Une réponse forte à une crise persistante
Chaque année, le Maroc enregistre près de 4 000 décès liés aux accidents de la route, un chiffre qui illustre l’ampleur du problème et son impact sur la vie des citoyens, les familles et l’économie nationale.
Parmi les populations les plus exposées figurent les usagers de deux-roues motorisés : près de 60 % des accidents mortels impliquent des motards, selon les statistiques partagées par Nacer Boulaajoul, directeur général de la NARSA.
Face à ce constat, les autorités ont décidé de passer à une phase d’action structurée et ambitieuse pour la prochaine décennie, en renforçant non seulement les contrôles mais aussi la prévention, l’éducation routière, et la législation.
La nouvelle stratégie dont l’adoption définitive est attendue par une commission interministérielle prévoit un budget total de 8,7 milliards de dirhams pour son déploiement sur les cinq prochaines années.
Pourquoi interdire les motos à moteurs modifiables ?
Un élément clé de cette feuille de route est l’annonce d’une mesure radicale : l’interdiction de l’importation de motos dont le moteur est modifiable, souvent adapté pour augmenter la vitesse ou la puissance au détriment de la sécurité.
Ces engins, très présents sur le marché marocain souvent importés d’Asie et difficiles à réguler sont fréquemment associés à des comportements à risque et à une proportion élevée d’accidents graves.
La décision de bloquer l’entrée de ce type de deux-roues s’inscrit dans une logique de prévention proactive :
En contrôlant plus strictement la qualité et la conformité des véhicules circulant au Maroc, l’État espère réduire les risques liés aux dysfonctionnements mécaniques et aux modifications illégales qui compromettent la stabilité et la sécurité des conducteurs.
Cette mesure pourrait également s’inscrire dans une dynamique économique positive : en limitant l’accès aux motos modifiables, le marché pourrait être orienté vers des modèles plus sûrs, certifiés et conformes aux normes internationales, ce qui potentiellement favorise l’émergence d’un secteur de mobilité plus structuré et mieux réglementé.
Un plan global qui dépasse l’interdiction d’importation
L’approche du Maroc ne se limite pas à ce seul volet : la stratégie 2026-2030 entend agir sur plusieurs fronts complémentaires pour transformer durablement les conditions de mobilité et réduire l’accidentalité routière.
Renforcement réglementaire et sanctions :
La législation routière fera l’objet d’un renforcement rigoureux, avec des sanctions plus sévères pour les infractions graves : excès de vitesse, circulation dangereuse, non-respect des priorités, et usage inapproprié des voies rapides. Le but est d’envoyer un message clair : la route n’est pas un terrain de liberté sans règle.
Surveillance technologique accrue
Ces dispositifs permettront non seulement de documenter les infractions mais aussi d’optimiser le travail des forces de l’ordre en automatisant une partie du contrôle.
Sensibilisation et éducation
L’accent sera mis sur la prévention plutôt que sur la sanction seule pour encourager un changement de comportement durable.
Modernisation des infrastructures et signalisation
Un environnement routier plus clair et plus sûr peut contribuer à réduire les erreurs humaines et à éviter des collisions graves.
Impacts socio-économiques à considérer
Cette stratégie nationale ne vise pas uniquement la réduction du nombre de victimes ; elle s’inscrit également dans une logique économique plus large.
Les accidents de la route ont un coût exorbitant : soins médicaux, pertes de productivité, dommages matériels, et charges sociales. Améliorer la sécurité routière peut donc avoir des effets positifs sur la santé publique et sur l’économie nationale à long terme.
En réduisant les accidents, le Maroc pourrait libérer des ressources désormais consacrées à la prise en charge des victimes, et les réallouer à des secteurs prioritaires comme l’éducation, la santé ou l’innovation technologique.
De plus, un environnement routier plus sûr peut encourager l’essor de secteurs émergents, tels que la mobilité durable ou les solutions de transport intelligentes, intégrant des véhicules plus propres et mieux adaptés aux normes modernes.
Perspectives et défis
Si l’annonce de l’interdiction d’importer des motos aux moteurs modifiables marque une étape importante, sa mise en œuvre nécessitera une coordination efficace entre les autorités douanières, les services de contrôle technique, les forces de l’ordre et les acteurs économiques concernés.
Le Maroc devra également accompagner cette mesure d’une communication claire et d’un calendrier précis pour éviter toute confusion ou perturbation du marché.
En somme, la Stratégie nationale de prévention routière 2026-2030 constitue une approche intégrée et ambitieuse, utilisant à la fois la réglementation, la technologie et l’éducation pour répondre à l’un des défis majeurs du pays.
En plaçant la sécurité routière au cœur de ses priorités, le Maroc pose les jalons d’un modèle de mobilité plus sûr, plus responsable et plus efficace : une démarche qui pourrait servir de référence pour d’autres pays confrontés à des problématiques similaires.