Si, voilà 10 ans, quelqu’un avait dit que le Maroc pouvait aspirer à remporter la coupe du monde de football, on l’aurait pris pour un doux illuminé avant de passer rapidement son chemin.
Aujourd’hui, viser le titre mondial est certes ambitieux, très ambitieux, mais ni utopique ni encore moins insensé.
Nous respectons toutes les autres sélections par élégance et conscience, et ces sélections nous respectent en retour par prudence. En football, nous avons intégré le gotha mondial, et ça fait plaisir !
De son temps, Walid Regragui, qui a beaucoup fait pour cette équipe, travaillait sur l’émotion et l’affectif. C’était le festival de ces concepts de « tamaghribite » :
Nefs, niya, ridate al walidine, oulad nass… ces valeurs, additionnées à l’incontestable talent des membres de la sélection, nous avait menés en demi-finale, pour perdre avec dignité (et une certaine partialité de l’arbitrage) contre l’une des meilleures équipes au monde, la France.
Voir aujourd’hui le Maroc souriant et les Marocains encore plus rieurs et espiègles ne peut être dissocié des prouesses déployées par nos jeunes et de l’assurance que procure la force tranquille de Mohamed Ouahbi.
L'attachement de nos jeunes résident à l'étranger pour le Maroc se démontre et se confirme, chassant la polémique sur les binationaux et leur apport au pays.
Le gouvernement tarde toujours à conceptualiser la relation entre les Marocains du monde et le Maroc, comme cela leur a été doublement demandé par le roi Mohammed VI, mais ces Marocains du monde agissent d'eux-mêmes, reviennent au pays, portent haut ses couleurs et ses valeurs.
Notre rapport à la sélection nationale a changé, supprimant notre résignation à la défaite devant des « Grands », dont désormais nous sommes partie.
Pas d’insultes contre le sélectionneur, et les 40 millions de sélectionneurs que deviennent les Marocains à chaque grand événement de foot observent un silence remarquable, laissant le titulaire du poste gérer…
L’ambition internationale du Maroc se reflète dans notre course décomplexée vers la finale et le titre.
Que nous l’emportions, et ce serait chose inédite mais somme toute justifiée ; que nous nous arrêtions avant et cela constituerait aussi un énorme succès. Dans les deux cas, le Maroc s’est décomplexé en football aussi.
Quand le Maroc gagne, nous sommes sereins et confiants, et quand nous sommes menés au score, nous restons… sereins et confiants.
Notre relation à l’Afrique a changé aussi ; la fraternité, l’amitié et la complémentarité avec nos « frères » africains sont assurément de bien belles choses, mais maintenant, elles doivent être réciproques.
Le temps des « oulad nass » sans contrepartie est révolu ; l’heure est à la « rigueur affective » et à la réponse, le cas échéant, coup pour coup.
Au Maroc, nous avons réussi à créer une relation entre les prouesses sur des terrains de foot lointains et des élections législatives très proches. Comprendra qui pourra, qui voudra !
Et pour ceux qui ne comprennent pas, le teasing mis en place pour la personne de Ssi Fouzi Lekjaâ est digne des plus grands conseillers en élections et en communication politique… Fouzi Lekjaâ porté et lancé en air par une équipe elle-même portée par toute une population, Fouzi Lekjaâ « apprenant » à Hakimi comment tirer un penalty…
Fouzi Lekjaâ marquera-t-il son penalty à lui le 23 septembre ? Lui-même, interrogé sur la question, laisse planer le doute… Nous y reviendrons.
Un entraineur non insulté, respecté dans ses choix et dans sa personne, un sélectionneur avec un charisme et un professionnalisme qui forcent le respect.
Dernière chose... Avons-nous finalement appris et admis que nos meilleurs résultats sportifs, c'est avec des Marocains que nous les réalisons?
Depuis Aziz Daouda en athlétisme dans les années 80 jusqu'à Mohamed Ouahbi, en passant par Walid Regragui et Baddou Zaki (finale CAN en 2004), cela est le cas, et aujourd'hui cela se confirme.
Bon courage pour nos jeunes contre la très prenable France. Il leur faudra agir et nous attendons de les voir rugir.
Sir, siir, siiir !
