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Souveraineté stratégique : Nizar Baraka plaide pour un Maroc plus autonome, plus résilient et plus influent


Rédigé par le Vendredi 17 Juillet 2026

Lors d'une conférence organisée par le Parti de l'Istiqlal consacrée à la souveraineté stratégique, le secrétaire général du parti, Nizar Baraka, a présenté une vision structurée de la souveraineté nationale, qu'il souhaite désormais mesurable, évaluable et concrètement perceptible dans les politiques publiques. Au-delà du discours politique, il a proposé une véritable feuille de route articulée autour de cinq grands piliers destinés à renforcer l'autonomie du Royaume dans un contexte international marqué par les crises, les tensions géopolitiques et les mutations technologiques.



La notion même de souveraineté doit être repensée.

Souveraineté stratégique : Nizar Baraka plaide pour un Maroc plus autonome, plus résilient et plus influent
Face à un monde devenu plus instable que jamais, où les chaînes d'approvisionnement sont régulièrement perturbées, où les rivalités économiques s'intensifient et où les ressources stratégiques sont devenues des instruments de puissance, Nizar Baraka, secrétaire général du parti de l'Istiqlal, estime que la notion même de souveraineté doit être repensée.

Selon lui, la souveraineté ne peut plus être réduite aux seules frontières ou aux institutions politiques. Elle se mesure désormais à la capacité d'un État à nourrir sa population, sécuriser ses approvisionnements, maîtriser ses données numériques, développer son industrie, produire ses technologies et préserver son indépendance décisionnelle.

Le secrétaire général du Parti de l'Istiqlal insiste toutefois sur un point : cette souveraineté ne signifie ni repli sur soi ni fermeture au monde. Elle consiste, selon ses termes, à s'ouvrir avec confiance, à coopérer depuis une position de force et à bénéficier des opportunités offertes par la mondialisation sans compromettre les intérêts nationaux.

​Une souveraineté qui se mesure

Première proposition majeure : le Maroc doit connaître avec précision ses dépendances stratégiques.

Pour Nizar Baraka, il est impossible de réduire une dépendance sans commencer par la mesurer. Quels sont les produits essentiels importés ? Quels secteurs industriels reposent sur des composants étrangers ? Combien de fournisseurs assurent l'approvisionnement du pays ? Existe-t-il une concentration excessive vis-à-vis de certains partenaires ?

Afin de répondre à ces interrogations, il propose l'élaboration d'un rapport annuel sur les dépendances stratégiques du Royaume, présenté devant le Parlement. Ce document permettrait d'évaluer le niveau de sécurité des approvisionnements, la concentration des fournisseurs, le degré de dépendance extérieure ainsi que les progrès réalisés dans le développement des capacités nationales.

Cette logique s'inscrit également dans le chantier Royal relatif à la constitution d'un système national intégré de stockage stratégique, appelé à sécuriser durablement les approvisionnements alimentaires, énergétiques, sanitaires et industriels du pays.

​Faire de la commande publique un levier industriel

Le deuxième axe développé concerne le rôle de l'État dans la construction d'une véritable souveraineté économique.

Pour Nizar Baraka, chaque dirham investi par la puissance publique doit produire davantage qu'une infrastructure ou un équipement. Il doit contribuer à créer de la valeur au Maroc, renforcer les entreprises nationales, favoriser le transfert de technologies et former des compétences marocaines.

Il appelle ainsi à instaurer une véritable doctrine nationale des achats stratégiques dans les secteurs de l'eau, de l'énergie, des transports, de la santé, de l'industrie ou encore du numérique.

Les marchés publics ne devraient plus être attribués uniquement sur la base du prix, mais également selon plusieurs critères : taux d'intégration locale, nombre d'entreprises marocaines mobilisées, volume de transfert technologique, formation des ingénieurs et techniciens nationaux ou encore capacité du pays à assurer lui-même la maintenance et l'évolution des équipements acquis.

L'objectif affiché est clair : transformer chaque investissement en opportunité durable de montée en gamme de l'économie marocaine.

​Une souveraineté alimentaire compatible avec les contraintes hydriques

Le troisième pilier concerne la sécurité alimentaire.

Sans défendre une logique d'autarcie, Nizar Baraka estime que le Maroc doit garantir l'accès permanent de sa population aux produits essentiels malgré les sécheresses, les crises internationales ou les perturbations logistiques.

Il plaide pour une politique équilibrée reposant sur quatre leviers : une production nationale durable, la diversification des sources d'importation, le développement de la recherche agronomique et le renforcement des capacités de stockage.

L'une des propositions les plus marquantes consiste à lancer un plan national pour la souveraineté semencière.

Pour le secrétaire général de l'Istiqlal, la sécurité alimentaire commence par la maîtrise des semences. Le Maroc doit renforcer sa recherche scientifique afin de développer des variétés adaptées à la sécheresse, à la rareté de l'eau et aux spécificités des sols nationaux, tout en limitant sa dépendance aux importations.

Cette ambition devra toutefois rester compatible avec la souveraineté hydrique. Produire davantage ne doit pas conduire à épuiser les ressources en eau. L'objectif est donc de produire ce qui peut l'être durablement, tout en sécurisant les importations indispensables.

​Les données numériques deviennent un enjeu de souveraineté

Le quatrième volet porte sur ce que Nizar Baraka considère désormais comme l'un des nouveaux champs de la souveraineté : les données numériques.

À ses yeux, les données sont devenues une ressource stratégique comparable à l'énergie ou aux ressources naturelles. Un État incapable de maîtriser ses systèmes numériques ou les algorithmes qui pilotent ses services publics abandonne une partie de son autonomie.

Le Parti de l'Istiqlal propose ainsi un vaste programme national de classification et de sécurisation des données publiques, avec une attention particulière pour les secteurs sensibles tels que la défense, la santé, l'énergie, l'eau, les finances, l'identité numérique et les services essentiels.

Nizar Baraka souhaite également renforcer les capacités nationales d'audit des infrastructures numériques, des contrats de cloud computing et des algorithmes utilisés dans les fonctions publiques sensibles.

Selon lui, le Maroc doit bénéficier pleinement des avancées de l'intelligence artificielle et de la transformation numérique, mais dans un cadre garantissant la maîtrise juridique, technique et opérationnelle de ses données.

​Consolider le rôle régional du Maroc

Enfin, le cinquième pilier vise à transformer les capacités nationales en puissance régionale.

Le secrétaire général du Parti de l'Istiqlal considère que les acquis réalisés sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI offrent au Royaume des atouts considérables : stabilité politique, infrastructures modernes, base industrielle en expansion, diplomatie active et crédible, position géographique exceptionnelle entre l'Afrique, l'Europe, l'Atlantique et la Méditerranée.

Il appelle à accélérer la mise en œuvre des grandes initiatives Royales, notamment l'Initiative Atlantique destinée aux pays du Sahel, le gazoduc Afrique-Atlantique ainsi que le port de Dakhla Atlantique.

Le développement de la puissance marocaine passe également, selon lui, par le renforcement de la diplomatie culturelle, universitaire, sportive et religieuse, la mobilisation des compétences marocaines établies à l'étranger ainsi que la poursuite des efforts diplomatiques en faveur de l'intégrité territoriale du Royaume.

L'organisation de la Coupe du monde 2030 est enfin présentée comme une opportunité majeure pour accroître le rayonnement international du Maroc et renforcer son attractivité économique.

​Une doctrine globale de la souveraineté

En conclusion de son intervention, Nizar Baraka a résumé la philosophie portée par le Parti de l'Istiqlal autour d'une question centrale qui devrait guider toute politique publique : quelle dépendance réduit-elle, quelle capacité nationale construit-elle et quelle technologie laisse-t-elle durablement au Maroc ?

À travers cette approche, le secrétaire général propose une vision de la souveraineté fondée non sur le repli, mais sur le renforcement des capacités nationales, la diversification des partenariats et la préparation du Royaume aux défis d'un environnement international devenu plus incertain. Une conception où la souveraineté ne se limite plus à un principe politique, mais devient un ensemble d'indicateurs, d'objectifs mesurables et d'engagements susceptibles d'être évalués dans la durée.




Vendredi 17 Juillet 2026