Depuis le 9 avril, la 15e édition du Salon international des industries et techniques agroalimentaires (SIAGRO) rassemble à Dakar plus de 300 délégués étrangers et une centaine d’exposants. Mais au-delà des chiffres, c’est l’intention qui frappe : transformer, enfin, les ambitions agricoles en résultats industriels.
Le Sénégal, comme d’autres économies africaines, cherche à réduire sa dépendance aux importations alimentaires tout en créant de la valeur localement. Cela passe par une agro-industrie plus structurée, plus innovante, et surtout mieux intégrée.
« L’agro-industrie n’est pas une option mais une nécessité », a rappelé Babacar Ngom, président du Groupe Sedima. Une phrase simple, presque évidente, mais qui résume bien l’état d’esprit actuel. Pour lui, l’enjeu dépasse la production agricole : il s’agit d’indépendance économique, de création d’emplois et de stabilité sociale. Et, en creux, d’une forme de souveraineté assumée.
Le diagnostic est posé sans détour. Les chaînes de valeur restent fragmentées, l’innovation technologique encore insuffisamment diffusée, et les partenariats doivent monter en puissance. « Nous devons produire chez nous », insiste-t-il. Une manière de rappeler que l’importation, si elle reste nécessaire dans certains cas, ne peut constituer un modèle durable.
C’est précisément sur ce terrain que s’inscrit l’initiative marocaine annoncée en marge du salon. L’ambassadeur du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, a confirmé l’engagement du groupe Ouakkaha à installer une unité de production avicole sur place. Une décision qui, sur le papier, peut sembler classique. Mais dans les faits, elle s’inscrit dans une logique plus large de coopération sud-sud, où le transfert de savoir-faire devient un levier clé.
Le groupe marocain, fort d’environ quarante années d’expérience, dispose d’une capacité de production significative : près de 2 millions d’œufs par semaine et plus de 500 poussins issus de ses 15 fermes de reproducteurs. Son implantation au Sénégal pourrait ainsi contribuer à structurer davantage la filière avicole locale, encore en phase de maturation mais en forte croissance depuis une dizaine d’années.
Dans les discussions informelles, certains professionnels évoquent un « moment charnière ». La filière avicole sénégalaise, longtemps considérée comme émergente, commence à changer d’échelle. Mais elle reste confrontée à des défis concrets : accès au financement, modernisation des équipements, amélioration des rendements. L’arrivée d’acteurs expérimentés pourrait, à terme, accélérer cette transition.
Pour autant, les investissements privés ne suffiront pas. Le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, a rappelé l’ampleur du chantier : 3000 milliards de francs CFA seraient nécessaires pour atteindre une véritable souveraineté alimentaire. Un montant qui impose, de fait, une mobilisation collective.
D’où l’insistance sur les partenariats public-privé. « Le gouvernement ne peut pas le faire seul », a-t-il souligné, appelant à une convergence des efforts entre autorités publiques, investisseurs, partenaires techniques et financiers, mais aussi jeunes entrepreneurs et femmes actives dans le secteur. Une approche inclusive, qui reflète les nouvelles dynamiques du développement agricole.
Sur le terrain, le SIAGRO tente justement de créer ces passerelles. Rencontres B2B, conférences d’experts, espaces de networking… tout est pensé pour transformer les échanges en projets concrets. Reste une question, presque en suspens : ces intentions se traduiront-elles en réalisations durables ?
Car l’expérience le montre et certains participants le reconnaissent à demi-mot les salons économiques brillent souvent par leurs annonces, mais peinent parfois à suivre dans l’exécution. Cette fois, le contexte semble différent. La pression est plus forte. Les attentes aussi.
À Dakar, le SIAGRO 2026 esquisse les contours d’une agro-industrie africaine plus souveraine, plus intégrée. L’engagement d’acteurs comme le groupe Ouakkaha en est un signal encourageant. Mais le véritable test commencera après le salon, lorsque les promesses devront se transformer en investissements réels et en emplois durables.