Le départ de Nabil Kouki du Raja Casablanca intervient dans un contexte marqué par des divergences autour de l’organisation sportive du club. Selon une source proche du technicien, citée par Hespress, l’entraîneur aurait à plusieurs reprises alerté la direction sur le manque de clarté concernant les responsabilités respectives de l’entraîneur et du directeur sportif.
Le technicien aurait notamment demandé une définition plus précise des prérogatives de chacun, sans qu’un compromis satisfaisant puisse finalement être trouvé.
Au-delà du cas du Raja, cet épisode soulève une problématique plus large au sein du football marocain : celle de la place du directeur sportif dans les clubs professionnels. Encore relativement récente au Maroc, cette fonction tend progressivement à s’imposer dans les structures sportives, mais ses contours restent parfois difficiles à définir.
Deux fonctions, des responsabilités distinctes
Pour l’entraîneur marocain Abderrahim Taleb, la relation entre le coach et le directeur sportif doit reposer sur une collaboration étroite, mais également sur une séparation claire des responsabilités.
L’entraîneur est notamment chargé de définir les besoins de son équipe et les profils de joueurs recherchés. Le directeur sportif intervient ensuite pour transformer ces besoins en stratégie de recrutement, identifier les joueurs correspondant aux critères fixés et étudier les possibilités financières et contractuelles.
Par exemple, si un entraîneur souhaite recruter un défenseur central rapide, capable de jouer haut et de relancer sous pression, le directeur sportif doit rechercher les profils répondant à ces critères, puis les proposer au staff et à la direction.
Son rôle ne se limite toutefois pas au recrutement. Le directeur sportif est également appelé à participer à la définition du projet sportif à moyen et long terme, à assurer la cohérence entre l’équipe première, la réserve et les catégories de formation, ainsi qu’à suivre les contrats et l’évolution des joueurs.
L’entraîneur conserve, de son côté, la responsabilité du domaine sportif quotidien : préparation tactique, entraînements, choix du système de jeu, composition de l’équipe et gestion du groupe.
Pour Taleb, le directeur sportif ne doit donc pas
intervenir dans les décisions relevant directement du travail du technicien, notamment la composition de l’équipe, les choix tactiques ou les consignes données aux joueurs. Les deux fonctions doivent être pensées comme complémentaires et non concurrentes.
Une fonction encore en construction au Maroc
Du côté du CODM, son directeur sportif Hassan Moumen estime qu’une partie des difficultés rencontrées par les clubs marocains s’explique justement par le caractère encore récent de cette fonction.
Les responsabilités attribuées au directeur sportif peuvent en effet varier fortement selon les clubs et les modèles adoptés. Dans certains systèmes, l’entraîneur dispose d’un poids important dans le recrutement et peut avoir le dernier mot sur les arrivées. Dans d’autres, il définit les profils recherchés tandis que le directeur sportif se charge de les identifier, de négocier avec les joueurs et de présenter différentes options au staff.
Dans son expérience au CODM, Moumen privilégie la concertation avec l’entraîneur afin d’identifier les joueurs susceptibles d’apporter une réelle plus-value à l’équipe, tout en tenant compte des contraintes budgétaires du club.
Mais le directeur sportif doit également regarder au-delà de la saison en cours. Son rôle consiste aussi à anticiper les besoins futurs, à préparer les renouvellements d’effectif et à garantir une certaine continuité dans le projet sportif.
Clarifier les rôles pour éviter les conflits
Les différentes approches convergent finalement vers un même constat : la réussite du tandem entraîneur-directeur sportif dépend avant tout de la clarté des responsabilités de chacun.
Le problème ne réside donc pas nécessairement dans l’existence de deux fonctions au sein d’un même club, mais dans l’absence éventuelle de frontières clairement établies entre leurs missions.
L’entraîneur doit conserver la maîtrise du domaine technique et tactique, tandis que le directeur sportif doit inscrire son travail dans une vision plus globale, allant du recrutement à la construction de l’effectif, en passant par la planification sportive à long terme.
Le cas Nabil Kouki au Raja Casablanca illustre ainsi une problématique appelée à prendre de l’importance avec la professionnalisation croissante du football marocain : comment instaurer un véritable partage des responsabilités sans créer de zones de confrontation entre ceux qui construisent le projet sportif et ceux qui le mettent en œuvre sur le terrain ?