Quand la rhétorique ne retient plus une réalité qui avance, Alger reste spectatrice… / Par Aziz Daouda.
Il y a des déclarations qui éclairent une position. Et puis il y en a d’autres qui cherchent surtout à masquer les difficultés d’un récit devenu de plus en plus difficile à défendre.
La dernière sortie du président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 3 octobre, appartient à cette seconde catégorie. Entre ses propos sur le Sahara marocain et sa critique du gazoduc atlantique porté par le Maroc et le Nigeria, le chef de l’État algérien semble avoir du mal à parler de son propre pays sans revenir, tôt ou tard, à son voisin.
Sur le Sahara, Tebboune a notamment affirmé que l’Algérie ne serait pas « plus sahraouie que les Sahraouis », tout en réaffirmant son attachement à une solution politique.
La formule se veut rassurante ; Alger ne déciderait pas à la place des intéressés. La question devient alors très embarrassante.
Si les Sahraouis sont véritablement maîtres de leur destin, pourquoi l’Algérie peine-t-elle à accepter que leurs aspirations puissent être entendues au-delà du seul Front Polisario, dont elle soutient la cause depuis des décennies ?
Le fait est que pendant que le discours officiel tente de préserver les apparences, le dossier du Sahara connaît une évolution diplomatique majeure. Et les derniers développements aux Nations unies invitent à regarder les faits plutôt que les formules.
La dernière sortie du président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 3 octobre, appartient à cette seconde catégorie. Entre ses propos sur le Sahara marocain et sa critique du gazoduc atlantique porté par le Maroc et le Nigeria, le chef de l’État algérien semble avoir du mal à parler de son propre pays sans revenir, tôt ou tard, à son voisin.
Sur le Sahara, Tebboune a notamment affirmé que l’Algérie ne serait pas « plus sahraouie que les Sahraouis », tout en réaffirmant son attachement à une solution politique.
La formule se veut rassurante ; Alger ne déciderait pas à la place des intéressés. La question devient alors très embarrassante.
Si les Sahraouis sont véritablement maîtres de leur destin, pourquoi l’Algérie peine-t-elle à accepter que leurs aspirations puissent être entendues au-delà du seul Front Polisario, dont elle soutient la cause depuis des décennies ?
Le fait est que pendant que le discours officiel tente de préserver les apparences, le dossier du Sahara connaît une évolution diplomatique majeure. Et les derniers développements aux Nations unies invitent à regarder les faits plutôt que les formules.
La résolution 2797 : un cadre que la rhétorique ne peut effacer
Adoptée le 31 octobre 2025, la résolution 2797 du Conseil de sécurité a donné une place centrale à la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations.
Elle a également inscrit l’Algérie parmi les parties appelées à participer au processus politique, aux côtés du Maroc, du Front Polisario et de la Mauritanie.
Ce changement n’est pas anodin. Il rompt avec une lecture qui voudrait enfermer le dossier dans un face-à-face entre Rabat et le Polisario, en laissant Alger dans la position confortable du soutien extérieur. La diplomatie algérienne peut contester cette évolution, mais elle ne peut pas prétendre que rien n’a changé.
Les trois cycles de discussions organisés au début de 2026 à Washington et à Madrid ont d’ailleurs réuni les quatre acteurs autour de la proposition marocaine d’autonomie.
Pour la première fois depuis plusieurs années, les échanges ont porté sur des modalités concrètes de règlement : transition institutionnelle, garanties, partage des ressources, désarmement et amnistie, entre autres sujets évoqués dans le rapport du secrétaire général de l’ONU.
Le débat se déplace ainsi progressivement des déclarations de principe vers les conditions pratiques d’un règlement. Ce n’est pas encore un accord, et les divergences restent profondes.
Mais c’est déjà une évolution que les discours d’Alger ne peuvent neutraliser à coups de formules répétées.
Elle a également inscrit l’Algérie parmi les parties appelées à participer au processus politique, aux côtés du Maroc, du Front Polisario et de la Mauritanie.
Ce changement n’est pas anodin. Il rompt avec une lecture qui voudrait enfermer le dossier dans un face-à-face entre Rabat et le Polisario, en laissant Alger dans la position confortable du soutien extérieur. La diplomatie algérienne peut contester cette évolution, mais elle ne peut pas prétendre que rien n’a changé.
Les trois cycles de discussions organisés au début de 2026 à Washington et à Madrid ont d’ailleurs réuni les quatre acteurs autour de la proposition marocaine d’autonomie.
Pour la première fois depuis plusieurs années, les échanges ont porté sur des modalités concrètes de règlement : transition institutionnelle, garanties, partage des ressources, désarmement et amnistie, entre autres sujets évoqués dans le rapport du secrétaire général de l’ONU.
Le débat se déplace ainsi progressivement des déclarations de principe vers les conditions pratiques d’un règlement. Ce n’est pas encore un accord, et les divergences restent profondes.
Mais c’est déjà une évolution que les discours d’Alger ne peuvent neutraliser à coups de formules répétées.
Le rapport Guterres : un tournant, mais pas encore un dénouement
Remis au Conseil de sécurité le 1er octobre 2026, le rapport d’António Guterres constitue un document important dans cette nouvelle séquence diplomatique.
Il rend compte de la reprise des négociations et de l’examen de la proposition marocaine d’autonomie. Il évoque également les modalités d’une éventuelle période de transition et les garanties susceptibles d’accompagner un accord.
Le secrétaire général ne proclame pas la fin du conflit et ne présente pas un règlement définitif comme acquis.
Il rappelle que des divergences majeures subsistent, notamment sur l’autodétermination et les garanties d’application d’un éventuel accord. Mais le rapport confirme que l’autonomie est désormais au centre des discussions. Et qui dit autonomie dit aussi souveraineté marocaine confirmée si besoin en était.
Une autre question mérite une attention particulière, tout de même celle de la consultation effective des populations concernées. Les avancées diplomatiques ne sauraient suffire à elles seules ; encore faut-il que les Sahraouis puissent se forger une opinion et que leurs aspirations soient entendues dans des conditions crédibles.
C’est précisément sur ce terrain que les derniers développements prennent une dimension nouvelle.
Il rend compte de la reprise des négociations et de l’examen de la proposition marocaine d’autonomie. Il évoque également les modalités d’une éventuelle période de transition et les garanties susceptibles d’accompagner un accord.
Le secrétaire général ne proclame pas la fin du conflit et ne présente pas un règlement définitif comme acquis.
Il rappelle que des divergences majeures subsistent, notamment sur l’autodétermination et les garanties d’application d’un éventuel accord. Mais le rapport confirme que l’autonomie est désormais au centre des discussions. Et qui dit autonomie dit aussi souveraineté marocaine confirmée si besoin en était.
Une autre question mérite une attention particulière, tout de même celle de la consultation effective des populations concernées. Les avancées diplomatiques ne sauraient suffire à elles seules ; encore faut-il que les Sahraouis puissent se forger une opinion et que leurs aspirations soient entendues dans des conditions crédibles.
C’est précisément sur ce terrain que les derniers développements prennent une dimension nouvelle.
Laâyoune et Dakhla : quand la liberté de voir devient un enjeu politique
Parmi les initiatives évoquées dans le rapport figure celle des visites dites go-and-see, ou « aller voir ». Portée conjointement par l’Envoyé personnel Staffan de Mistura, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et le représentant des États-Unis auprès de l’ONU, elle vise à permettre à des réfugiés sahraouis des camps de Tindouf d’effectuer, individuellement et volontairement, des visites à Laâyoune et à Dakhla.
L’objectif est simplement de leur donner la possibilité de constater directement les conditions de vie sur place et de mieux connaître les perspectives offertes par la proposition marocaine d’autonomie.
Il ne s’agit pas de prétendre que quelques visites régleront, à elles seules, un conflit aussi ancien.
Il s’agit de reconnaître un principe élémentaire ; que les personnes concernées doivent pouvoir accéder à l’information, circuler librement et se faire leur propre opinion, sans que leur avenir soit confisqué par une organisation politique ou par les intérêts d’un État.
Depuis des décennies, le sort des populations des camps de Tindouf constitue l’un des aspects les plus sensibles du dossier. Leur situation humanitaire, la durée de leur séjour dans les camps et les obstacles à l’émergence de solutions durables imposent que l’on s’intéresse enfin à leurs choix individuels, et pas seulement aux positions de ceux qui prétendent parler en leur nom.
Si ces visites sont mises en œuvre dans des conditions réellement libres, sécurisées et volontaires, elles pourraient ouvrir une brèche dans un système où les populations sont trop souvent réduites à un argument diplomatique. La liberté de choisir suppose d’abord la liberté de connaître.
Voilà une perspective qui mérite mieux que des slogans. Elle appelle des garanties concrètes, une coopération effective et l’absence de toute pression sur les personnes concernées.
L’objectif est simplement de leur donner la possibilité de constater directement les conditions de vie sur place et de mieux connaître les perspectives offertes par la proposition marocaine d’autonomie.
Il ne s’agit pas de prétendre que quelques visites régleront, à elles seules, un conflit aussi ancien.
Il s’agit de reconnaître un principe élémentaire ; que les personnes concernées doivent pouvoir accéder à l’information, circuler librement et se faire leur propre opinion, sans que leur avenir soit confisqué par une organisation politique ou par les intérêts d’un État.
Depuis des décennies, le sort des populations des camps de Tindouf constitue l’un des aspects les plus sensibles du dossier. Leur situation humanitaire, la durée de leur séjour dans les camps et les obstacles à l’émergence de solutions durables imposent que l’on s’intéresse enfin à leurs choix individuels, et pas seulement aux positions de ceux qui prétendent parler en leur nom.
Si ces visites sont mises en œuvre dans des conditions réellement libres, sécurisées et volontaires, elles pourraient ouvrir une brèche dans un système où les populations sont trop souvent réduites à un argument diplomatique. La liberté de choisir suppose d’abord la liberté de connaître.
Voilà une perspective qui mérite mieux que des slogans. Elle appelle des garanties concrètes, une coopération effective et l’absence de toute pression sur les personnes concernées.
Le monopole de la représentation en question
Le projet de résolution américain, dont une première version a circulé le 20 octobre, va plus loin sur un autre point essentiel.
Il demande à Staffan de Mistura de consulter un large éventail de composantes et d’interlocuteurs sahraouis, y compris en dehors des parties engagées dans les négociations, dans le territoire, les camps de réfugiés et la diaspora.
Cette formulation est lourde de conséquences politiques. Elle ne signifie pas que le Polisario serait exclu du processus, ni que son statut de partie au conflit lui serait retiré. Elle signifie que sa participation aux négociations ne saurait, à elle seule, épuiser la diversité des opinions sahraouies.
D’autres courants, d’autres sensibilités et d’autres organisations pourraient ainsi être entendus, notamment ceux qui privilégient une solution négociée plutôt que la confrontation permanente. Le Mouvement sahraoui pour la paix, qui réclame depuis plusieurs années une ouverture du processus, figure parmi les interlocuteurs susceptibles d’être concernés par cette évolution. Ils ont été officiellement reçus, avec photo, par Waltz juste après une délégation du Polisario.
Voilà qui en dit long sur l’évolution des choses.
Washington propose donc d’élargir le champ des consultations, non pas substituer un interlocuteur à un autre, mais éviter que l’avenir d’une population soit discuté sans entendre suffisamment la diversité de ses composantes.
Cette ouverture pose une question incontournable à Alger et au Polisario. Si le Polisario, dans les camps, bénéficie réellement d’un soutien libre et incontestable, pourquoi craindre que d’autres voix soient entendues ?
La représentativité ne se décrète pas. Elle se vérifie par la liberté de parole, la pluralité des opinions et la possibilité, pour chacun, d’exprimer ses préférences sans contrainte.
Il demande à Staffan de Mistura de consulter un large éventail de composantes et d’interlocuteurs sahraouis, y compris en dehors des parties engagées dans les négociations, dans le territoire, les camps de réfugiés et la diaspora.
Cette formulation est lourde de conséquences politiques. Elle ne signifie pas que le Polisario serait exclu du processus, ni que son statut de partie au conflit lui serait retiré. Elle signifie que sa participation aux négociations ne saurait, à elle seule, épuiser la diversité des opinions sahraouies.
D’autres courants, d’autres sensibilités et d’autres organisations pourraient ainsi être entendus, notamment ceux qui privilégient une solution négociée plutôt que la confrontation permanente. Le Mouvement sahraoui pour la paix, qui réclame depuis plusieurs années une ouverture du processus, figure parmi les interlocuteurs susceptibles d’être concernés par cette évolution. Ils ont été officiellement reçus, avec photo, par Waltz juste après une délégation du Polisario.
Voilà qui en dit long sur l’évolution des choses.
Washington propose donc d’élargir le champ des consultations, non pas substituer un interlocuteur à un autre, mais éviter que l’avenir d’une population soit discuté sans entendre suffisamment la diversité de ses composantes.
Cette ouverture pose une question incontournable à Alger et au Polisario. Si le Polisario, dans les camps, bénéficie réellement d’un soutien libre et incontestable, pourquoi craindre que d’autres voix soient entendues ?
La représentativité ne se décrète pas. Elle se vérifie par la liberté de parole, la pluralité des opinions et la possibilité, pour chacun, d’exprimer ses préférences sans contrainte.
Le « draft zéro » : une nouvelle architecture pour le dossier
Le projet américain de résolution, dit draft zéro, introduit plusieurs changements importants par rapport à la résolution 2797. Il ne constitue pas encore le texte définitif puisque des négociations entre les membres du Conseil de sécurité ont lieu avant le vote prévu à la fin du mois d’octobre.
Dans sa version initiale, le projet affirme que l’autonomie véritable sous souveraineté marocaine constitue la seule solution réaliste au conflit et présente la proposition marocaine, élargie et actualisée, comme l’unique base des négociations.
Il envisage également une transformation profonde de la MINURSO. La mission, dont le nom ne ferait plus référence au référendum, verrait sa composante de maintien de la paix prendre fin le 30 avril 2027, avant une éventuelle transition vers une mission politique spéciale jusqu’au 31 octobre 2027. Une réduction importante des effectifs en uniforme est également proposée.
Le texte prévoit par ailleurs que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés achève, dans un délai de six mois, l’enregistrement de la population réfugiée de la région de Tindouf, dans le respect des normes internationales et sans ingérence d’aucune entité. On sait combien Alger est farouchement contre le recensement et l’identification des populations.
Enfin, le projet évoque la possibilité de mesures supplémentaires si les parties ne s’engagent pas de manière constructive dans le processus politique.
Il faut néanmoins conserver une distinction essentielle : le rapport de Guterres recommande une prorogation du mandat actuel de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2027, tandis que le projet américain propose une transition plus rapide vers une mission politique. Cette divergence montre que l’architecture future de la présence onusienne demeure un sujet de négociation.
Le texte final pourra donc différer de cette première mouture. Mais son orientation générale témoigne d’une volonté américaine de faire évoluer le processus vers un règlement politique fondé sur l’autonomie.
Dans sa version initiale, le projet affirme que l’autonomie véritable sous souveraineté marocaine constitue la seule solution réaliste au conflit et présente la proposition marocaine, élargie et actualisée, comme l’unique base des négociations.
Il envisage également une transformation profonde de la MINURSO. La mission, dont le nom ne ferait plus référence au référendum, verrait sa composante de maintien de la paix prendre fin le 30 avril 2027, avant une éventuelle transition vers une mission politique spéciale jusqu’au 31 octobre 2027. Une réduction importante des effectifs en uniforme est également proposée.
Le texte prévoit par ailleurs que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés achève, dans un délai de six mois, l’enregistrement de la population réfugiée de la région de Tindouf, dans le respect des normes internationales et sans ingérence d’aucune entité. On sait combien Alger est farouchement contre le recensement et l’identification des populations.
Enfin, le projet évoque la possibilité de mesures supplémentaires si les parties ne s’engagent pas de manière constructive dans le processus politique.
Il faut néanmoins conserver une distinction essentielle : le rapport de Guterres recommande une prorogation du mandat actuel de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2027, tandis que le projet américain propose une transition plus rapide vers une mission politique. Cette divergence montre que l’architecture future de la présence onusienne demeure un sujet de négociation.
Le texte final pourra donc différer de cette première mouture. Mais son orientation générale témoigne d’une volonté américaine de faire évoluer le processus vers un règlement politique fondé sur l’autonomie.
Tebboune face à la nouvelle réalité
C’est dans ce contexte que les déclarations du président algérien prennent tout leur sens. Affirmer que l’Algérie ne serait pas « plus sahraouie que les Sahraouis » revient à rappeler que le choix appartient aux intéressés. Très bien.
Mais cette affirmation doit produire des conséquences concrètes.
Si les populations des camps de Tindouf souhaitent visiter Laâyoune et Dakhla, elles doivent pouvoir le faire librement. Si des voix sahraouies souhaitent participer aux consultations sans passer par le seul canal du Polisario, elles doivent pouvoir être entendues.
Et si les négociations s’appuient désormais sur la proposition marocaine d’autonomie, Alger doit expliquer comment elle entend contribuer à leur réussite plutôt que se contenter de répéter ses positions historiques.
Le président algérien peut naturellement défendre sa lecture du dossier. Il peut également continuer à soutenir le Polisario. Mais il devient plus difficile de concilier cette posture avec un discours selon lequel les Sahraouis seraient seuls maîtres de leur avenir, tout en refusant que le processus politique s’ouvre à une pluralité d’interlocuteurs.
La même contradiction apparaît dans le débat sur le gazoduc atlantique. En contestant le projet porté par le Maroc et le Nigeria, Tebboune a opposé à ce corridor le projet transsaharien passant par l’Algérie et le Niger. La comparaison économique est légitime : chaque pays défend ses intérêts.
Mais le ton employé et la place accordée au projet marocain donnent parfois l’impression que la réussite éventuelle du voisin constitue, en elle-même, un problème à résoudre.
Or, dans un Maghreb qui gagnerait tant à développer ses échanges, ses infrastructures et ses complémentarités économiques, la concurrence ne devrait pas devenir une obsession politique.
Un projet énergétique se juge à sa faisabilité, à son financement, à ses débouchés et aux bénéfices qu’il procure aux pays concernés. Pas à la satisfaction qu’il procure de voir échouer celui du voisin.
Mais cette affirmation doit produire des conséquences concrètes.
Si les populations des camps de Tindouf souhaitent visiter Laâyoune et Dakhla, elles doivent pouvoir le faire librement. Si des voix sahraouies souhaitent participer aux consultations sans passer par le seul canal du Polisario, elles doivent pouvoir être entendues.
Et si les négociations s’appuient désormais sur la proposition marocaine d’autonomie, Alger doit expliquer comment elle entend contribuer à leur réussite plutôt que se contenter de répéter ses positions historiques.
Le président algérien peut naturellement défendre sa lecture du dossier. Il peut également continuer à soutenir le Polisario. Mais il devient plus difficile de concilier cette posture avec un discours selon lequel les Sahraouis seraient seuls maîtres de leur avenir, tout en refusant que le processus politique s’ouvre à une pluralité d’interlocuteurs.
La même contradiction apparaît dans le débat sur le gazoduc atlantique. En contestant le projet porté par le Maroc et le Nigeria, Tebboune a opposé à ce corridor le projet transsaharien passant par l’Algérie et le Niger. La comparaison économique est légitime : chaque pays défend ses intérêts.
Mais le ton employé et la place accordée au projet marocain donnent parfois l’impression que la réussite éventuelle du voisin constitue, en elle-même, un problème à résoudre.
Or, dans un Maghreb qui gagnerait tant à développer ses échanges, ses infrastructures et ses complémentarités économiques, la concurrence ne devrait pas devenir une obsession politique.
Un projet énergétique se juge à sa faisabilité, à son financement, à ses débouchés et aux bénéfices qu’il procure aux pays concernés. Pas à la satisfaction qu’il procure de voir échouer celui du voisin.
Le patriotisme ne se résume pas à parler fort
Il faut reconnaître à l’Algérie une réelle activité diplomatique. Elle défend ses positions, multiplie inlassablement les contacts et entend peser sur les grandes questions internationales.
Mais la puissance d’un État ne se mesure pas seulement au volume de ses déclarations. Elle se mesure aussi à sa capacité à transformer ses ressources en prospérité, en emplois, en services publics efficaces et en perspectives pour sa jeunesse.
L’Algérie dispose d’atouts considérables, des ressources énergétiques importantes, un territoire immense légué par la France, une position stratégique et un capital humain qui mérite de pouvoir s’exprimer pleinement.
Les ambitions économiques affichées par ses dirigeants devront donc être jugées à l’aune des résultats, et non des annonces.
Le véritable patriotisme ne consiste pas uniquement à défendre une posture devant les Nations unies. Il consiste à construire des écoles, des hôpitaux, des entreprises compétitives, une économie diversifiée et un environnement propice à l’investissement. La souveraineté se proclame dans les sommets internationaux ; elle se vérifie chaque jour dans la vie des citoyens.
Il en va de même pour le Sahara. Une diplomatie responsable ne devrait pas transformer indéfiniment le différend avec le Maroc en axe structurant de sa politique régionale.
Elle devrait chercher les conditions d’un règlement qui permette enfin au Maghreb de regarder vers l’avenir.
Mais la puissance d’un État ne se mesure pas seulement au volume de ses déclarations. Elle se mesure aussi à sa capacité à transformer ses ressources en prospérité, en emplois, en services publics efficaces et en perspectives pour sa jeunesse.
L’Algérie dispose d’atouts considérables, des ressources énergétiques importantes, un territoire immense légué par la France, une position stratégique et un capital humain qui mérite de pouvoir s’exprimer pleinement.
Les ambitions économiques affichées par ses dirigeants devront donc être jugées à l’aune des résultats, et non des annonces.
Le véritable patriotisme ne consiste pas uniquement à défendre une posture devant les Nations unies. Il consiste à construire des écoles, des hôpitaux, des entreprises compétitives, une économie diversifiée et un environnement propice à l’investissement. La souveraineté se proclame dans les sommets internationaux ; elle se vérifie chaque jour dans la vie des citoyens.
Il en va de même pour le Sahara. Une diplomatie responsable ne devrait pas transformer indéfiniment le différend avec le Maroc en axe structurant de sa politique régionale.
Elle devrait chercher les conditions d’un règlement qui permette enfin au Maghreb de regarder vers l’avenir.
Une tenue de soirée pour quel public ?
La séquence diplomatique actuelle ne signifie pas que le conflit est terminé, ni que toutes les divergences ont été résolues.
Elle indique toutefois que le cadre de négociation évolue, que la proposition marocaine d’autonomie occupe la place centrale et que la question de la représentation des populations sahraouies devient plus difficile à éluder.
Les visites volontaires à Laâyoune et Dakhla, l’élargissement envisagé des consultations et la réflexion sur l’avenir de la MINURSO sont autant de sujets concrets qui méritent d’être examinés sans triomphalisme, mais sans minimisation non plus.
Alger peut choisir de s’adapter à cette nouvelle réalité et de contribuer à un compromis régional. Il peut aussi continuer à privilégier la répétition des formules anciennes. Mais les déclarations ne suffiront plus à masquer les questions qui se posent désormais. Qui doit être entendu ? Comment garantir la liberté de choix des populations ? Sur quelle base négocier ? Et comment sortir d’un conflit qui a trop longtemps figé les relations entre deux pays voisins ?
La tenue de soirée diplomatique peut impressionner un instant. Elle ne remplace ni une stratégie, ni des résultats, ni la capacité à regarder lucidement les évolutions du monde.
Avant de vouloir expliquer aux autres comment régler le dossier du Sahara, Alger gagnerait peut-être à répondre à une question plus simple, celle d’expliquer comment contribuer à ce que les personnes directement concernées puissent enfin choisir leur avenir ?
Car au bout du compte, ce ne sont ni les déclarations de Tebboune, ni les communiqués du Polisario, ni les analyses des diplomates qui vivront à la place des populations concernées.
Le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir qui parle au nom des Sahraouis. Il est de permettre aux Sahraouis de se faire entendre eux-mêmes. Les sahraouis marocains, qui sont de très loin les plus nombreux, viennent de le faire librement aux récentes élections législatives.
Le reste n’est que vacarme. La caravane est en train de passer au loin…
Par Aziz Daouda.
Elle indique toutefois que le cadre de négociation évolue, que la proposition marocaine d’autonomie occupe la place centrale et que la question de la représentation des populations sahraouies devient plus difficile à éluder.
Les visites volontaires à Laâyoune et Dakhla, l’élargissement envisagé des consultations et la réflexion sur l’avenir de la MINURSO sont autant de sujets concrets qui méritent d’être examinés sans triomphalisme, mais sans minimisation non plus.
Alger peut choisir de s’adapter à cette nouvelle réalité et de contribuer à un compromis régional. Il peut aussi continuer à privilégier la répétition des formules anciennes. Mais les déclarations ne suffiront plus à masquer les questions qui se posent désormais. Qui doit être entendu ? Comment garantir la liberté de choix des populations ? Sur quelle base négocier ? Et comment sortir d’un conflit qui a trop longtemps figé les relations entre deux pays voisins ?
La tenue de soirée diplomatique peut impressionner un instant. Elle ne remplace ni une stratégie, ni des résultats, ni la capacité à regarder lucidement les évolutions du monde.
Avant de vouloir expliquer aux autres comment régler le dossier du Sahara, Alger gagnerait peut-être à répondre à une question plus simple, celle d’expliquer comment contribuer à ce que les personnes directement concernées puissent enfin choisir leur avenir ?
Car au bout du compte, ce ne sont ni les déclarations de Tebboune, ni les communiqués du Polisario, ni les analyses des diplomates qui vivront à la place des populations concernées.
Le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir qui parle au nom des Sahraouis. Il est de permettre aux Sahraouis de se faire entendre eux-mêmes. Les sahraouis marocains, qui sont de très loin les plus nombreux, viennent de le faire librement aux récentes élections législatives.
Le reste n’est que vacarme. La caravane est en train de passer au loin…
Par Aziz Daouda.