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Santé au Maroc : la grande réforme face à l’épreuve de l’équité


Par Said Temsamani.

La réforme du système de santé marocain ne manque ni d’ambition ni de moyens. Généralisation de la couverture, investissements hospitaliers, virage numérique : sur le papier, tous les marqueurs d’un État social en construction sont réunis.

Mais à l’épreuve du terrain, une question s’impose : la transformation est-elle réellement en train de réduire les inégalités, ou risque-t-elle d’en déplacer les lignes ?



L’organisation territoriale demeure le premier révélateur des limites actuelles.

Si les infrastructures se développent, notamment dans les zones périphériques, l’accès effectif aux soins reste profondément inégal.

Le manque de médecins, la faible attractivité des régions rurales et une gouvernance encore centralisée entretiennent un déséquilibre structurel.

Le système progresse, mais à géométrie variable — et donc, potentiellement, à deux vitesses.

Sur le plan du financement, le Maroc a franchi un cap historique avec la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire.

L’élargissement massif de la couverture constitue une avancée sociale majeure. Mais ce succès quantitatif révèle une fragilité : celle de la soutenabilité.

L’extension rapide des bénéficiaires, notamment les populations vulnérables prises en charge par l’État, pose désormais la question du pilotage financier, de la transparence et de l’efficacité des dépenses.

Sans réforme structurelle des mécanismes de financement, le risque est celui d’un système sous tension permanente.


Plus profondément, la réforme reste confrontée à un angle mort : les déterminants sociaux de la santé.

Inégalités de revenus, disparités éducatives, conditions de vie précaires continuent d’alimenter une demande de soins élevée et inégalement répartie.

Tant que ces facteurs ne seront pas pleinement intégrés dans une approche intersectorielle, le système de santé restera en mode correctif, plutôt que préventif.

Enfin, la digitalisation ouvre une perspective de rupture.

Dossier médical partagé, dématérialisation des procédures, modernisation de la gestion : le numérique peut devenir un accélérateur d’équité et d’efficacité. Mais à condition de ne pas créer une nouvelle fracture entre territoires et citoyens.

Une digitalisation mal maîtrisée pourrait renforcer les exclusions qu’elle prétend corriger.


Au fond, la réforme de la santé au Maroc a déjà réussi son pari politique :

Faire de la protection sociale un pilier du modèle de développement.

Elle doit maintenant réussir son pari stratégique : construire un système réellement équitable, territorialement équilibré et financièrement soutenable.

Car en matière de santé, la réussite ne se mesure pas aux annonces, mais à une seule chose : l’égalité réelle face aux soins.

Par Said Temsamani.



Mercredi 25 Mars 2026