C’est dans une salle du Parlement légèrement animée que Zakia Driouich, secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, a dû répondre à une question qui pèse sur le quotidien des consommateurs : comment garantir l’approvisionnement du poisson à l’approche du Ramadan ? Sa réponse a tenté de conjuguer réalisme et anticipation, en mobilisant plusieurs leviers à la fois.
« Nous avons anticipé la demande et mis en place un ensemble de mesures concrètes », a‑t‑elle assuré, en insistant sur la coordination entre son département, le ministère de l’Industrie et les professionnels du secteur. L’objectif affiché est clair : éviter que la ressource halieutique ne se raréfie et que les prix ne s’envolent, mettant à mal le pouvoir d’achat des familles.
L’une des principales réponses apportées concerne la gestion du repos biologique des poissons pélagiques, période durant laquelle la pêche est réglementairement suspendue pour permettre au stock de se reconstituer. La reprise progressive de la flotte est programmée à partir du 15 février, visant à réinjecter du poisson sur le marché de façon régulière, tout en préservant l’écosystème marin.
Mais face à des projections de déficit importantes pour l’année en cours, le gouvernement a pris une autre mesure plus sensible socialement : le gel des exportations de sardines congelées à partir du 1ᵉʳ février, pour une durée de douze mois. Cette décision vise à prioriser l’approvisionnement national et à freiner la hausse des prix, alors que la sardine représente une part écrasante des captures de petits pélagiques au Maroc.
Cette mesure s’accompagne également d’une obligation de licence pour toute exportation de sardines fraîches ou congelées, instaurée par le ministère de l’Industrie et du Commerce, signe d’un recentrage fort de la politique publique vers la consommation intérieure.
Un autre volet clé de la stratégie est l’initiative « Poisson à prix raisonnable », qui en sera à sa 8ᵉ édition cette année. Lancée en 2019, cette opération ambitionne de distribuer directement aux consommateurs des volumes importants de poisson à des tarifs encadrés, en complément de l’offre du marché traditionnel. Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : de 400 tonnes distribuées à son lancement à plus de 4 000 tonnes en 2025, avec un objectif de 5 000 tonnes pour 2026, couvrant désormais 12 régions du Royaume.
« Nous avons mis l’accent sur la sardine congelée, car c’est le produit le plus demandé par les citoyens », a souligné Mme Driouich, reflétant une approche pragmatique fondée sur les habitudes de consommation.
Pour les observateurs, ces mesures sont à la fois une réponse conjoncturelle à des pressions fortes (hausse de la demande, stocks sous tension, conditions météorologiques défavorables) et un test pour un modèle de gestion durable des ressources marines. Si la suspension des exportations est perçue comme nécessaire pour sécuriser l’offre locale, elle pose aussi la question de l’équilibre entre marchés extérieurs et besoins intérieurs dans un secteur où le Maroc demeure un acteur majeur à l’échelle mondiale.
L’efficacité de ces mesures sera étroitement scrutée dans les semaines à venir. Pour l’heure, le gouvernement affirme avoir pris le taureau par les cornes afin que, quand sonne l’appel du ftour, les étals regorgent de poisson à des prix qui n’écrasent pas les budgets des foyers.
Face à une situation qui reste fragile, l’approche adoptée traduit une volonté d’action structurée, tout en posant un défi de taille pour les acteurs du secteur et les autorités de régulation. Reste à transformer ces annonces en résultats tangibles sur le terrain, au service des Marocains.