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Righa, la cité oubliée qui pourrait être l’ancienne capitale du royaume maurétanien


Rédigé par le Jeudi 23 Avril 2026

À 8 km de Sidi Slimane, le site archéologique de Righa révèle ses trésors. Thermes romains, pressoirs à vin et vestiges islamiques témoignent de 2 000 ans d’histoire, faisant de cette cité une potentielle capitale maurétanienne.



Righa, la cité oubliée qui pourrait être l’ancienne capitale du royaume maurétanien
À seulement 8 kilomètres au nord de Sidi Slimane, nichée au cœur des méandres de l’Oued Beht, la cité antique de Righa s’impose comme l’un des chantiers archéologiques les plus prometteurs du Maroc. Après vingt ans de recherches, la mission franco-marocaine a dévoilé des découvertes majeures, notamment des thermes romains et des pressoirs à vin uniques, renforçant l’idée que cette cité de dix hectares, longtemps éclipsée par Volubilis, pourrait avoir été l’une des capitales du royaume maurétanien.  

Des fouilles méticuleuses pour préserver chaque époque  

Contrairement aux méthodes de fouilles brutales utilisées à Volubilis au début du XXe siècle, la mission menée par le Dr Mohamed Alaoui Kbiri, professeur à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP), adopte une approche rigoureuse. Chaque couche d’occupation – qu’elle soit mérinide (XIVe siècle), idrisside (IXe siècle) ou romaine, est soigneusement documentée, analysée et cartographiée avant d’être explorée.  

Cette démarche scientifique, menée en collaboration avec l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 et soutenue par des institutions marocaines et françaises, met en lumière la richesse historique de Righa, qui s’étend sur près de 2 000 ans.  

Zone ouest : cinq siècles d’architecture préromaine  

Les travaux dans la zone ouest, appelée "zone du tell", ont permis de mettre au jour un quartier maurétanien construit exclusivement en briques crues, datant du Ve siècle avant J.-C. au Ier siècle après J.-C..  

L’objectif des fouilles est de reconstituer une stratigraphie complète de l’habitat, révélant comment les populations locales ont fait évoluer leurs techniques architecturales et leurs modes de vie bien avant l’arrivée des Romains. Les objets découverts dans ces couches permettent de dater avec précision chaque phase de cette occupation préromaine.  

Zone est : vin rouge et thermes romains  

Dans la zone est, les archéologues ont mis au jour une domus romaine (maison à péristyle) accompagnée d’une installation vinicole inédite. Grâce à des analyses en laboratoire, ils ont identifié des pressoirs dédiés à la production de vin rouge, une première historique au Maroc.  

Mais ce quartier résidentiel et industriel a connu une fin tragique : au IIIe siècle après J.-C., un incendie majeur a ravagé les structures, figées depuis dans le temps.  

La campagne de fouilles de 2026 a également révélé des thermes publics romains, initialement confondus avec un canal d’eau. Ces bains publics, comparables à ceux de Banasa et Thamusida, témoignent de la présence d’infrastructures urbaines prestigieuses à Righa, renforçant son statut potentiel de métropole maurétanienne.  

Righa, un mille-feuille historique  

Au-delà des vestiges romains, Righa est une véritable ville en mille-feuille, avec des traces d’occupation islamique datant des périodes idrisside (IXe siècle) et mérinide (XIVe siècle). Les fouilles ont révélé des fours, fosses et céramiques, témoins de la pérennité urbaine du site sur près de 2 000 ans.  

Tous ces indices : la taille du site, les thermes, l’industrie vinicole et la profondeur des couches maurétaniennes convergent vers l’hypothèse que Righa pourrait avoir été l’une des capitales du royaume maurétanien.  

Un potentiel scientifique encore sous-exploité  

Malgré les avancées remarquables, seuls 3 à 4 % des 10 hectares du site ont été fouillés, selon le Dr Mohamed Alaoui Kbiri. Il souligne que des preuves matérielles, telles que des inscriptions épigraphiques, sont nécessaires pour confirmer définitivement le statut de Righa comme capitale maurétanienne.  

Avec un potentiel scientifique rivalisant avec celui de Volubilis, Righa reste néanmoins en quête de reconnaissance et de soutien financier pour poursuivre ses recherches. Les prochaines campagnes de fouilles viseront à explorer le centre monumental du site afin de restituer la trame urbaine globale de cette cité antique, qui pourrait bien avoir été le cœur vibrant du Maroc antique sur les rives de l’Oued Beht.




Jeudi 23 Avril 2026