L'ODJ Média

Scolarisation et handicap : le Maroc passe enfin des intentions aux actes


Rédigé par La rédaction le Jeudi 5 Février 2026

Avec un programme structuré, financé et territorialisé, l’État pose les bases d’un soutien crédible et durable à l’éducation des enfants en situation de handicap



​Enfin un programme public qui sort du registre déclaratif pour entrer dans le réel.

Scolarisation et handicap : le Maroc passe enfin des intentions aux actes
Le soutien à la scolarisation des enfants en situation de handicap, tel qu’il est aujourd’hui déployé par l’État marocain, marque une rupture nette avec les approches fragmentées et souvent insuffisantes du passé. Par son ampleur, sa structuration et sa montée en puissance budgétaire, ce dispositif commence à ressembler à ce qu’il aurait toujours dû être : une politique publique crédible, lisible et durable, au service de l’égalité des chances.

En 2025, ce programme a accompagné 27.642 enfants en situation de handicap à travers le Fonds de soutien à la cohésion sociale dédié au handicap. Ce chiffre, loin d’être anecdotique, dit quelque chose d’essentiel : on n’est plus dans l’expérimentation marginale, mais dans une action à l’échelle nationale. Intervenant devant la Chambre des conseillers, le secrétaire d’État chargé de l’Insertion sociale, Abdeljabbar Rachidi, a levé le voile sur une initiative qui touche à l’un des angles morts les plus sensibles du système éducatif marocain.

Le premier signal fort de crédibilité tient au choix du partenariat. Loin d’un pilotage centralisé et abstrait, l’État s’appuie sur 437 associations spécialisées dans le domaine du handicap, ancrées dans les territoires, familières des réalités familiales et capables d’un accompagnement quotidien. L’Entraide nationale joue ici un rôle de bras opérationnel, assurant la coordination, la régulation et le suivi. Ce modèle partenarial, souvent invoqué mais rarement stabilisé, trouve enfin une traduction concrète.

Le soutien financier constitue un autre pilier du programme. Chaque enfant bénéficiaire reçoit une aide mensuelle de 1.200 dirhams, destinée à garantir un accompagnement régulier et adapté. Ce montant, sans être excessif, change radicalement la donne pour de nombreuses familles, souvent confrontées à des coûts cumulés : transport, soins paramédicaux, matériel spécialisé, suivi éducatif individualisé. En sécurisant ce socle financier, l’État reconnaît implicitement que la scolarisation inclusive a un coût — et que ce coût ne peut plus être laissé à la seule charge des ménages ou du tissu associatif.

La crédibilité du programme se mesure aussi à l’évolution de son budget. Entre 2021 et 2025, les crédits alloués sont passés de 166 millions à 396 millions de dirhams. Cette progression n’est pas seulement comptable : elle traduit une hiérarchisation politique claire. Dans un contexte budgétaire contraint, l’augmentation continue des moyens consacrés au handicap envoie un message sans ambiguïté sur les priorités de l’action publique.

Surtout, le programme ne se limite pas à une logique d’assistance financière. Il repose sur une approche globale de l’enfant, intégrant soins paramédicaux, réhabilitation fonctionnelle, soutien psycho-éducatif et activités favorisant l’autonomie et la participation sociale. Cette vision élargie rompt avec une conception strictement scolaire de l’inclusion. Elle reconnaît que l’accès à l’éducation passe aussi par la santé, la mobilité, la communication et la confiance en soi.

Un autre élément mérite d’être souligné : près de 30 % des enfants accompagnés sont issus du milieu rural. Dans un pays marqué par de fortes disparités territoriales, cette donnée est loin d’être secondaire. Elle souligne l’effort de territorialisation du dispositif et sa capacité à toucher des populations historiquement éloignées des services spécialisés. Là encore, le rôle des associations locales s’avère décisif, en comblant les déficits d’offre publique dans certaines régions.

Il convient également de rappeler que ce programme ne se substitue pas à la responsabilité centrale du ministère de l’Éducation nationale. La scolarisation des enfants en situation de handicap demeure un droit fondamental, garanti par la Constitution, les lois nationales et les conventions internationales ratifiées par le Maroc. Le dispositif de soutien agit comme un levier complémentaire, venant renforcer — et non remplacer — l’enseignement public. Cette clarification est essentielle pour éviter toute confusion ou déresponsabilisation institutionnelle.

Au-delà de ses effets immédiats, le programme contribue à structurer un véritable écosystème national autour du handicap. Il professionnalise les pratiques associatives, favorise la diffusion de standards de prise en charge, développe un savoir-faire local en matière de réhabilitation et d’inclusion. À moyen terme, il participe à la constitution d’un capital humain trop longtemps négligé, en empêchant que le handicap ne se transforme en exclusion scolaire puis sociale.

Abdeljabbar Rachidi insiste à juste titre sur la dimension préventive et structurante de cette politique. En intervenant tôt, de manière continue et coordonnée, le programme réduit les risques de décrochage scolaire, de marginalisation et de dépendance à long terme. Il agit en amont, là où les politiques sociales sont les plus efficaces et les moins coûteuses pour la collectivité.

Bien sûr, des défis subsistent : qualité du suivi, homogénéité territoriale, articulation avec l’école inclusive, formation des intervenants. Mais une chose est désormais acquise : le Maroc dispose enfin d’un programme réel et crédible de soutien à la scolarisation des enfants en situation de handicap. Non plus une promesse, mais une politique en action, mesurable, perfectible — et surtout indispensable à toute ambition sérieuse d’équité et de cohésion sociale.




Jeudi 5 Février 2026