Sahara marocain : pourquoi Rabat n’a pas cherché à éviter le veto russe ?


Rédigé par La Rédaction le Dimanche 1 Novembre 2026

Le Maroc connaissait la position de Moscou plusieurs jours avant le vote au Conseil de sécurité, a révélé Nasser Bourita sur 2M, samedi 31 octobre. Plutôt que de négocier un texte affaibli pour contourner le veto russe, Rabat a choisi d’examiner les possibilités de faire évoluer le cadre onusien. Le ministre présente cette séquence comme une traduction de l’approche royale : passer de la gestion du dossier au changement.



Le veto russe n’a pas pris la diplomatie marocaine de court. Invité d’une émission spéciale de 2M consacrée aux suites du scrutin du Conseil de sécurité, Nasser Bourita a expliqué que cette éventualité avait été identifiée, discutée et intégrée à la réflexion marocaine plusieurs jours auparavant. Moscou avait fait connaître sa position. Rabat en avait étudié les conséquences. 

D’une voix calme, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a exposé le choix du Royaume. Fallait-il traiter l’opposition russe comme un obstacle à contourner, quitte à réduire la portée du projet américain ? Ou pouvait-elle ouvrir une discussion sur les mécanismes qui encadrent le dossier depuis des décennies ?

Pour expliquer cette démarche, Nasser Bourita s’est référé à l’orientation de SM le Roi Mohammed VI : passer de la gestion au changement.

La distinction structure son raisonnement. Gérer le dossier consiste à rechercher des avancées dans un cadre existant. Changer suppose d’interroger ce cadre : ses règles restent-elles pertinentes ? Favorisent-elles une solution ou contribuent-elles à prolonger le différend ?

Selon le ministre, près de cinq décennies de conflit imposent cet examen. L’objectif marocain était donc d’obtenir une résolution décisive, prolongeant la résolution 2797 et précisant les paramètres du travail onusien : base et finalité des négociations, parties concernées, situation humanitaire dans les camps de Tindouf et autres questions liées au dossier.

Rabat voulait un texte suffisamment clair pour réduire les ambiguïtés qui accompagnent le processus.

Pourquoi ne pas avoir tenté de convaincre Moscou ?

L’opposition russe plaçait la diplomatie marocaine devant deux possibilités. La première consistait à rechercher des compromis rédactionnels permettant l’adoption du texte. La seconde revenait à examiner ce que son blocage pouvait rendre possible.

Nasser Bourita affirme avoir retenu cette seconde perspective. Lors de ses échanges avec Sergueï Lavrov, il n’a pas cherché à exercer des pressions pour obtenir un changement de position. Le Maroc s’est concentré sur les effets possibles du veto et sur les marges qu’il pouvait ouvrir. 

Dans cette lecture, préserver la substance du projet comptait davantage que son adoption au prix de concessions. Une résolution décisive pouvait ainsi l’être par son contenu, mais aussi par le débat que son rejet déclencherait sur les règles du processus.

Cette anticipation ne démontre toutefois aucun accord russo-marocain sur le veto ou sur ses conséquences.

Bourita écarte un retour à la case départ

Le ministre refuse de voir dans cette séquence un retour à la situation antérieure au processus de règlement. Il avance d’abord la dynamique internationale construite ces dernières années, qu’il considère comme irréversible.

Il cite les soutiens des grandes puissances et de partenaires influents, notamment les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Il souligne également les onze voix favorables au projet américain, dont celles de trois membres permanents du Conseil de sécurité.

Son deuxième argument concerne le décalage entre le contexte de création de la MINURSO et la situation actuelle. Pour lui, tourner la page du dispositif existant revient à traiter les questions encore pendantes à partir d’une réalité nouvelle.

Enfin, l’inscription du dossier aux Nations unies ne saurait, selon lui, rendre ses modalités de traitement intouchables. L’enjeu est de rapprocher les évolutions diplomatiques bilatérales d’un cadre multilatéral qu’il juge resté figé.

Nasser Bourita estime que le nom et le mandat de la mission ne correspondent plus à la réalité du terrain. Il considère que le référendum auquel renvoie son appellation n’est plus envisageable et souligne la réduction de ses moyens.

La résolution 2797 avait prolongé son mandat jusqu’au 31 octobre 2026. Le ministre présente l’absence de nouvelle prorogation comme le terme de ce mandat et l’ouverture d’une transition.

Il distingue néanmoins cette évolution des compétences générales du Conseil de sécurité, qui conserve la possibilité d’examiner la question lorsque les circonstances le nécessitent. 

Concernant le départ de la mission, le chef de la diplomatie assure que le Maroc agira en État responsable. Le Royaume accordera le temps nécessaire et fournira les moyens ainsi que les facilités logistiques requis pour accompagner la transition.

Le message est double : Rabat assume la volonté de revoir les mécanismes hérités du passé, tout en affichant une démarche mesurée dans leur mise en œuvre. L’ambition exposée par Bourita reste désormais à traduire en avancées diplomatiques concrètes vers le règlement du différend.

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Dimanche 1 Novembre 2026
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