Santé mentale : 6,5 millions de Marocains concernés


Près de 6,5 millions de Marocains souffriraient de troubles mentaux, dont deux millions de jeunes, selon les chiffres mis en avant par les psychologues cliniciens. Ces professionnels réclament un renforcement urgent de la prise en charge. Derrière le chiffre, il y a des files d’attente, la honte sociale et un système encore trop hospitalo-centré. Pour une génération connectée, le mal-être n’est plus un tabou privé : c’est un enjeu de santé publique.



Un chiffre massif, surtout chez les jeunes

Le chiffre donne le vertige : près de 6,5 millions de Marocains seraient concernés par des troubles mentaux, dont deux millions de jeunes. C’est le constat relayé par des psychologues cliniciens, qui appellent à renforcer la prise en charge. Ces données, souvent reprises dans le débat public à partir d’enquêtes nationales et de travaux associatifs, ne signifient pas que 6,5 millions de personnes sont hospitalisées. Elles décrivent un spectre large : dépression, anxiété, addictions, troubles psychotiques, souffrance liée au stress, à la précarité ou à la violence. La précision méthodologique compte. Mais l’ordre de grandeur, lui, dit déjà l’ampleur du besoin.

Deux millions de jeunes changent la lecture politique du sujet. Lycéens, étudiants, primo-arrivants sur le marché du travail : une part importante d’une génération vit avec une anxiété chronique, des troubles du sommeil, un isolement numérique paradoxal ou des idées noires. Au Maroc, le nombre de psychiatres reste très insuffisant au regard de la population. Les psychologues cliniciens, eux, dénoncent un maillage inégal, une reconnaissance institutionnelle encore incomplète et un accès trop dépendant de la capacité à payer une séance en libéral.

Le tabou n’a pas disparu. Dans beaucoup de familles, on parle encore de « crise de nerfs », de mauvais sort ou de faiblesse de caractère. Cette lecture retarde le recours aux soins, surtout chez les hommes et dans les zones rurales. Les grandes villes concentrent l’offre. Ailleurs, le premier interlocuteur reste parfois le médecin généraliste, quand il n’est pas l’imam, le voisin ou le silence. Les psychologues cliniciens demandent davantage qu’une campagne de sensibilisation. Ils réclament une prise en charge structurée : orientation claire, remboursement, travail en réseau avec l’école, l’université et le travail, et une place réelle dans les hôpitaux et les centres de santé.

Le Royaume a progressé sur le discours. Des programmes de santé mentale existent, des associations militent, des jeunes brisent le silence. L’écart entre la parole publique et le terrain reste large. Une consultation trop chère, trop lointaine ou trop tardive n’empêche pas un burn-out, une tentative de suicide ou une déscolarisation. Pour les 18-30 ans, la santé mentale n’est plus un sujet « de luxe ». C’est la condition pour étudier, travailler et rester debout. 

Mardi 13 Octobre 2026



Rédigé par le Mardi 13 Octobre 2026
Journaliste junior passionné par l'écriture, la communication, les relations internationales et la… En savoir plus sur cet auteur
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