Quand l’IA chinoise entre dans le studio : Hollywood risque de perdre plus que le box-office
Le premier est connu : la Chine n’a plus besoin d’Hollywood comme auparavant pour remplir ses salles. Le second est beaucoup plus récent : elle commence à disposer d’outils d’intelligence artificielle capables de réduire spectaculairement le coût et le temps nécessaires pour fabriquer des images autrefois réservées aux grands studios.
Le cas de Seedance 2.0, développé par ByteDance, est révélateur. Le modèle peut produire et modifier de courtes séquences à partir de texte, d’images, de vidéos et d’audio, avec des mouvements de caméra, des éclairages et une cohérence visuelle qui ont impressionné une partie de l’industrie. Le Financial Times rapporte que l’outil est déjà commercialisé auprès d’agences publicitaires, de groupes médias et de créateurs, tandis que ByteDance s’impose progressivement comme l’un des poids lourds chinois de l’IA.
Dire qu’il « remplace Hollywood » serait évidemment absurde. Un film de deux heures reste infiniment plus complexe qu’un clip de quinze secondes.
Mais la question intéressante est ailleurs : combien de métiers, de budgets et d’étapes de production deviennent soudainement compressibles ?
Storyboard, prévisualisation, effets visuels, décors virtuels, publicité, séquences de transition, doublage, animation, essais de costumes ou de lumière : l’IA commence par grignoter les périphéries du cinéma avant de toucher éventuellement son cœur.
Hollywood a d’abord réagi avec ses avocats
Seedance 2.0 a provoqué une réaction particulièrement violente des studios américains. La Motion Picture Association, SAG-AFTRA ainsi que plusieurs détenteurs de grandes franchises ont dénoncé des reproductions non autorisées de personnages et d’apparences protégées. ByteDance a ensuite renforcé ses restrictions et ralenti le déploiement mondial du modèle.
Cette bataille du copyright est légitime.
Mais elle peut aussi masquer une inquiétude plus profonde.
Hollywood sait depuis longtemps protéger Mickey Mouse, Spider-Man ou ses contrats d’acteurs. Il sait beaucoup moins comment protéger le coût industriel qui faisait autrefois sa supériorité.
Si demain une petite société asiatique, africaine ou latino-américaine peut produire avec quelques dizaines de personnes des images exigeant autrefois des centaines de techniciens, le principal avantage historique du studio américain — son capital — devient moins décisif.
Et la Chine ne dispose pas d’un seul cheval dans cette course. Kuaishou développe Kling, MiniMax vient de lancer H3 et affirme pouvoir générer de la vidéo 2K avec son natif pour un coût inférieur au tiers de produits concurrents courants.
Le cas de Seedance 2.0, développé par ByteDance, est révélateur. Le modèle peut produire et modifier de courtes séquences à partir de texte, d’images, de vidéos et d’audio, avec des mouvements de caméra, des éclairages et une cohérence visuelle qui ont impressionné une partie de l’industrie. Le Financial Times rapporte que l’outil est déjà commercialisé auprès d’agences publicitaires, de groupes médias et de créateurs, tandis que ByteDance s’impose progressivement comme l’un des poids lourds chinois de l’IA.
Dire qu’il « remplace Hollywood » serait évidemment absurde. Un film de deux heures reste infiniment plus complexe qu’un clip de quinze secondes.
Mais la question intéressante est ailleurs : combien de métiers, de budgets et d’étapes de production deviennent soudainement compressibles ?
Storyboard, prévisualisation, effets visuels, décors virtuels, publicité, séquences de transition, doublage, animation, essais de costumes ou de lumière : l’IA commence par grignoter les périphéries du cinéma avant de toucher éventuellement son cœur.
Hollywood a d’abord réagi avec ses avocats
Seedance 2.0 a provoqué une réaction particulièrement violente des studios américains. La Motion Picture Association, SAG-AFTRA ainsi que plusieurs détenteurs de grandes franchises ont dénoncé des reproductions non autorisées de personnages et d’apparences protégées. ByteDance a ensuite renforcé ses restrictions et ralenti le déploiement mondial du modèle.
Cette bataille du copyright est légitime.
Mais elle peut aussi masquer une inquiétude plus profonde.
Hollywood sait depuis longtemps protéger Mickey Mouse, Spider-Man ou ses contrats d’acteurs. Il sait beaucoup moins comment protéger le coût industriel qui faisait autrefois sa supériorité.
Si demain une petite société asiatique, africaine ou latino-américaine peut produire avec quelques dizaines de personnes des images exigeant autrefois des centaines de techniciens, le principal avantage historique du studio américain — son capital — devient moins décisif.
Et la Chine ne dispose pas d’un seul cheval dans cette course. Kuaishou développe Kling, MiniMax vient de lancer H3 et affirme pouvoir générer de la vidéo 2K avec son natif pour un coût inférieur au tiers de produits concurrents courants.
Cela commence à ressembler moins à un gadget qu’à une politique industrielle.
Hollywood avait l’argent, la Chine a désormais l’IA : qui fabriquera nos imaginaires demain ?
Pendant ce temps, Hollywood perd la Chine
Le deuxième front est encore plus préoccupant.
La Chine demeure le deuxième marché cinématographique mondial. Or le cinéma américain n’y occupe plus la place qui était la sienne.
Selon Reuters, les films nationaux représentent environ 80 % du box-office chinois depuis 2020, alors qu’ils tournaient auparavant autour de 60 %. En 2025, les productions hollywoodiennes ne représentaient plus qu’environ 5 % des recettes du marché chinois.
Ce recul ne peut pas être attribué uniquement à la censure ou au protectionnisme.
Le public chinois a changé.
Les studios chinois ont appris.
Les techniques se sont améliorées.
Et surtout, les spectateurs veulent davantage d’histoires qui leur ressemblent.
Le phénomène Ne Zha 2 a montré jusqu’où cette transformation pouvait aller : le film d’animation chinois a dépassé les grandes productions occidentales pour devenir le film d’animation ayant généré le plus de recettes au monde, avec environ 1,69 milliard de dollars annoncés en août 2025.
Le message envoyé à Hollywood est brutal : la Chine n’est plus seulement un marché à conquérir. Elle devient une industrie culturelle concurrente.
Certes, il existe encore des exceptions spectaculaires. Zootopia 2 a réalisé un démarrage record en Chine fin 2025. Mais les analystes interrogés par Reuters avertissaient précisément qu’il fallait considérer ce succès comme une exception plutôt que comme le retour de l’âge d’or hollywoodien.
Trump a lui-même transformé le cinéma en arme commerciale
À cela s’ajoute désormais la géopolitique.
En avril 2025, Pékin avait annoncé une réduction des importations de films américains en réaction à l’escalade tarifaire décidée par Donald Trump. Quelques semaines plus tard, Trump proposait à son tour une taxe de 100 % sur les films produits hors des États-Unis, provoquant la perplexité d’une industrie dont les chaînes de production sont devenues profondément internationales.
Voilà le paradoxe américain.
Pour défendre Hollywood, Washington risque d’affaiblir ce qui a précisément fait la puissance d’Hollywood : sa capacité à produire partout, à attirer les meilleurs talents du monde et à distribuer partout.
Pendant que les États-Unis pensent frontières, la Chine pense simultanément marché intérieur, technologie, infrastructure et souveraineté culturelle.
Le cinéma devient ainsi un front supplémentaire de la rivalité sino-américaine.
Ce n’est plus simplement Marvel contre un studio chinois.
C’est modèle contre modèle.
Et le Maroc dans cette révolution ?
Le Maroc devrait regarder cette bataille avec beaucoup d’attention.
Le Royaume possède déjà un avantage considérable : ses décors naturels, ses techniciens, Ouarzazate, ses infrastructures et une longue expérience de tournages internationaux. Le dispositif officiel rembourse désormais 30 % des dépenses éligibles pour certaines productions étrangères réalisant au moins 10 millions de dirhams de dépenses au Maroc et respectant les conditions de tournage prévues par le CCM.
Mais l’IA oblige à aller plus loin.
Le futur ne sera pas seulement d’attirer des équipes étrangères pour filmer le désert marocain.
Il faut développer des studios virtuels, de la postproduction IA, des effets visuels, de l’animation, des bibliothèques numériques de décors, des formations aux métiers hybrides et surtout des modèles capables de comprendre réellement les imaginaires marocains, arabes, amazighs et africains.
Sinon, nous resterons un excellent décor physique pendant que la valeur intellectuelle et technologique sera créée ailleurs.
La révolution qui vient n’abolira probablement pas le cinéma. Elle peut en abolir les anciennes frontières.
Hollywood restera Hollywood. Ses talents, ses franchises et son savoir-faire ne disparaîtront pas avec Seedance.
Mais son privilège historique est menacé : celui d’être pratiquement le seul endroit capable de transformer énormément d’argent en images impossibles.
Si l’IA fait chuter le prix de ces images, alors la compétition se déplacera vers ce que la technologie produit beaucoup moins facilement : l’idée, l’histoire, la culture, l’émotion et l’identité.
Et sur ce terrain, la Chine possède 1,4 milliard d’histoires potentielles.
L’Afrique également.
Le Maroc aussi.
Peut-être que le véritable bouleversement de l’IA au cinéma ne sera donc pas de remplacer les réalisateurs.
Le deuxième front est encore plus préoccupant.
La Chine demeure le deuxième marché cinématographique mondial. Or le cinéma américain n’y occupe plus la place qui était la sienne.
Selon Reuters, les films nationaux représentent environ 80 % du box-office chinois depuis 2020, alors qu’ils tournaient auparavant autour de 60 %. En 2025, les productions hollywoodiennes ne représentaient plus qu’environ 5 % des recettes du marché chinois.
Ce recul ne peut pas être attribué uniquement à la censure ou au protectionnisme.
Le public chinois a changé.
Les studios chinois ont appris.
Les techniques se sont améliorées.
Et surtout, les spectateurs veulent davantage d’histoires qui leur ressemblent.
Le phénomène Ne Zha 2 a montré jusqu’où cette transformation pouvait aller : le film d’animation chinois a dépassé les grandes productions occidentales pour devenir le film d’animation ayant généré le plus de recettes au monde, avec environ 1,69 milliard de dollars annoncés en août 2025.
Le message envoyé à Hollywood est brutal : la Chine n’est plus seulement un marché à conquérir. Elle devient une industrie culturelle concurrente.
Certes, il existe encore des exceptions spectaculaires. Zootopia 2 a réalisé un démarrage record en Chine fin 2025. Mais les analystes interrogés par Reuters avertissaient précisément qu’il fallait considérer ce succès comme une exception plutôt que comme le retour de l’âge d’or hollywoodien.
Trump a lui-même transformé le cinéma en arme commerciale
À cela s’ajoute désormais la géopolitique.
En avril 2025, Pékin avait annoncé une réduction des importations de films américains en réaction à l’escalade tarifaire décidée par Donald Trump. Quelques semaines plus tard, Trump proposait à son tour une taxe de 100 % sur les films produits hors des États-Unis, provoquant la perplexité d’une industrie dont les chaînes de production sont devenues profondément internationales.
Voilà le paradoxe américain.
Pour défendre Hollywood, Washington risque d’affaiblir ce qui a précisément fait la puissance d’Hollywood : sa capacité à produire partout, à attirer les meilleurs talents du monde et à distribuer partout.
Pendant que les États-Unis pensent frontières, la Chine pense simultanément marché intérieur, technologie, infrastructure et souveraineté culturelle.
Le cinéma devient ainsi un front supplémentaire de la rivalité sino-américaine.
Ce n’est plus simplement Marvel contre un studio chinois.
C’est modèle contre modèle.
Et le Maroc dans cette révolution ?
Le Maroc devrait regarder cette bataille avec beaucoup d’attention.
Le Royaume possède déjà un avantage considérable : ses décors naturels, ses techniciens, Ouarzazate, ses infrastructures et une longue expérience de tournages internationaux. Le dispositif officiel rembourse désormais 30 % des dépenses éligibles pour certaines productions étrangères réalisant au moins 10 millions de dirhams de dépenses au Maroc et respectant les conditions de tournage prévues par le CCM.
Mais l’IA oblige à aller plus loin.
Le futur ne sera pas seulement d’attirer des équipes étrangères pour filmer le désert marocain.
Il faut développer des studios virtuels, de la postproduction IA, des effets visuels, de l’animation, des bibliothèques numériques de décors, des formations aux métiers hybrides et surtout des modèles capables de comprendre réellement les imaginaires marocains, arabes, amazighs et africains.
Sinon, nous resterons un excellent décor physique pendant que la valeur intellectuelle et technologique sera créée ailleurs.
La révolution qui vient n’abolira probablement pas le cinéma. Elle peut en abolir les anciennes frontières.
Hollywood restera Hollywood. Ses talents, ses franchises et son savoir-faire ne disparaîtront pas avec Seedance.
Mais son privilège historique est menacé : celui d’être pratiquement le seul endroit capable de transformer énormément d’argent en images impossibles.
Si l’IA fait chuter le prix de ces images, alors la compétition se déplacera vers ce que la technologie produit beaucoup moins facilement : l’idée, l’histoire, la culture, l’émotion et l’identité.
Et sur ce terrain, la Chine possède 1,4 milliard d’histoires potentielles.
L’Afrique également.
Le Maroc aussi.
Peut-être que le véritable bouleversement de l’IA au cinéma ne sera donc pas de remplacer les réalisateurs.
Ce sera de permettre à beaucoup plus de pays de devenir, enfin, leurs propres Hollywood.