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Santé mentale des jeunes : le maillon faible de la compétitivité nationale (4/17)

Dossier GEN Z du Manifeste du 11 Janvier 2026 : 4-Garantir un accès de proximité à des services de santé physique et mentale de qualité, incluant la prévention des addictions et le soutien psychologique.


Rédigé par La rédaction le Mercredi 14 Janvier 2026

Longtemps cantonnée au registre de l’intime ou du médical, la santé mentale reste l’un des sujets les plus sous-estimés du débat public marocain. Lorsqu’elle est évoquée, c’est souvent sous l’angle de la détresse individuelle ou du tabou social.

Rarement comme un enjeu économique majeur. Pourtant, la Charte du 11 Janvier pour la Jeunesse l’intègre explicitement, en la reliant à l’accès à des services de santé de qualité, à la prévention des addictions et au soutien psychologique.

Un choix lucide, car une jeunesse fragilisée psychiquement est une jeunesse économiquement vulnérable.



Dans un contexte marqué par le chômage, la précarité, l’incertitude professionnelle et la pression sociale, les troubles anxieux, la dépression et les comportements addictifs progressent chez les jeunes.

Santé mentale des jeunes : le maillon faible de la compétitivité nationale (4/17)
Ce phénomène n’est pas marginal. Il affecte la capacité à apprendre, à travailler, à entreprendre. Il mine la confiance, altère la prise de décision et freine l’initiative. Autrement dit, il agit directement sur la productivité individuelle et collective.
 
Du point de vue économique, la mauvaise santé mentale génère des coûts cachés considérables. Absentéisme, décrochage scolaire et universitaire, échecs répétés dans l’insertion professionnelle, conflits au travail : autant de pertes de valeur rarement comptabilisées.

À long terme, ces trajectoires fragiles se traduisent par une dépendance accrue à la solidarité familiale ou publique, et par une moindre contribution à la richesse nationale.
 
Le Maroc, comme beaucoup de pays émergents, a investi dans l’extension de la couverture médicale.

C’est un progrès indéniable. Mais l’accès effectif aux soins de santé mentale reste limité, inégalement réparti sur le territoire, et souvent concentré dans les grandes villes.

Pour un jeune en zone rurale ou périphérique, consulter un psychologue ou bénéficier d’un accompagnement psychique relève encore de l’exception.

Cette inégalité territoriale a un impact économique direct.

Les jeunes des zones les plus fragiles cumulent les handicaps : éloignement des services, précarité, isolement. Sans soutien, ces vulnérabilités s’installent durablement et réduisent les chances de retour vers une trajectoire productive.

La Charte insiste donc à juste titre sur l’accès de proximité, condition essentielle d’efficacité.
 
Il faut aussi interroger le coût de l’inaction. Prévenir les addictions, accompagner les troubles anxieux dès leur apparition, soutenir les jeunes en situation de décrochage psychologique coûte infiniment moins cher que de réparer des trajectoires brisées.

Les expériences internationales montrent qu’un dirham investi dans la prévention en santé mentale permet d’économiser plusieurs dirhams en dépenses sociales, judiciaires ou sanitaires à long terme.
 
Au-delà de la prise en charge, se pose la question de la normalisation. Tant que la santé mentale restera associée à la faiblesse ou à la honte, les dispositifs resteront sous-utilisés.

Or, une économie moderne repose sur des individus capables de gérer le stress, l’incertitude et la complexité. Reconnaître la santé mentale comme une composante de la performance n’est pas un luxe, c’est une condition de compétitivité.

Les entreprises ont également un rôle à jouer.

En intégrant le bien-être psychologique dans leurs pratiques, elles réduisent le turnover, améliorent l’engagement et la qualité du travail.

Pour une économie qui cherche à monter en gamme, la question n’est pas seulement de créer des emplois, mais de créer des environnements de travail soutenables.
 
La Charte du 11 Janvier propose un changement de regard subtil mais décisif : considérer la santé mentale non comme une charge sociale, mais comme une infrastructure invisible de l’économie.

Sans elle, les investissements en éducation, en formation et en emploi perdent une partie de leur efficacité.
 
À l’horizon 2040, alors que le Maroc comptera une jeunesse nombreuse et confrontée à des mutations rapides, ignorer cet enjeu reviendrait à fragiliser le socle même du développement.

Investir dans la santé mentale des jeunes, c’est investir dans leur capacité à produire, à innover et à tenir dans la durée.

Une économie ne peut pas être forte avec une jeunesse épuisée.




Mercredi 14 Janvier 2026