Ce que l’on nomme pudiquement «coûts de transaction»
Un constat qui fâche mérite d’être posé sans détour: les PME marocaines paient trop cher leur banque. Ce que l’on nomme pudiquement «coûts de transaction» cache une réalité chiffrée.
Un virement international classique émis ou reçu au Maroc cumule des frais fixes, de l’ordre de 15 à 50 euros selon la banque et le corridor emprunté, et un écart de change souvent situé entre 2 et 5% par rapport au taux interbancaire réel, prélevé de manière peu lisible pour le client.
Au total, la facture dépasse fréquemment 2,5 à 5,5% du montant transféré.
C’est un impôt invisible, qui grève la compétitivité des PME et freine la création d’emplois. Sur les 122 milliards de dirhams transférés par la diaspora en 2025, chaque point de spread représente une valeur qui n’arrive jamais jusqu’aux familles.
Le même mécanisme s’applique, à front renversé, aux entreprises exportatrices: chaque rapatriement de devises passe par une conversion bancaire dont la marge, rarement affichée, s’ajoute au coût déjà supporté sur les paiements entrants.
La question soulevée par Revolut mérite mieux qu’un affrontement idéologique entre protection et libéralisation. La véritable souveraineté économique consiste à créer les conditions permettant aux entreprises nationales d’être suffisamment compétitives pour affronter la concurrence internationale.
Un virement international classique émis ou reçu au Maroc cumule des frais fixes, de l’ordre de 15 à 50 euros selon la banque et le corridor emprunté, et un écart de change souvent situé entre 2 et 5% par rapport au taux interbancaire réel, prélevé de manière peu lisible pour le client.
Au total, la facture dépasse fréquemment 2,5 à 5,5% du montant transféré.
C’est un impôt invisible, qui grève la compétitivité des PME et freine la création d’emplois. Sur les 122 milliards de dirhams transférés par la diaspora en 2025, chaque point de spread représente une valeur qui n’arrive jamais jusqu’aux familles.
Le même mécanisme s’applique, à front renversé, aux entreprises exportatrices: chaque rapatriement de devises passe par une conversion bancaire dont la marge, rarement affichée, s’ajoute au coût déjà supporté sur les paiements entrants.
La question soulevée par Revolut mérite mieux qu’un affrontement idéologique entre protection et libéralisation. La véritable souveraineté économique consiste à créer les conditions permettant aux entreprises nationales d’être suffisamment compétitives pour affronter la concurrence internationale.
Pas une force technologique, mais tarifaire
Le système bancaire marocain est concentré, puissant, et il n’a eu jusqu’à présent guère de raison de baisser ses tarifs; protégé par des barrières à l’entrée réglementaires sur ses segments les plus rentables.
C’est précisément ce système de rente tarifaire que des acteurs comme Revolut viennent perturber.
Sur la base du modèle qu’elle applique déjà dans les marchés où elle opère, sa force n’est pas technologique, elle est tarifaire: le taux de change interbancaire réel, sans la marge commerciale des banques traditionnelles, dans la limite d’un quota mensuel au-delà duquel des frais modérés s’appliquent.
L’écart de coût pourrait ainsi atteindre, et souvent dépasser, un facteur trois par rapport aux tarifs bancaires marocains actuels.
Pour une PME exportatrice, la différence se traduit en marge préservée; pour un ménage de MRE, en pouvoir d’achat. Mais cette ouverture ne peut ignorer les responsabilités du régulateur, et il faut ici lui rendre justice.
Bank Al-Maghrib n’a pas fermé la porte à Revolut; aucune demande d’agrément n’a d’ailleurs été formellement déposée, la rencontre de juin dernier relevait d’une démarche exploratoire.
C’est précisément ce système de rente tarifaire que des acteurs comme Revolut viennent perturber.
Sur la base du modèle qu’elle applique déjà dans les marchés où elle opère, sa force n’est pas technologique, elle est tarifaire: le taux de change interbancaire réel, sans la marge commerciale des banques traditionnelles, dans la limite d’un quota mensuel au-delà duquel des frais modérés s’appliquent.
L’écart de coût pourrait ainsi atteindre, et souvent dépasser, un facteur trois par rapport aux tarifs bancaires marocains actuels.
Pour une PME exportatrice, la différence se traduit en marge préservée; pour un ménage de MRE, en pouvoir d’achat. Mais cette ouverture ne peut ignorer les responsabilités du régulateur, et il faut ici lui rendre justice.
Bank Al-Maghrib n’a pas fermé la porte à Revolut; aucune demande d’agrément n’a d’ailleurs été formellement déposée, la rencontre de juin dernier relevait d’une démarche exploratoire.
Dépendre aussi de l’efficacité de ses infrastructures invisibles
Le wali a simplement indiqué que l’institution reste mobilisée par trois chantiers prioritaires:
La finalisation du cadre réglementaire avec l’Europe sur les transferts des MRE, les évaluations que le FMI et la Banque mondiale conduiront en fin d’année sur la solidité du système financier et les engagements du Royaume dans le cadre du GAFI.
Ce sont des impératifs qu’aucun pays responsable ne peut négliger, et il serait malhonnête de les présenter comme un simple prétexte protectionniste. Faut-il pour autant réduire le débat à une alternative entre ouverture immédiate et refus pur et simple? C’est probablement ici que le raisonnement mérite d’être déplacé.
L’expérience internationale montre que les transformations financières les plus réussies procèdent rarement par rupture; elles s’organisent progressivement.
Rien n’interdirait d’imaginer un agrément évolutif, permettant dans un premier temps l’ouverture de comptes multidevises destinés aux exportateurs et aux MRE, tout en maintenant les exigences prudentielles du marché domestique, avant d’élargir progressivement les activités autorisées, en partenariat avec les infrastructures bancaires existantes.
Une telle approche préserverait la stabilité du système tout en introduisant, dès maintenant, davantage de concurrence tarifaire. Car, au fond, le véritable enjeu dépasse largement le cas Revolut et même le secteur bancaire.
Le Maroc affirme avec raison son ambition industrielle, exportatrice et africaine. Il investit massivement dans les infrastructures visibles: ports, logistique, énergies renouvelables.
Mais la compétitivité d’une économie ne dépend pas que de cela. Elle dépend aussi de l’efficacité de ses infrastructures invisibles: le droit, les procédures administratives, les systèmes de paiement, l’organisation des marchés financiers. Les économistes appellent cela des coûts de transaction.
Derrière l’expression technique se cache une réalité concrète: tout ce qu’une entreprise dépense sans produire davantage de richesse.
Réduire ces coûts constitue probablement l’un des leviers de croissance les plus puissants dont dispose le pays et l’un des moins coûteux pour l’État, puisqu’il ne s’agit pas de subventionner mais de laisser la concurrence faire son travail.
Contrairement aux dispositifs fiscaux ciblés, cette amélioration bénéficierait simultanément à toutes les entreprises, sans distinction de secteur ni de taille. C’est pourquoi la question soulevée par Revolut mérite mieux qu’un affrontement idéologique entre protection et libéralisation.
La véritable souveraineté économique ne consiste pas à protéger indéfiniment des situations acquises. Elle consiste à créer les conditions permettant aux entreprises nationales d’être suffisamment compétitives pour affronter la concurrence internationale, y compris celle qui vient frapper à la porte d’un secteur qui s’était habitué à ne pas en avoir.
La finalisation du cadre réglementaire avec l’Europe sur les transferts des MRE, les évaluations que le FMI et la Banque mondiale conduiront en fin d’année sur la solidité du système financier et les engagements du Royaume dans le cadre du GAFI.
Ce sont des impératifs qu’aucun pays responsable ne peut négliger, et il serait malhonnête de les présenter comme un simple prétexte protectionniste. Faut-il pour autant réduire le débat à une alternative entre ouverture immédiate et refus pur et simple? C’est probablement ici que le raisonnement mérite d’être déplacé.
L’expérience internationale montre que les transformations financières les plus réussies procèdent rarement par rupture; elles s’organisent progressivement.
Rien n’interdirait d’imaginer un agrément évolutif, permettant dans un premier temps l’ouverture de comptes multidevises destinés aux exportateurs et aux MRE, tout en maintenant les exigences prudentielles du marché domestique, avant d’élargir progressivement les activités autorisées, en partenariat avec les infrastructures bancaires existantes.
Une telle approche préserverait la stabilité du système tout en introduisant, dès maintenant, davantage de concurrence tarifaire. Car, au fond, le véritable enjeu dépasse largement le cas Revolut et même le secteur bancaire.
Le Maroc affirme avec raison son ambition industrielle, exportatrice et africaine. Il investit massivement dans les infrastructures visibles: ports, logistique, énergies renouvelables.
Mais la compétitivité d’une économie ne dépend pas que de cela. Elle dépend aussi de l’efficacité de ses infrastructures invisibles: le droit, les procédures administratives, les systèmes de paiement, l’organisation des marchés financiers. Les économistes appellent cela des coûts de transaction.
Derrière l’expression technique se cache une réalité concrète: tout ce qu’une entreprise dépense sans produire davantage de richesse.
Réduire ces coûts constitue probablement l’un des leviers de croissance les plus puissants dont dispose le pays et l’un des moins coûteux pour l’État, puisqu’il ne s’agit pas de subventionner mais de laisser la concurrence faire son travail.
Contrairement aux dispositifs fiscaux ciblés, cette amélioration bénéficierait simultanément à toutes les entreprises, sans distinction de secteur ni de taille. C’est pourquoi la question soulevée par Revolut mérite mieux qu’un affrontement idéologique entre protection et libéralisation.
La véritable souveraineté économique ne consiste pas à protéger indéfiniment des situations acquises. Elle consiste à créer les conditions permettant aux entreprises nationales d’être suffisamment compétitives pour affronter la concurrence internationale, y compris celle qui vient frapper à la porte d’un secteur qui s’était habitué à ne pas en avoir.
L’occasion de s’interroger
L’arrivée éventuelle de Revolut ne constitue donc ni une menace existentielle pour les banques marocaines, ni une solution miracle.
Elle est une occasion de s’interroger sur une question plus fondamentale: notre système financier contribue-t-il suffisamment à réduire les coûts qui pèsent sur l’économie réelle, ou continue-t-il, malgré ses indéniables réussites, à en reproduire certains?
C’est probablement là que réside le véritable débat, non dans le sort d’une néobanque, mais dans la capacité du Maroc à transformer chaque dirham économisé sur les coûts de transaction en un dirham investi dans la production et l’emploi.
Elle est une occasion de s’interroger sur une question plus fondamentale: notre système financier contribue-t-il suffisamment à réduire les coûts qui pèsent sur l’économie réelle, ou continue-t-il, malgré ses indéniables réussites, à en reproduire certains?
C’est probablement là que réside le véritable débat, non dans le sort d’une néobanque, mais dans la capacité du Maroc à transformer chaque dirham économisé sur les coûts de transaction en un dirham investi dans la production et l’emploi.
