas celle de celui qui parle le plus fort. C’est celle de celui qui sait encore tenir l’aiguille, transmettre le geste, comprendre la matière et assumer la responsabilité de ce qu’il fabrique.

Par Dr Az-Eddine Bennani.


Lundi 25 Mai 2026