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Renault : le Maroc capte 16 % de la production mondiale


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mardi 24 Mars 2026

En 2025, le Maroc ne se contente plus d’assembler des véhicules pour Renault. Le Royaume s’impose comme un maillon stratégique du constructeur, entre puissance industrielle, ancrage commercial et virage accéléré vers une production plus verte.



Renault : le Maroc capte 16 % de la production mondiale

Il y a encore quelques années, le Maroc avançait à pas mesurés dans la chaîne industrielle mondiale de Renault. Aujourd’hui, le pays change clairement de dimension. Avec 16 % de la production mondiale du groupe réalisée sur son sol, il dépasse largement le rôle classique de plateforme à coûts compétitifs. Le basculement est net. Et il est stratégique.
 

Ce repositionnement repose sur une architecture industrielle désormais bien huilée. Le complexe de Tanger, d’un côté, porte l’essentiel des volumes et incarne la montée en gamme industrielle du Royaume. De l’autre, la SOMACA de Casablanca joue une partition complémentaire, plus flexible, en s’adaptant aux besoins de certains segments spécifiques. Ensemble, ces deux pôles structurent une capacité productive cohérente, capable de répondre à la fois aux exigences globales du groupe et aux réalités régionales.
 

Le site de Tanger, en particulier, concentre les regards. Avec près de 300.000 véhicules produits en 2025, il s’impose comme l’un des actifs industriels les plus performants de Renault à l’échelle mondiale. Derrière ce chiffre, il y a une mécanique bien rodée : intégration locale avancée, discipline opérationnelle, et maîtrise des coûts. À Casablanca, les plus de 95.000 unités assemblées renforcent cet équilibre en apportant une agilité précieuse, notamment sur des modèles ciblés.
 

Cette puissance industrielle ne fonctionne pas en vase clos. Elle se prolonge directement sur le marché marocain, devenu un véritable relais de croissance pour Renault. Avec près de 38 % de parts de marché, la marque s’ancre durablement dans le paysage automobile national. Certains modèles illustrent cette synergie entre production locale et performance commerciale. Le Renault Express, fabriqué à Tanger, s’impose comme une référence solide. Le Kardian, plus récent, trouve lui aussi un écho significatif auprès des consommateurs marocains. Quant à la Taliant, son recentrage industriel à Casablanca traduit une volonté d’optimiser les coûts tout en restant au plus près des attentes du segment.
 

Mais le véritable tournant ne se limite pas aux volumes ou aux parts de marché. Il se joue aussi sur le terrain environnemental. L’usine de Tanger s’affirme aujourd’hui comme une vitrine de la stratégie de décarbonation du groupe. Une grande partie de ses besoins énergétiques est déjà couverte par des sources renouvelables, avec un objectif assumé de basculer vers un modèle entièrement vert. Dans un secteur soumis à une pression croissante sur les émissions, cet avantage devient structurant.
 

Dans cette logique, Renault pousse également son ambition d’économie circulaire à travers son entité « The Future Is Neutral ». L’intégration de matériaux recyclés dans la conception des véhicules devient progressivement une norme, y compris pour des segments émergents comme les quadricycles électriques. Là encore, le Maroc s’inscrit dans cette transformation.
 

Autre évolution, plus discrète mais tout aussi déterminante : la montée en puissance de l’ingénierie locale. Le Royaume ne se contente plus de produire. Il commence à participer à la conception, à l’adaptation et à l’optimisation des véhicules. Le projet de ReKnow University, dédié aux compétences liées à l’électrification et au digital, devrait renforcer cette dynamique et ancrer davantage le Maroc dans les métiers d’avenir.
 

Ce tableau s’inscrit toutefois dans un contexte global plus contrasté pour le groupe. En 2025, Renault a écoulé plus de 2,3 millions de véhicules pour un chiffre d’affaires avoisinant 58 milliards d’euros. Des résultats solides, malgré un impact notable sur le résultat net lié à des ajustements comptables concernant Nissan. Rien, cependant, qui ne fragilise les fondamentaux du groupe, soutenus par une génération de trésorerie robuste.
 

Au fond, le cas marocain dépasse le simple cadre industriel. Il raconte une transformation plus large : celle d’un pays qui monte en compétence, s’insère dans les chaînes de valeur globales et se positionne sur les enjeux clés de demain. Dans l’automobile, le Maroc n’est plus en périphérie. Il est désormais au cœur du jeu.

 




Mardi 24 Mars 2026