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RNI : beaucoup de promesses, mais où sont les garanties car les Marocains ont de la mémoire

En politique, on peut toujours annoncer un nouveau départ. Mais on ne fait pas oublier cinq années à la primature avec un simple programme électoral.


Rédigé par le Samedi 4 Juillet 2026

Avec son programme 2026-2031, le RNI promet un million d’emplois, des aides indexées sur l’inflation et une nouvelle étape de l’État social. Sur le papier, l’ambition est vaste. Dans la réalité, elle appelle surtout des chiffres, un calendrier et des comptes à rendre.



À l’approche des législatives de 2026, le Rassemblement national des indépendants a choisi un slogan qui résume son ambition : « Dignité et opportunités pour tous ».

RNI : beaucoup de promesses, mais où sont les garanties car les Marocains ont de la mémoire
La formule est bien trouvée. Elle parle aux ménages qui voient leur pouvoir d’achat se fragiliser, aux jeunes qui cherchent un premier emploi, aux retraités qui redoutent l’érosion de leurs pensions, aux familles qui s’inquiètent pour l’école, l’hôpital ou l’eau.

Le programme 2026-2031 du RNI repose sur trois grands piliers : préserver le pouvoir d’achat, renforcer les services publics et ramener le chômage sous les 9 %, avec la promesse d’un million d’emplois créés. Le parti revendique ainsi le passage d’un État social d’assistance à un « État accompagnateur », censé aider les citoyens à devenir plus autonomes économiquement.

L’intention est louable. Mais elle ne suffit pas. Car à ce stade, le programme ressemble davantage à une architecture de promesses qu’à une feuille de route entièrement chiffrée. Or, quand on promet simultanément davantage d’aides, davantage de santé, davantage d’école, davantage d’investissements, davantage de soutien à l’emploi et davantage de protection contre l’inflation, une question finit toujours par s’imposer : avec quels moyens, dans quel ordre, et selon quels résultats mesurables ?

Le RNI sait que l’époque ne se prête plus aux promesses vagues. Les Marocains ont appris à écouter les annonces avec une prudence nouvelle. Ils ne demandent plus seulement ce qui sera fait. Ils demandent quand, pour qui, et avec quelle garantie que le dispositif ne restera pas bloqué entre une déclaration politique et une circulaire administrative.

Le premier axe du programme concerne le pouvoir d’achat. Le RNI annonce l’indexation automatique du soutien social direct sur l’inflation, avec un mécanisme qui prendrait notamment en compte le poids des prix de l’énergie et de l’électricité. Le parti évoque près de quatre millions de ménages concernés, soit environ douze millions de personnes. Il prévoit aussi une hausse du SMIG, un alignement progressif du SMAG, une revalorisation des retraites et un crédit d’impôt pouvant atteindre cinq mille dirhams par enfant pour les frais de scolarité.

L’ensemble est politiquement habile. Il cherche à parler à plusieurs Maroc à la fois : les ménages vulnérables, les salariés, les retraités, les agriculteurs, les familles de la classe moyenne et les travailleurs de l’informel. C’est précisément là que le doute commence. Une politique sociale ne se juge pas uniquement à la générosité de ses annonces, mais à la précision de ses mécanismes.

À partir de quel niveau d’inflation les aides seront-elles révisées ?
Quelle sera la formule de calcul ?
L’indexation concernera-t-elle tous les bénéficiaires de la même manière ?
Quel sera le coût annuel de cette mesure pour les finances publiques ?
Et que deviendra-t-elle si les recettes budgétaires ralentissent ou si les dépenses imprévues augmentent ?


Le crédit d’impôt scolaire pose une autre question. Il peut soulager une partie de la classe moyenne, mais il suppose que les ménages soient effectivement imposables et en capacité de bénéficier de ce mécanisme. Or, les familles les plus fragiles, souvent les plus exposées au coût de la scolarité, ne sont pas nécessairement celles qui profitent le plus facilement d’un crédit d’impôt. Autrement dit, une mesure peut être juste dans son principe tout en restant socialement inégale dans ses effets.

Le programme prévoit aussi un compte d’épargne simplifié destiné notamment aux travailleurs du secteur informel, avec une contribution de l’État de 0,25 dirham pour chaque dirham épargné.

L’idée mérite attention. Elle reconnaît enfin que des millions de Marocains travaillent, produisent et consomment sans avoir accès aux mêmes protections que les salariés déclarés. Mais là encore, la difficulté sera moins de créer le produit que d’installer la confiance.

Comment convaincre un travailleur précaire de bloquer une partie de son argent pendant vingt-quatre mois ?
Comment éviter que ce dispositif ne devienne une belle formule technocratique, inaccessible à ceux qui vivent au jour le jour ?


Le deuxième volet du programme porte sur les services publics : eau, énergie, éducation, santé. En d’autres termes, tout ce qui structure la vie quotidienne et nourrit aujourd’hui une grande partie de la frustration sociale.

Sur l’eau, le RNI promet d’accélérer les barrages, le dessalement, les transferts interbassins, la collecte des eaux pluviales et l’irrigation localisée. Difficile de contester la priorité. Le Maroc ne peut plus traiter l’eau comme un simple dossier technique. Elle est devenue un enjeu de souveraineté, d’agriculture, d’industrie, de santé publique et d’équilibre territorial. Mais ici aussi, les citoyens ont déjà entendu beaucoup d’annonces. Ils voudront savoir quels projets seront livrés, à quelle date, dans quelles régions, et avec quel impact réel sur les coupures, les pertes de réseau et le coût de l’eau.

Sur l’énergie, le programme annonce un accès à l’autoproduction solaire sans apport financier initial pour les ménages, les remboursements devant être couverts progressivement par les économies réalisées sur la facture. L’idée est séduisante. Elle peut même devenir un levier social et écologique puissant. Mais elle suppose une ingénierie financière solide, une réglementation claire, des installateurs fiables et une protection des consommateurs contre les équipements de mauvaise qualité ou les crédits déguisés. Le solaire domestique ne doit pas devenir une nouvelle promesse où la facture baisse seulement dans les brochures.

L’éducation et la santé occupent, sans surprise, une place majeure. Généralisation des écoles pionnières, réduction de moitié du décrochage scolaire, multiplication des universités, renforcement du transport rural, achèvement des Cités des métiers et des compétences : le programme annonce beaucoup. En santé, il promet notamment les groupements sanitaires territoriaux, le médecin de famille, des agents de santé en milieu rural, des CHU, des centres de soins rénovés, des unités mobiles, un numéro d’urgence médicale et un déploiement progressif du tiers payant dans le public.

Mais il faut être sérieux : l’école et l’hôpital ne se réforment pas par addition de structures.

Le Maroc connaît déjà la liste des urgences. Ce qui manque souvent, ce ne sont pas les diagnostics, mais les ressources humaines, la gouvernance locale, l’évaluation indépendante et la continuité dans l’exécution. Une école pionnière n’est pas un miracle si les enseignants ne sont pas accompagnés. Un hôpital neuf ne règle rien s’il manque de médecins, d’infirmiers, d’équipements ou de rendez-vous accessibles. Un numéro d’urgence ne sauve personne si l’ambulance arrive trop tard.

Enfin, le cœur politique du programme reste l’emploi. Le RNI vise un million de créations sur la période 2026-2031 : 300 000 dans l’industrie, 250 000 dans le numérique, 150 000 dans l’agriculture et le monde rural, 100 000 dans le tourisme, 100 000 dans l’artisanat et les services, et 100 000 grâce aux grands chantiers liés à la Coupe du monde 2030. Le parti annonce également une politique d’insertion pouvant concerner jusqu’à 250 000 personnes par an.

Un million d’emplois : le chiffre est rond, mobilisateur, facile à retenir. Peut-être trop facile. Il faudrait d’abord savoir de quoi l’on parle.

S’agit-il de créations nettes ou d’emplois bruts ?
De contrats durables ou de missions temporaires ?
D’emplois déclarés, avec protection sociale, ou d’activités précaires intégrées dans les statistiques ?


Les grands événements et les grands chantiers créent souvent des emplois, mais ils peuvent aussi produire une main-d’œuvre provisoire, peu qualifiée et rapidement remplacée une fois les travaux terminés.

Le programme prévoit aussi une allocation de retour à l’emploi plus généreuse, étendue jusqu’à douze mois, ainsi qu’un régime pour les travailleurs saisonniers. Ces annonces répondent à une réalité sociale. Mais elles posent une autre question : l’État veut-il seulement mieux accompagner les périodes de chômage, ou est-il capable de transformer durablement la structure du marché du travail ?

Car le chômage ne recule pas par décret. Il baisse lorsque l’investissement productif augmente réellement, lorsque les PME accèdent au financement, lorsque la formation correspond aux besoins des entreprises, lorsque l’informel se réduit et lorsque les territoires disposent d’opportunités comparables. La Coupe du monde 2030 peut offrir une impulsion. Elle ne peut pas devenir l’alibi d’une stratégie d’emploi entière.

Le RNI a donc présenté un programme ambitieux, dense, parfois cohérent dans ses priorités. Mais cette ambition doit désormais accepter l’épreuve la plus simple et la plus exigeante : celle de la vérification.

Les électeurs ne devraient pas se contenter d’un catalogue. Ils doivent demander un chiffrage global, des sources de financement, un calendrier précis, des indicateurs publics et un bilan annuel. Car promettre la dignité est facile. La garantir, pour tous, dans chaque région et sur la durée, est autrement plus difficile.

C’est là que commencera le vrai débat électoral.

​Les Marocains ont de la mémoire.

En 2021, le RNI avait déjà beaucoup promis, peut-être trop : emploi, pouvoir d’achat, services publics, efficacité économique. Depuis, il a gouverné et présidé le gouvernement. Il ne peut donc pas aborder cette nouvelle campagne comme s’il arrivait de l’extérieur, libre de tout bilan et de toute responsabilité.

Cette fois-ci, les promesses ne suffiront pas à effacer les attentes déçues, les retards ressentis ou les difficultés vécues au quotidien. Le parti devra convaincre non par la force des slogans, mais par la précision de ses engagements, la sincérité de son autocritique et la preuve que ce qui n’a pas été réalisé hier pourra réellement l’être demain.

Car en politique, on peut toujours annoncer un nouveau départ. Mais on ne fait pas oublier cinq années à la primature avec un simple programme électoral.

Chiche, Monsieur Mohamed Chouki, pour ces quatre boucliers annoncés contre la vie chère :

Une aide sociale réellement indexée sur l’inflation, une épargne enfin accessible aux travailleurs de l’informel, des salaires et pensions revalorisés, et un crédit d’impôt scolaire qui soulagerait les familles de la classe moyenne.

Sur le principe, difficile de ne pas applaudir : ce sont précisément les fragilités qui usent aujourd’hui le quotidien de millions de Marocains. Mais un bouclier ne protège que s’il est solide, financé et accessible. À quel seuil l’indexation sera-t-elle déclenchée ? Quel budget garantira la hausse des aides lorsque les prix s’emballent ? Comment un travailleur informel, qui vit parfois au jour le jour, pourra-t-il épargner durablement ? Et le crédit d’impôt bénéficiera-t-il aussi à ceux qui paient peu ou pas d’impôt ?

Les Marocains ne demandent pas l’impossible : ils attendent des dates, des montants, des critères simples et, surtout, la certitude que ces promesses ne finiront pas, elles aussi, estampillées « en attente ».




Samedi 4 Juillet 2026